
Ce qu’Apple fait vraiment des vieux iPhone
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Cette machine est capable de démonter n'importe quel iPhone en 18 secondes, retirant les vis, détachant l'écran, et perçant l'appareil pour extraire chaque composant. Dans un monde idéal, si de telles machines existaient pour tous les téléphones, l'industrie du smartphone serait entièrement recyclable, permettant de réutiliser les anciens produits pour en fabriquer de nouveaux. Cependant, la réalité est différente. Chaque année, plus d'un milliard de téléphones sont vendus dans le monde, dont 200 à 250 millions d'iPhones par Apple. La fabrication de ces appareils nécessite des milliers de tonnes de minerais extraits de la Terre, une pratique souvent dénoncée pour sa pollution et la destruction de l'environnement.
Un iPhone a généralement une durée de vie d'environ trois ans avec son premier propriétaire, avant d'être potentiellement transmis à d'autres, puis de finir inutilisé dans un tiroir. Ce phénomène représente un problème majeur pour les marques et pour la planète. D'un côté, de nouveaux matériaux sont nécessaires pour fabriquer de nouveaux téléphones, et de l'autre, des millions d'anciens téléphones contenant ces minéraux dorment dans des tiroirs. Cela contraint les fabricants à acquérir de nouveaux minéraux, au lieu de réutiliser ceux déjà extraits.
Pour les entreprises technologiques comme Apple, Samsung ou Google, il est crucial de respecter leurs engagements environnementaux. Elles ont mis en place des objectifs ambitieux, comme l'abandon du plastique pour les emballages, l'exigence de l'énergie solaire pour leurs fournisseurs, et l'utilisation croissante de matériaux recyclés dans leurs produits. Apple, par exemple, a annoncé que d'ici 2025, 30 % des matériaux de ses produits seront recyclés. Pour des produits spécifiques comme le MacBook Neo, ce chiffre atteint 60 %, et le cobalt des batteries est désormais 100 % recyclé, le lithium à 95 %, et l'étain à 100 %.
Toutefois, il est important de noter que ces matériaux recyclés ne proviennent pas nécessairement des anciens produits de la marque. Apple achète ces matériaux auprès d'entreprises spécialisées dans le recyclage, plutôt que de recycler directement le métal de ses anciens iPhones. La raison principale de cette situation est le manque d'appareils à recycler. Les consommateurs n'ont pas encore adopté le réflexe de rapporter leurs anciens téléphones, préférant les conserver par attachement sentimental ou par précaution. Des millions d'appareils restent ainsi stockés, alors qu'ils pourraient alléger la chaîne de production et réduire le besoin d'extraction minière.
Chaque année, Apple invite des médias à Breda, aux Pays-Bas, pour présenter son robot de recyclage, appelé Daisy. Il n'existe que deux robots Daisy dans le monde. Cette faible quantité s'explique par le fait qu'il n'y a pas suffisamment de téléphones à recycler pour justifier un plus grand nombre de machines. Un seul robot Daisy, fonctionnant 24h/24 et 7j/7, peut recycler 1,2 million d'iPhones par an, ce qui représente moins de 0,5 % de la production annuelle d'Apple de 200 millions de téléphones. Même avec deux robots, cela ne couvrirait que 1 % de la production, et encore, sans récupérer 100 % des métaux de manière pure.
Daisy n'est pas la solution globale au recyclage, mais plutôt une preuve de concept, un exemple de ce que pourrait être le recyclage ciblé appareil par appareil. Contrairement aux méthodes de recyclage classiques qui broient les appareils électroniques et utilisent des aimants pour isoler les composants, la proposition d'Apple est plus efficace. Daisy identifie l'appareil (plus de trente modèles d'iPhone sont reconnus, de l'iPhone 5 au 15 Pro Max) et applique un protocole spécifique pour démonter chaque composant.
Le processus de Daisy se déroule en quatre étapes :
1. L'iPhone est inséré dans la machine, qui retire les vis et l'écran. Un contrôle est effectué pour s'assurer que la batterie est présente.
2. L'iPhone est congelé à -80°C pour neutraliser l'effet de la colle et faciliter le retrait de la batterie, qui est ensuite retirée brutalement.
3. La machine perce l'arrière du téléphone pour retirer les composants tels que le vibreur, le port USB et le haut-parleur.
4. Des opérateurs humains récupèrent les composants triés par la machine et les acheminent vers les filières de recyclage appropriées.
Selon Apple, une tonne métrique de composants récupérés par Daisy permet d'éviter l'extraction de 2 000 tonnes de minerais. Si une centaine de robots Daisy étaient en service et que des centaines de millions d'iPhones étaient recyclés chaque année, la moitié de la production annuelle d'Apple pourrait utiliser des composants provenant d'anciens iPhones, créant ainsi une chaîne durable.
Cependant, le principal obstacle reste le faible taux de retour des produits par les consommateurs. Apple a aussi sa part de responsabilité. Seuls les iPhones rapportés via les canaux officiels, comme l'Apple Store, sont traités par Daisy. Les tarifs de reprise d'Apple sont souvent inférieurs à ceux des reconditionneurs, et pour les anciens appareils, la reprise est parfois gratuite, sans incitation financière. Pour encourager le recyclage, Apple a lancé une opération spéciale offrant 10 % de réduction sur les accessoires pour tout ancien appareil rapporté. Augmenter les tarifs de reprise et faire de la publicité sur l'importance du recyclage pourraient inciter davantage de consommateurs à rapporter leurs anciens téléphones.
Les autres fabricants de smartphones n'ont pas d'équivalent au robot Daisy. Ils ont des programmes de recyclage, mais qui consistent généralement à broyer les appareils. Ils estiment probablement que l'impact d'un robot spécifique serait minime par rapport aux coûts, préférant acheter des composants recyclés auprès d'entreprises spécialisées. Bien qu'Apple ait partagé des brevets pour permettre à d'autres marques d'utiliser sa technologie, peu d'entreprises semblent l'avoir adoptée.
Chaque jour, 416 000 téléphones sont abandonnés dans le monde. Il est essentiel que le recyclage des appareils électroniques devienne un réflexe pour les consommateurs. Une chaîne de production entièrement renouvelable pour les téléphones est peu probable, car même un recyclage à 100 % ne produirait pas des matériaux purs, nécessitant toujours l'acquisition de nouveaux composants. Néanmoins, l'industrie électronique montre une prise de conscience et des efforts significatifs. Pour que ces efforts portent leurs fruits, les consommateurs doivent comprendre que conserver de vieux téléphones dans un tiroir est inutile et qu'il est préférable de les faire recycler pour un impact positif sur l'environnement et la chaîne de production.