
ChatGPT au bureau : les patrons ont perdu le contrôle !
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Le podcast "Silicon Carnet" aborde la question de l'adoption non autorisée de l'intelligence artificielle (IA) par les salariés en entreprise, un phénomène baptisé "AI shadowing". Marc Andreessen a soulevé le point que de nombreux employés utilisent des outils d'IA sans permission, soulevant des inquiétudes quant aux risques et aux bénéfices. En France, deux salariés sur trois utiliseraient l'IA sans autorisation ni formation, gagnant ainsi du temps, parfois au prix de la confidentialité des données clients. L'émission explore si cette tendance est une preuve d'adoption technologique ou une bombe à retardement.
Laura Bokebza, consultante en stratégie et décrypteuse de technologie, et Flavie Prévu, experte du travail indépendant, discutent de ce sujet. Il est révélé qu'en France, 66% des salariés utilisent l'IA en douce, gagnant en moyenne 3 heures par semaine, selon un sondage Opinion Way pour Cegid. Cependant, ce gain est moindre par rapport aux Espagnols, qui en gagneraient le double. L'usage de l'IA en entreprise est en forte accélération, avec une augmentation de 12 points en un an. Aux États-Unis, une étude du MIT a montré que dans plus de 9 cas sur 10, les salariés utilisent des outils d'IA personnels sans autorisation, alors que seulement 40% des entreprises ont souscrit à des abonnements officiels.
Laura explique que les entreprises françaises sont encore loin d'une adoption généralisée. Les dirigeants expriment une peur de ne pas savoir cadrer ou utiliser ces outils, ainsi qu'une difficulté à les intégrer aux systèmes d'entreprise. La crainte de la confidentialité des données est également un frein majeur, accentuée par le fait que les salariés utilisent déjà ces outils en dehors du cadre professionnel. De plus, une mauvaise expérience avec des outils comme Copilot (souvent utilisé par les entreprises basées sur Microsoft) a pu dégoûter certains utilisateurs de l'IA.
Flavie établit un parallèle avec le début de l'ère informatique, où les jeunes générations apportaient leurs propres appareils et refusaient d'utiliser les outils d'entreprise jugés moins performants. Elle souligne que les salariés ont toujours cherché des moyens plus efficaces pour accomplir leurs tâches, citant l'exemple de l'utilisation de LinkedIn pour le recrutement sans formation spécifique. Elle soulève également la question de l'appropriation du temps gagné grâce à l'IA : à qui profite cette productivité accrue ? La logique de présentéisme en France pourrait décourager les salariés de gagner trop de temps, de peur de ne pas être valorisés ou de passer pour des "fainéants".
Marc Andreessen évoque le concept de "start-ups AI native", qui intègrent l'IA de manière fondamentale dans leur fonctionnement, créant un fossé technologique avec les grands groupes. Un jeune entrepreneur témoigne que sa start-up est presque entièrement "autopilotée", les fondateurs observant son fonctionnement de l'extérieur. Flavie corrobore cela, mentionnant qu'elle génère 500 000 € de chiffre d'affaires seule, grâce à l'IA et à une petite équipe de freelances, un chiffre impressionnant qui dépasse les attentes traditionnelles. Elle met en évidence le "gap" créé par ces modèles, mais aussi les "vents contraires" dans les grandes entreprises, comme les réunions inutiles, qui bloquent l'innovation malgré le potentiel de l'IA.
Laura insiste sur le fait que l'adoption de l'IA ne se limite pas à l'ajout d'outils, mais nécessite une refonte profonde des processus organisationnels. Elle critique l'idée de simplement "brancher un outil sur un process existant". L'IA nécessite des données bien organisées, et beaucoup d'informations cruciales résident encore "dans la tête des gens" dans les grandes entreprises et PME. Flavie suggère que l'IA de l'entreprise est souvent trop limitée à la documentation interne, alors que la documentation personnelle, le contexte et le "tone of voice" de chaque collaborateur sont essentiels pour des résultats optimaux. Elle encourage les salariés à construire et à sauvegarder leur propre base de données personnelle pour qu'elle les suive dans leur carrière, soulignant que le "jus de cerveau" construit avec l'entreprise devrait persister. Cependant, la question de la propriété intellectuelle de ce travail est complexe et soulève des questions juridiques, notamment lorsque le travail est effectué sur le temps et avec le matériel de l'entreprise.
Le débat se tourne vers la difficulté pour les grandes structures de s'adapter. Laura, moins pessimiste que son interlocuteur, rappelle la lente mais finalement réussie transformation digitale. Elle souligne que les grandes entreprises possèdent un historique et des données clients précieuses, ainsi qu'une inertie des consommateurs qui peut ralentir l'adoption des start-ups natives. Cependant, elle admet que ces entreprises devront s'y mettre, mais avec les bonnes protections, notamment concernant la gestion des données. Elle note que de nombreuses formations en entreprise se concentrent sur l'acculturation plutôt que sur la conduite du changement réel des processus.
Flavie critique le fait que l'IA ne nécessite pas de formation traditionnelle, car on peut lui demander de s'expliquer elle-même. Elle s'étonne que 63% des salariés français n'aient reçu aucune formation sur l'IA, les encourageant à utiliser l'IA pour se former et identifier des cas d'usage pertinents. Elle recommande de décrire son travail à l'IA pour obtenir des suggestions personnalisées. Elle mentionne également l'utilité de la voix pour interagir avec l'IA, car cela permet de fournir plus d'informations de manière fluide, comme avec un collègue, améliorant ainsi la pertinence des réponses. Elle suggère que le travail en train, en utilisant des outils vocaux, pourrait devenir un indicateur de la maîtrise de l'IA, ceux qui tapent encore étant "à la bourre".
Une autre préoccupation majeure est le "AI Slop", c'est-à-dire le contenu de faible qualité produit par l'IA. 40% des salariés américains ont reçu du "AI Slop" le mois précédent. Ce phénomène suscite des réactions négatives, les collègues étant perçus comme moins créatifs ou intelligents. Faire des comptes-rendus ou des présentations était un moment de réflexion pour les employés ; l'IA automatisant ces tâches, cela pourrait entraîner une perte de réflexion critique. Les échanges d'e-mails par IA interposés sont également pointés du doigt, créant un volume excessif de messages et des interactions "idiotes".
Laura corrige une information : c'est le PDG de Shopify, Toby Lutker, qui a envoyé un e-mail à son équipe exigeant l'utilisation de l'IA sous peine de licenciement, et non Stripe. Elle plaisante sur la possibilité d'avoir un agent pour vérifier les faits en direct, mais explique qu'elle le fait a posteriori en analysant les transcriptions pour identifier les erreurs.
Laura exprime sa réticence face à l'utilisation de l'IA pour résumer les e-mails, arguant que la lecture directe des échanges permet de saisir la tonalité, les signaux faibles et les interactions humaines cruciales pour le management. Elle pense que nous sommes la dernière génération à écrire des e-mails, entrant dans une ère de l'oralité. Elle compare cela à l'étonnement futur face à la conduite manuelle des voitures. L'écriture pourrait devenir un luxe, une forme d'art comme la calligraphie japonaise.
Enfin, le sujet de la cybersécurité est abordé dans le contexte du "Black October", une période de vulnérabilité accrue. La peur que les IA puissent s'échapper ou être utilisées à mauvais escient est palpable. Les dirigeants craignent de perdre le contrôle de leurs données et de leur propriété intellectuelle. On évoque l'idée que l'IA pourrait marquer la fin du copyright et du secret, avec des exemples de logiciels reverse-engineerés sans accès au code source. La peur de perdre le contrôle, face à une technologie que les salariés maîtrisent mieux, est une source d'anxiété pour les dirigeants. Le podcast conclut sur l'idée que la peur des dirigeants vient de la perte de ce qu'ils connaissent, sans encore savoir ce qu'ils gagneront, traversant les étapes du deuil, du déni à la colère, et potentiellement au marchandage et à la dépression face à la nécessité de réinventer les modèles économiques.