
Why Revolver was revolutionary
AI Summary
Il y a 60 ans, les Beatles ont sorti "Revolver", un album qui a marqué un tournant non seulement pour le groupe, mais pour la musique en général. Considéré comme l'un des albums les plus importants de tous les temps, "Revolver" a été enregistré à une période où les Beatles, fortement taxés à 95% au Royaume-Uni, décidaient de cesser les tournées pour se concentrer sur le travail en studio. Cette décision a libéré leur créativité et leur a permis d'explorer de nouvelles directions musicales, transformant l'album d'une simple représentation de performances live en une œuvre d'art sonore à part entière.
L'album s'ouvre avec "Taxman", le premier morceau de George Harrison à lancer un album des Beatles. George était particulièrement irrité par le montant des impôts, qui, selon lui, finançait des "machines de guerre". La chanson fait référence au Premier ministre Harold Wilson et au chef de l'opposition Edward Heath. Musicalement, "Taxman" s'inspire fortement du blues, utilisant de nombreux accords dominants. Bien que les Beatles connaissaient déjà cette harmonie, il est suggéré que l'inspiration spécifique vienne du thème de "Batman", la série télévisée américaine ayant débuté cette année-là. George Harrison possédait une version du thème de Batman, et les similitudes harmoniques sont notables. Paul McCartney brille sur ce titre, non seulement par sa ligne de basse énergique, mais aussi par son solo de guitare. Des prises antérieures révèlent des détails supplémentaires, comme des notes de guitare aiguës et des chœurs rapides, qui n'ont pas été retenus dans la version finale.
Le contraste est frappant avec le deuxième morceau, "Eleanor Rigby". Loin du blues énergique, on passe à un octuor à cordes mélancolique. En 1966, un groupe pop sortant un morceau avec uniquement huit cordes et des voix était sans précédent. L'arrangement de musique de chambre a été créé par le producteur George Martin, à partir de quelques accords de guitare de Paul McCartney. Martin a enrichi la chanson avec un arrangement sophistiqué et des contre-mélodies. Une prise de studio rare montre Martin et les musiciens débattant avec McCartney de l'utilisation du vibrato sur les cordes, Paul n'ayant pas de préférence marquée. Le morceau est une sombre observation de personnages solitaires, Eleanor Rigby et le Père McKenzie, dont les destins se croisent tragiquement lors des funérailles de Rigby. La mélodie alterne entre les modes dorien et éolien, créant une ambiance à la fois intrigante et sombre. "Eleanor Rigby" illustre parfaitement la nouvelle approche du studio, car elle était impossible à reproduire en live.
"I'm Only Sleeping", le troisième titre, poursuit cette tendance à l'irréalisable en concert. Sa particularité réside dans le solo de guitare "back-masked" (joué à l'envers). Cette technique, que John Lennon avait récemment adoptée, avait déjà été utilisée sur la face B de "Paperback Writer", "Rain". Malgré cette innovation technique, la chanson est harmoniquement et mélodiquement très traditionnelle, basée sur la tonalité de mi mineur avec une modulation vers la mineur pour le pont, une technique classique des débuts des Beatles.
George Harrison revient avec "Love You Too", un départ radical du son habituel des Beatles. Bien qu'il ait déjà utilisé le sitar sur "Norwegian Wood", ce morceau est sa première véritable incursion dans la musique classique indienne. La chanson utilise une instrumentation indienne (sitar, tabla, tambura) et est structurée autour d'un drone statique sur une seule note (do), typique de la musique indienne qui privilégie les ragas (équivalents aux gammes occidentales) plutôt que les progressions d'accords. "Love You Too" utilise le raga Kafi, équivalent à notre gamme dorienne. Sa structure suit le schéma indien avec une section alap (introduction libre), un gat (section pré-composée, ici le couplet et le refrain) et un droo (section finale plus rapide et improvisée).
Puis, l'album pivote vers l'une des chansons les plus tendres de Paul McCartney, "Here, There and Everywhere". Paul s'est inspiré de l'American Songbook du début du 20e siècle, notamment "Cheek to Cheek" d'Irving Berlin, pour sa structure lyrique qui lie les sections. L'introduction de la chanson, avec son tempo lâche et sa mélodie sinueuse, est également inspirée de ces airs de comédie musicale, où le "verse" (couplet introductif) préparait le "chorus" (refrain principal), permettant au personnage de passer du dialogue au chant. Une autre caractéristique empruntée est le changement de tonalité pour le pont (de Sol majeur à Si bémol majeur).
Le sixième titre, "Yellow Submarine", offre un contraste saisissant. Cette chanson joyeuse, co-écrite par Paul McCartney et John Lennon pour Ringo Starr, était initialement une composition plus sombre et autobiographique de John, écrite en 6/4. Paul a aidé John à régulariser le rythme en 4/4, bien que des traces du 6/4 original subsistent dans les changements d'accords irréguliers. Les effets sonores, essentiels à l'ambiance nautique et festive de la chanson, ont été créés avec l'aide de nombreux invités, dont Brian Jones des Rolling Stones et l'épouse de George Harrison, Patty Boyd. Un extrait de la marche militaire française "La P.P." a été astucieusement échantillonné et monté par George Martin et l'ingénieur Jeff Emerick pour éviter les problèmes de droits d'auteur et s'intégrer musicalement.
L'inspiration de "She Said She Said" de John Lennon vient d'une expérience sous LSD en 1965 avec Peter Fonda, qui répétait "Je sais ce que c'est d'être mort". Cette phrase a perturbé John et George. Paul McCartney, qui n'a pas participé à ce trip, est également absent de l'enregistrement final de la chanson, suite à une dispute. George Harrison joue la basse à sa place. La performance de batterie de Ringo Starr est particulièrement dynamique, malgré les changements de mesure fréquents, alternant entre 4/4 et 3/4 pour le pont. Harmoniquement, la chanson utilise la gamme mixolydienne en Si bémol, qui, avec sa septième bémol, donne une couleur bluesy.
La deuxième face de "Revolver" débute avec "Good Day Sunshine". Cette chanson, en apparence simple, est inhabituelle. Le refrain de six mesures en 4/4 donne l'impression de groupes de cinq et trois temps. Le refrain est en Si majeur, tandis que le couplet descend d'un ton en La majeur. Paul McCartney a admis que la chanson était inspirée par "Daydream" des Lovin' Spoonful, notamment pour sa progression d'accords avec des dominantes secondaires. Le solo de piano, joué par George Martin, module en Ré majeur, ajoutant à la complexité. La chanson se termine de manière inattendue, avec un changement de tonalité non résolu.
"And Your Bird Can Sing" s'ouvre sur Paul McCartney et George Harrison jouant des gammes majeures en harmonie. La version originale, un ton plus bas et avec un son plus "jangly" rappelant le groupe The Byrds, a été retravaillée pour accentuer la ligne de guitare harmonisée. La structure est typique des Beatles, avec une section A principale et un "middle eight" contrasté qui module vers le troisième degré de la tonalité, utilisant un "line cliché" descendant (une note du même accord qui descend chromatiquement). La chanson se termine de manière inattendue sur un accord de La majeur sur un Mi à la basse, créant une suspension.
"For No One" est un exemple précoce de "Baroque Pop", utilisant des instruments comme le clavecin ou, dans ce cas, le clavicorde (joué par Paul). Paul joue également du piano et de la basse, tandis que Ringo assure une partie discrète de batterie et de maracas. Des prises antérieures révèlent un tempo plus rapide et une tonalité en Do majeur, avant que la vitesse de la bande ne soit ajustée pour descendre en Si majeur et ralentir le tempo. Le point culminant est le solo de cor français d'Alan Civil, particulièrement difficile en raison de sa tessiture élevée. La chanson utilise une harmonie classique, avec une progression d'accords descendants dans la section A et une modulation en Do dièse mineur dans la section B, utilisant le mode mineur harmonique et des accords de sus 4. Le contrepoint, avec la mélodie vocale et la ligne de cor superposées, ajoute à la texture classique. La chanson se termine également sans résolution complète.
"Dr. Robert" de John Lennon est un morceau bluesy et entraînant sur un médecin qui prescrit plus que de simples antibiotiques. Comme "Good Day Sunshine", le couplet est en La majeur et le refrain en Si majeur. Le pont offre un changement d'ambiance notable, avec une accalmie rythmique plus prononcée dans la version finale que dans les prises antérieures.
"I Want to Tell You" est le troisième morceau de George Harrison sur l'album. Sa structure est inhabituelle, avec un couplet en boucle de 11 mesures, souvent perçu comme 10 mesures en 4/4 avec deux accords en 6/4. Paul McCartney ajoute une dissonance avec un trille entre Mi et Fa naturel sur l'accord de Mi. Le refrain présente une progression d'accords distinctive de Si mineur à Si diminué puis La, explorant différentes qualités de l'accord de Si.
"Got to Get You into My Life" est la tentative de Paul McCartney de capturer le son soul américain de Motown ou Stax. Bien que l'enregistrement n'ait pas eu lieu aux États-Unis, les Beatles ont utilisé pour la première fois une section de cuivres. Paul a dicté les arrangements aux cinq musiciens de cuivres depuis le piano. L'ingénieur Jeff Emerick a joué un rôle clé en microphonant les cuivres de près et en les limitant fortement pour obtenir un son épais et compressé. Face à la demande de Paul pour un son encore plus grand sans budget supplémentaire, Emerick a eu l'idée de doubler les parties de cuivres en les enregistrant sur une piste séparée et en les superposant légèrement désynchronisées. Le couplet est basé sur un vamp sur l'accord de Sol, le pont utilise un "line cliché" descendant en Si mineur (comme dans "And Your Bird Can Sing"), et le refrain utilise une mélodie bluesy avec un Si bémol sur Sol.
"Tomorrow Never Knows" est la première chanson sur laquelle les Beatles ont commencé à travailler pour "Revolver", mais elle est devenue la dernière de l'album. Inspirée par la musique classique indienne, comme "Love You Too", elle a été la première chanson des Beatles à n'utiliser qu'un seul accord (Do). John Lennon était hésitant à proposer cette idée radicale, mais les autres membres du groupe et George Martin étaient ouverts. La chanson compense son manque de complexité harmonique par des sons de studio révolutionnaires, notamment des boucles de bande préparées par Paul McCartney : un sitar joué à l'envers et accéléré, des rires de Paul, un accord de Si bémol orchestral (probablement joué sur un Mellotron), et des sons de flûte et de mandoline (également sur Mellotron) accélérés. Ces boucles sont mixées en fondu pour créer une atmosphère unique. Les paroles transcendantales de John sont adaptées du livre "The Psychedelic Experience", basé sur le "Livre des morts tibétain". La voix de John est traitée avec un haut-parleur Leslie, qui lui confère un son rotatif et fluctuant. Le titre de la chanson vient d'une expression spontanée de Ringo Starr en 1964.
En seulement trois ans, les Beatles sont passés d'un son rock'n'roll conventionnel à la diversité sonore de "Revolver". L'album est une porte tournante de sons et d'univers musicaux différents,