
"Si j'avais demandé l'autorisation, il n'y aurait jamais eu de femme au perchoir" - Yaël Braun-Pivet
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Yael Braun-Pivet, Présidente de l'Assemblée nationale, partage son parcours personnel et professionnel, ainsi que sa vision du fonctionnement de la démocratie française, des enjeux actuels et des réformes nécessaires.
Yael Braun-Pivet se présente comme une femme engagée, mère de cinq enfants, avocate, issue d'un milieu modeste. Elle est la première de sa famille à avoir fait des études supérieures. Sa famille a des origines diverses, incluant des réfugiés juifs polonais et allemands, et des racines bretonnes et algériennes. Après avoir vécu à l'étranger, notamment à Taïwan et au Japon, et fait une pause familiale, elle s'engage bénévolement aux Restos du Cœur, puis en politique en 2016, à l'âge de 47 ans, derrière Emmanuel Macron, par conviction pour le progressisme et le dépassement des clivages. Son parcours politique est rapide, devenant députée, puis présidente de commission, et enfin Présidente de l'Assemblée nationale. Elle se décrit comme une femme libre ayant eu plusieurs vies en une.
Elle aborde la question des parcours de vie non linéaires, regrettant que la France accepte mal les changements de carrière. Elle-même a mis sa vie professionnelle en pause pour sa famille, une expérience qu'elle juge enrichissante et formatrice. Elle plaide pour que la société favorise ces pauses et s'adapte aux nouveaux modèles familiaux, citant l'exemple des pays nordiques où les hommes peuvent prendre des congés parentaux prolongés sans que cela ne freine leur carrière.
Concernant son engagement politique, elle affirme ne pas être motivée par l'ambition personnelle, mais par le désir d'être utile. Son implication aux Restos du Cœur, où elle est devenue responsable nationale de l'accès aux droits, en est un exemple. En 2016, elle s'engage comme simple militante pour Emmanuel Macron, sans objectif électoral. C'est la volonté du président de voir des citoyens non élus intégrer l'Assemblée qui la pousse à se présenter, et elle est élue députée. Elle n'a jamais envisagé de faire de la politique sa vie ou de devenir Présidente de l'Assemblée, l'ambition venant en marchant, à mesure qu'elle cherche à être la plus utile possible.
Elle évoque la difficulté de sortir des préjugés en France, où les étiquettes sont facilement apposées. Son passé au Parti socialiste, très éphémère, la positionne aujourd'hui plutôt à gauche au sein de la "macronie". Elle reconnaît que cette large coalition peut parfois générer des désaccords, notamment sur les politiques menées. Sa position de Présidente de l'Assemblée nationale, en vertu de la séparation des pouvoirs, lui offre une liberté de critique vis-à-vis du gouvernement qu'elle n'aurait pas en tant que membre du gouvernement. Elle est irrévocable, son mandat étant lié à celui de l'Assemblée.
La dissolution de l'Assemblée nationale en 2024 est un moment marquant qu'elle relate. Elle apprend la décision le soir des élections européennes, lors d'une réunion à l'Élysée. Elle exprime sa surprise et son désaccord, arguant que la Constitution impose de consulter la Présidente de l'Assemblée, ce qui n'a pas été fait en amont de la décision. Elle tente de dissuader le Président de la République, proposant de construire une coalition avec Les Républicains pendant l'été, pour définir un programme de gouvernement commun et éviter la dissolution. Elle regrette de ne pas avoir été consultée plus tôt dans le processus décisionnel, se sentant blessée de ne pas être considérée comme une voix importante, malgré sa loyauté et sa connaissance du fonctionnement de l'Assemblée.
Yael Braun-Pivet aborde ensuite le fonctionnement de l'Assemblée nationale et la gouvernance du pays. Elle critique l'image catastrophique que l'Assemblée renvoie aux Français, malgré un travail législatif important. Elle souligne que les compromis sont souvent trouvés loin des caméras, en "coulisses", tandis que l'hémicycle est le lieu de la confrontation politique, ce qui donne l'impression d'un "bordel" constant. Elle rappelle que l'Assemblée a voté plus d'une centaine de textes en quatre ans.
Elle insiste sur la nécessité de changer la gouvernance du pays. Elle pense que le centre est la seule voie viable, car il incarne la modération nécessaire pour diriger une nation. Elle rejette les solutions extrêmes et populistes qui promettent des règlements rapides, mais irréalistes. Elle donne l'exemple de l'accès aux soins, où des lois ont été votées depuis 2018, mais dont les effets ne se feront sentir que dans plusieurs années, en raison du temps long nécessaire à la formation des médecins. Elle déplore que les Français, vivant dans un monde d'immédiateté, ne supportent plus cette lenteur.
La Présidente de l'Assemblée nationale plaide pour une réforme en profondeur de la gouvernance, notamment par une décentralisation accrue et une remise en question de la centralisation excessive. Elle estime que l'État central a du mal à lâcher les compétences, ce qui conduit à une superposition des acteurs et à un manque d'efficacité. Elle souhaite une clarification des rôles et des responsabilités pour éviter que chacun ne fasse tout et que personne ne soit véritablement responsable.
Elle est favorable à une consultation plus fréquente des citoyens par référendum, mais insiste sur la nécessité d'écouter et de respecter les résultats. Elle critique le manque de confiance des politiques envers les Français. Elle prône également une plus grande confiance envers les corps intermédiaires, comme les syndicats, qui devraient être davantage mis en responsabilité pour élaborer des réformes durables, à l'instar de ce qui se fait sur l'Agirc-Arrco.
Concernant la proportionnelle, elle y est très favorable, estimant qu'elle permettrait une meilleure représentation des partis politiques à l'Assemblée et favoriserait la construction de coalitions. Elle compare ce système à ceux de l'Allemagne ou de l'Espagne, où les gouvernements sont contraints de s'allier pour obtenir une majorité, ce qui encourage le compromis et la co-construction de programmes. Elle regrette que la France, contrairement à ces pays, n'exige pas un vote de confiance pour un gouvernement en début de mandat, ce qui permet à des gouvernements sans majorité d'agir sans légitimité suffisante.
Elle aborde la question de l'intelligence artificielle (IA), qu'elle considère comme une formidable opportunité pour la démocratie, notamment pour rendre la législation plus accessible aux citoyens. Elle est vigilante sur la souveraineté des outils d'IA et la rigueur des données utilisées, soulignant le risque d'hallucinations des IA étrangères sur les références françaises. Elle voit l'IA comme un moyen de libérer du temps pour les professionnels, comme les médecins ou les policiers, en automatisant les tâches répétitives. Elle critique la lenteur de l'administration à adopter ces outils et à former la population.
Elle conclut en insistant sur la nécessité de changer de mentalité et de processus pour faire face aux défis d'un monde en rapide évolution. Elle rejette l'idée d'un "sauveur suprême" et appelle à un engagement collectif des citoyens, des entrepreneurs, des associations et des élus pour transformer le pays. Elle encourage les jeunes à s'engager, à voter et à manifester, car c'est l'ensemble de la société qui doit pousser au changement. Elle croit en la capacité de la France à agir et à être fière de ses atouts, tout en reconnaissant les dysfonctionnements et la nécessité d'améliorer l'efficacité des services publics. Elle cite l'exemple de la justice, trop lente, et de la bureaucratie qui freine les initiatives simples.
Elle évoque le besoin de stabilité normative pour les entreprises et propose de sortir les questions fiscales du budget annuel pour les aborder dans des lois quinquennales dédiées, comme cela se fait en Irlande, afin d'offrir plus de prévisibilité.
Enfin, elle recommande le dernier livre de Simone Veil, "Pour les générations futures", comme une lecture inspirante pour sa capacité à faire, sa résilience et son message sur l'histoire et la mémoire. Elle insiste sur l'importance de ne pas manipuler l'histoire et d'être fier de la France qui a accueilli et intégré des populations diverses, comme sa propre famille. Elle conclut en s'adressant à la jeune avocate qu'elle était, lui disant de ne pas avoir peur et de foncer, car malgré les critiques, l'engagement politique est souvent sincère et vise à servir le pays.