
Juniors vs Seniors : qui sera le premier sacrifié ?
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Vendredi, les chiffres du marché du travail américain sont tombés, révélant seulement 29 000 créations d'emplois en septembre, soit trois fois moins que prévu. Le chômage est passé de 4,1 à 4,2 %. Ces chiffres, bien que faibles pour les États-Unis, soulèvent des questions sur l'impact de l'intelligence artificielle (IA) sur l'emploi, notamment la prophétie de Dario selon laquelle l'IA supprimerait la moitié des postes de débutants chez les cols blancs.
Stéphane Malard, futurologue de l'IA, estime que ces chiffres sont anecdotiques et qu'il faut regarder les tendances à moyen et long terme. Sa thèse est que nous sommes au début de la fin du travail humain, prévoyant la disparition de presque 100 % des emplois humains, à l'exception de quelques-uns pour des raisons non économiques. Il pense que l'IA prend le relais sur la haute valeur ajoutée, et que les futurs emplois créés seront à très faible valeur ajoutée, insuffisants pour générer de la richesse. Cela nécessitera un nouveau modèle économique de société.
Jules Simon, fondateur d'Extra Student, souligne que les jeunes ressentent déjà durement cette destruction d'emplois. Il rapporte que 20 % des diplômés des grandes écoles en France sont au chômage, remettant en question la valeur du diplôme. Selon lui, les écoles qui formaient des talents pour les cabinets de conseil, lesquels perdent de leur utilité, voient leur propre utilité diminuer. Il pense que les jeunes ne peuvent plus compter sur un emploi garanti et doivent viser à être plus indépendants, capables de se vendre sur un marché du travail en mutation. Il critique le système éducatif généraliste qui forme des étudiants à des métiers comme le commerce, le management et les RH, qui pourraient disparaître. Il remet également en question l'alternance, la considérant comme une voie de garage où les jeunes sont exploités sans réellement se former.
Stéphane Malard renchérit en affirmant que de nombreuses entreprises en France sont en mauvais état, sans croissance et surstaffées, n'ayant pas besoin de main-d'œuvre supplémentaire. Il distingue les jeunes diplômés brillants qui réussissent à trouver leur place ou à créer leur propre emploi, du reste qui est en surabondance et donc substituable. Il compare cette situation à l'octroi du baccalauréat à tous, menant à une surabondance de diplômes sans réelle valeur. Il constate que les cadres sont souvent substituables, ce qui tire les salaires vers le bas. Sa thèse de "disruption" suggère que l'IA va tuer le salariat en réduisant les coûts de contractualisation, permettant aux indépendants de surproduire et de récupérer une partie de la marge de leurs anciens employeurs. Il souligne que la France manque d'industries à haute valeur ajoutée, ce qui limite le ruissellement de la richesse vers d'autres secteurs.
Jules Simon ajoute que l'IA peut rassembler suffisamment d'informations sur les individus pour identifier leurs compétences et leur adéquation avec un poste, rendant les processus de recrutement traditionnels obsolètes.
Le problème du premier emploi est abordé comme un lieu d'apprentissage plutôt qu'un lieu d'épanouissement. Si cet accès est supprimé, on ne sait pas ce que deviendront ces talents. Jules Simon insiste sur l'importance de l'individu et de ses compétences uniques. Il encourage les jeunes à quitter l'école s'ils ont déjà une compétence forte, car les entreprises recherchent des profils autonomes capables d'apprendre seuls.
Concernant l'IA comme cause de licenciement, 21 % des suppressions d'emplois aux États-Unis depuis janvier ont été attribuées à l'IA, principalement dans la tech. Cependant, ce chiffre est en baisse, passant à 9 % dans les enquêtes récentes. Cela suggère une hypocrisie de la part des entreprises qui utilisent l'IA comme bouc émissaire pour des problèmes de gestion ou de performance. D'autres facteurs comme la hausse des taux d'intérêt de la Fed, la guerre en Iran, l'augmentation du coût de l'énergie et de la santé contribuent également aux licenciements.
Stéphane Malard estime que nous ne sommes pas encore au moment où l'IA remplace tout, mais que nous sommes au début d'une période de transition. Il observe que les PME cherchent à identifier les employés moteurs et innovants face à l'IA, car la formation seule ne suffit pas si le mindset n'y est pas. Il pense que le vrai problème n'est pas la formation, mais le staff lui-même. Il prédit que les seniors et les personnes chères dans le monde intellectuel seront les premiers touchés par l'IA, car leur remplacement générera des gains de productivité significatifs.
Jules Simon note que si les jeunes sont "AI native" et maîtrisent bien les outils de l'IA, ils manquent encore de la connaissance et de la capacité de réflexion des seniors. Il y a une angoisse généralisée chez les jeunes concernant l'IA, alimentée par un discours médiatique alarmiste. Il appelle à accepter et embrasser le changement plutôt que de le craindre.
Stéphane Malard, bien que ses prévisions soient jugées effrayantes, insiste sur le fait que l'IA est une excellente nouvelle car elle va travailler pour nous, guérir des maladies, rajeunir les êtres vivants, éviter les accidents et permettre la conquête spatiale. Il souligne que la technologie est déflationniste et augmentera le pouvoir d'achat. Il évoque la nécessité de réfléchir à des politiques de redistribution des richesses, comme un salaire universel, car l'IA va rendre la machine plus compétitive que l'humain. Il rappelle que de nombreux cadres dans les entreprises sont déjà dans une situation de "revenu universel" car ils n'apportent pas de valeur ajoutée.
Carlos, l'animateur, présente des chiffres positifs : l'emploi des jeunes dans les métiers moins exposés à l'IA a augmenté de 10 %, et le PIB américain est en hausse, ainsi que les salaires moyens par famille (sauf pour les Afro-Américains). Le taux de pauvreté aux États-Unis est de 10,8 %, inférieur à celui de la France. Il y a une économie en marche et des emplois se créent dans des domaines inattendus, notamment liés à la construction d'infrastructures pour les data centers, générant un million d'emplois aux États-Unis (électriciens, soudeurs, etc.).
Jules Simon pense que les profils généralistes capables de vendre, diriger, négocier et réfléchir resteront indispensables. Il note que les emplois manuels, comme les plombiers ou les ortholentistes, sont en forte demande mais sous-payés et dévalorisés. Il espère que ces métiers seront mieux rémunérés à l'avenir, attirant ainsi plus de personnes.
Stéphane Malard maintient que l'économie migre vers des industries à très haute valeur ajoutée, principalement la tech, et que l'ancien monde est en train de mourir. Il souligne que la valeur ajoutée et la rareté des compétences sont clés.
Carlos conclut en affirmant que l'Europe est en retard sur cette transition. Il pense que l'IA ne supprimera pas le premier emploi, mais qu'elle a supprimé l'excuse de mal former les jeunes. Les entreprises ne pourront plus former les juniors, c'est aux écoles de le faire mieux et sur des cycles plus courts. Il cite l'exemple d'Alface School et d'Andrenaovitz aux États-Unis qui proposent des formations sans diplôme, axées sur les stages et l'accès aux entreprises de la tech.
Stéphane Malard conteste l'idée que tout le monde est formable aux nouveaux métiers complexes de l'IA, arguant que cela nécessite un très haut QI, accessible à une infime partie de la population. Il pense que des raisons biologiques et de câblage rendent impossible de former tout le monde à ces nouveaux emplois.
Carlos exprime son désaccord, insistant sur l'importance des qualités purement humaines et émotionnelles, qui ont une grande valeur dans la société et le monde du travail. Stéphane Malard réplique que ce qui est payé cher chez un chirurgien, c'est son expertise rare, pas son intelligence émotionnelle, contrairement à une infirmière.
Jules Simon conclut en soulevant la question sociétale de savoir quelle société nous voulons demain. Il craint qu'une petite partie de la population devienne extrêmement riche grâce à la technologie tandis que la grande majorité souffrirait, ce qui pourrait mener à des troubles sociaux.
L'émission se termine sur l'idée que le progrès est inévitable et qu'il faut s'adapter pour trouver une place à l'humain dans cette société en évolution.