
Mazdéisme : l'ancienne religion des Iraniens
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Bonjour à tous et bienvenue pour cette nouvelle émission en direct. Aujourd'hui, nous allons parler du mazdéisme, une religion ancienne des Iraniens, explorant ses origines, ses concepts, ses croyances, ses rituels, et ses prêtres, les mages. Nous ferons également des comparaisons avec le zoroastrisme, qui en est issu. Cette émission est un bonus qui complète celle de la semaine dernière sur l'Empire Perse, intitulée "Les Perses, l'Empire oublié". Cette dernière, un documentaire de 50 minutes, ne pouvait pas aborder tous les aspects en détail, d'où cette vidéo dédiée à la religion principale de l'Empire Perse.
Le mazdéisme est l'ancienne religion des Iraniens. Contrairement à l'Iran actuel, dont la religion d'État est l'islam chiite, il y a plus de 13 siècles, c'était le zoroastrisme, et encore plus anciennement, le mazdéisme. Cette religion n'est pas née en Iran, mais est issue des peuples indo-iraniens ou indo-aryens venus du Caucase, qui sont descendus vers le sous-continent indien et le plateau iranien. Cette structure religieuse indo-iranienne s'est divisée en deux branches : l'une vers l'Inde, donnant le Védisme, et l'autre vers les plateaux iraniens, donnant le mazdéisme. Le terme "mazdéisme" est une construction linguistique moderne faisant référence à la divinité principale, Ahura Mazda, que l'on pourrait traduire par "le seigneur sage" ou "l'être qui personnifie la sagesse ou la lumière divine".
Les origines de cette religion peuvent être identifiées à partir du 2e millénaire avant notre ère. Avant 1500-1600 avant notre ère, la religion indo-iranienne, le Védisme et le mazdéisme ne formaient qu'une seule religion prototype, dont nous n'avons pas d'écrits. Après sa division, ces deux blocs peuvent être comparés pour en déceler l'essence originelle. Le mazdéisme s'est développé sur le plateau iranien, couvrant non seulement l'Iran actuel, mais aussi des régions comme l'Afghanistan et le Pakistan. Bien que le terme "Iraniens" soit utilisé par commodité, il désignait à l'époque diverses ethnies comme les Mèdes, les Bactriens, et les Perses, partageant un fond culturel et religieux commun.
Le mazdéisme était la religion principale de ces peuples iraniens, bien que d'autres religions aient coexisté, comme celles des Élamites, des Mésopotamiens, des Lyciens, et des Judéens. Il fut la religion des Empires mède et perse, ces derniers succédant aux Mèdes tout en conservant la même forme religieuse.
Une question clé est de savoir si le mazdéisme est monothéiste ou polythéiste. Au sommet du panthéon se trouve Ahura Mazda, le Dieu suprême et créateur de toute chose, ce qui pourrait suggérer une forme de monothéisme. Cependant, contrairement aux religions abrahamiques qui ne vénèrent qu'une seule divinité, le mazdéisme inclut un panthéon de divinités qui sont réellement invoquées et célébrées. Ce n'est donc pas un monothéisme au sens strict. Mais ce n'est pas non plus un polythéisme classique, car toutes les autres divinités dépendent de Ahura Mazda. On utilise donc le terme "hénothéisme", désignant une religion avec une divinité principale dont toutes les autres sont des manifestations ou des forces subordonnées.
Les textes sacrés du mazdéisme sont regroupés sous le terme générique de l'Avesta. L'Avesta n'est pas un livre révélé unique comme la Bible ou le Coran, mais un ensemble de textes. Il comprend les Yasna, des textes liturgiques décrivant les rituels et sacrifices ; les Gathas, des textes attribués à Zarathoustra, de nature philosophique, offrant des prescriptions morales et éthiques ; les Yashts, des hymnes et prières aux divinités comme Ahura Mazda, Mithra, ou Anahita ; et les Vendidad, des traités de comportement et de purification pour lutter contre les forces du mal.
Au cœur de la doctrine mazdéenne se trouve le concept d'Asha, désignant la vérité, la justice, et le bon ordre cosmique, l'harmonie avec l'univers et les lois divines, impliquant de bonnes pensées, paroles et actions. À l'opposé se trouve le Druj, le mensonge, la tromperie, la désorganisation de la création, la désharmonie. Cette dualité entre le bien et le mal n'est pas au sens judéo-chrétien, mais plutôt comme une harmonie et une désharmonie cosmique.
Concernant le salut et la vie après la mort, le mazdéisme propose une sorte de paradis heureux. Pour y accéder, il faut franchir un pont symbolique, le Chinvat, ce qui n'est possible qu'en ayant mené une vie juste et harmonieuse, loin du mensonge et des mauvaises actions. Ceux qui y parviennent accèdent au Garodemana, la demeure d'éternité, un concept proche des paradis des religions monothéistes.
Une idée fondamentale du mazdéisme, bien avant le judaïsme, le christianisme ou l'islam, est une eschatologie de victoire finale des forces bienveillantes à la fin des temps, similaire au jugement dernier chrétien. Le désordre sera vaincu, l'ordre cosmique restauré, menant à la félicité. Cette fin des temps est prophétisée par l'arrivée d'un Messie, le Saoshyant, un grand libérateur qui apportera la vérité. Ces concepts sont très proches de ceux que l'on retrouve dans le christianisme et l'islam.
Le panthéon mazdéen est riche. Au sommet, Ahura Mazda représente l'ordre cosmique et la lumière originelle. Son pouvoir se manifeste par des divinités inférieures appelées Amesha Spentas (les immortels bénéfiques), sortes d'anges représentant des concepts archétypaux de Ahura Mazda, comme la pensée juste, la vérité, la souveraineté, la dévotion, la plénitude ou l'immortalité. Il existe aussi les Yazatas, des puissances divines vénérées avec des hymnes et des rituels, ayant des fonctions spécifiques. Par exemple, Mithra est le dieu des contrats et des engagements moraux, gardien de l'ordre social. Anahita est associée aux eaux, à la fécondité et à la puissance. Atar représente le feu sacré et la lumière. Haoma symbolise la boisson sacrée d'immortalité, similaire au Soma védique.
Face à ces forces bénéfiques, il y a une force maléfique, Angra Mainyu ou Ahriman, personnification du mal, du chaos et des ténèbres. Dans le mazdéisme, Ahura Mazda et Angra Mainyu sont en équilibre, un dualisme absolu où les deux puissances s'opposent dans un combat cosmique perpétuel. Des entités maléfiques, les Daevas, servent Angra Mainyu. Le problème du mal est ainsi expliqué : il n'est pas l'œuvre d'Ahura Mazda, mais d'Ahriman, qui provoque les catastrophes et la mort. Cependant, au-dessus de tout, il y a Mazda, la lumière originelle, qui prend une forme positive en Ahura Mazda et une forme négative en Ahriman.
Le mazdéisme présente de nombreuses ressemblances avec le Védisme indien. Les deux religions se sont séparées mais ont conservé des traits communs. Par exemple, le Yasna iranien correspond au Yajna hindou, le Haoma iranien au Soma indien, l'Asha iranien au Rita védique, et le dieu Mithra iranien au Mitra védique. Cependant, des différences sont apparues, notamment dans l'inversion des termes : les Ahuras sont positifs en Iran et maléfiques en Inde, tandis que les Daevas sont maléfiques en Iran et bénéfiques en Inde.
Le clergé mazdéen est composé des mages. Initialement, le terme "mage" (du vieux perse "magous") désignait une classe sacerdotale, non une ethnie, contrairement à ce qu'Hérodote a pu affirmer. Les mages conduisaient le culte, accomplissaient les sacrifices, récitaient les textes sacrés (initialement transmis oralement), assuraient le respect moral et éthique, interprétaient les rêves, et conseillaient les souverains, exerçant ainsi un pouvoir politique. La fonction de mage était héréditaire, de père en fils, comme celle des Brahmanes en Inde. Les Grecs, fascinés par ces "sages de l'Asie", ont déformé leur rôle en leur attribuant des pouvoirs magiques, contribuant à l'image moderne du magicien.
La liturgie mazdéenne est centrée sur le Yasna, une cérémonie sacrificielle avec offrandes (y compris animales), récitations de l'Avesta, prières, invocation du feu sacré et consommation du Haoma. Le calendrier mazdéen comprend six fêtes principales, dont les solstices et les équinoxes. Le Nowruz, le Nouvel An iranien, est particulièrement important, célébrant la renaissance, le retour de la lumière, et la victoire d'Ahura Mazda sur Ahriman. Le feu sacré, symbole de la lumière, de la connaissance et de la vérité d'Ahura Mazda, occupe une place centrale, conduisant aux futurs temples du feu zoroastriens. Le mazdéisme inclut également un culte des ancêtres, priés et honorés pour leur bienveillance et leur guidance vers le paradis.
Le zoroastrisme est une réforme du mazdéisme. Il est parfois difficile de distinguer clairement ce qui appartient à l'un ou à l'autre historiquement. Le zoroastrisme n'était pas la religion d'État des Empires Achéménide ou mède, ni des Parthes, mais il devint celle des Sassanides du 3e au 7e siècle de notre ère, avant la conquête islamique. Premières différences : le zoroastrisme a des lieux de culte dédiés, les temples du feu. Il est aussi un monothéisme pur, considérant Ahura Mazda comme la seule divinité et les autres entités comme ses manifestations. C'est la plus ancienne forme de monothéisme connue, précédant le judaïsme, le christianisme et l'islam.
Dans le zoroastrisme, Angra Mainyu n'est plus une entité autonome, mais le principe du mal est vu comme l'absence du bien, une ignorance. Les démons sont des dieux qui ont sombré dans le mal, des formes corrompues d'anges. L'idée du Messie (Saoshyant) et du Garodemana (paradis) est renforcée dans le zoroastrisme. La réforme de Zarathoustra apparaît vers la fin du 2e millénaire avant notre ère, localisée à l'est des plateaux iraniens. Pendant plusieurs siècles, le mazdéisme et le zoroastrisme coexistent comme des variantes, le zoroastrisme gagnant progressivement en importance pour devenir la forme définitive du mazdéisme au 3e siècle de notre ère. C'est une lente maturation, comparable à l'évolution du judaïsme vers le christianisme.
Le mazdéisme n'existe pratiquement plus aujourd'hui. Cependant, le zoroastrisme, son évolution finale, compte encore quelques adeptes en Iran, en Irak, en Ouzbékistan, et surtout en Inde, où une diaspora iranienne, les Parsis (qui signifie "Perses"), a fui la conquête musulmane et maintient cette religion. Il existe aussi une diaspora zoroastrienne en Amérique du Nord et en Australie. C'est une religion minoritaire et persécutée, mais pas éteinte.
Au-delà de la croyance, la fête de Nowruz, d'origine mazdéenne/