
Le mur antifasciste est de retour par Charles Gave et Leo le Rocher
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Bonjour et bienvenue à l'université de l'Épargne pour un nouveau délit d'opinion sur l'Allemagne, ou plutôt la "deuxième Allemagne". Nous allons explorer la structure fédérale allemande, les résultats des récentes élections en Saxe-Anhalt, et les implications de ces changements politiques.
L'Allemagne est un pays fédéral, où les "Länder" (équivalents de nos régions) jouissent d'une autonomie bien plus grande qu'en France. Ils possèdent leurs propres parlements, constitutions, gouvernements (dirigés par un ministre-président), et parfois des cours constitutionnelles. Leur souveraineté est significative, bien que le pouvoir central (le Bundestag) légifère beaucoup. Les Länder gèrent des domaines massifs comme l'éducation, la police, la culture, les médias publics, les relations avec les églises, le droit des communes et l'organisation administrative interne. Leurs dépenses représentent environ 40% des dépenses publiques allemandes, contre 13% pour les régions et départements français, soulignant une autonomie politique, juridique et administrative au moins trois fois supérieure.
Ce week-end, une élection a eu lieu en Saxe-Anhalt. Il est important de noter que les Länder ont leurs propres calendriers électoraux. Pour comprendre le paysage politique allemand, il faut décoder les couleurs des partis :
- Le noir représente la CDU/CSU (centre-droit, démocrates-chrétiens).
- Le bleu clair est l'AFD (droite nationale).
- Le rouge sont les sociaux-démocrates.
- Le rose est la gauche radicale.
Les communistes sont d'ailleurs interdits en Allemagne.
Les résultats en Saxe-Anhalt ont été un "séisme politique". L'AFD a obtenu près de 44% des voix, inversant complètement le rapport de force avec la CDU, qui dirigeait ce Land depuis plus de 20 ans. La participation a été énorme, atteignant 78% contre 60% en 2021, un record depuis la réunification. L'AFD a remporté toutes les 218 communes du Land et 38 des 41 circonscriptions uninominales, tandis que la CDU n'en a eu aucune. L'AFD a gagné 39 sièges sur 83, à seulement trois sièges de la majorité absolue (42 sièges). C'est le meilleur score de son histoire et le plus fort résultat pour un parti politique à une législative régionale allemande depuis des années.
L'enjeu de cette élection dépasse le niveau local. Il s'agit de savoir si les Allemands peuvent voter pour la droite radicale et si le "cordon sanitaire" (le Brandmauer) tiendra. L'AFD progresse fortement en Allemagne depuis une dizaine d'années. Au Bundestag, elle est devenue la troisième puis la deuxième force politique. Aux dernières législatives de février 2025, elle avait obtenu plus de 20%. Bien que la CDU ait gagné avec Friedrich Merz, qui avait un programme plus à droite qu'Angela Merkel, de nombreux électeurs sont déçus. Aujourd'hui, les intentions de vote nationales montrent une inversion des forces entre la CDU et l'AFD.
La forte participation électorale est significative. Environ 80 000 électeurs ont quitté la CDU pour l'AFD, mais deux fois plus de personnes qui ne votaient pas auparavant sont allées voter pour l'AFD. Ce vote AFD est principalement motivé par la question de l'immigration et un sentiment de déclassement, particulièrement en Allemagne de l'Est, où les habitants ont l'impression d'être toujours dirigés par des Allemands de l'Ouest. 59% des votants ont voulu adresser un avertissement au gouvernement fédéral, et 86% estiment que la CDU n'a pas tenu ses promesses. C'est un camouflet pour le chancelier actuel.
Ce phénomène n'est pas uniquement allemand. On observe des tendances similaires en Angleterre, en France, en Espagne et ailleurs. Les élites nous expliquent que c'est un problème allemand, que le "ventre de la bête immonde est encore fertile". Mais comme l'a dit Elon Musk, vouloir que sa fille puisse se promener en paix, que les écoles fonctionnent, que l'énergie soit abordable, ce sont des demandes normales pour un gouvernement, et ne devraient pas valoir des accusations de fascisme ou de nazisme. Il y a une inversion des valeurs où demander la paix civile et la prospérité est maintenant diabolisé.
Le mouvement "mondialiste", qui échoue, accuse ses opposants d'être fascistes, tout comme le mouvement communiste autrefois. C'est le "grand retour des peuples", qui s'intéressent à leur nation, leur histoire, et sont préoccupés par l'immigration, le désordre public, l'effondrement des systèmes éducatifs et de santé. Dans une démocratie normale, ceux qui échouent sont virés. Ces élites pensaient être inamovibles et considèrent tout opposant comme fasciste.
En Allemagne, il y avait un duopole centre-droit/centre-gauche depuis des décennies. Ces partis n'imaginent pas que le pouvoir puisse changer de mains en dehors de leur cercle. Les pays de l'Est, qui ont connu la "souveraineté partagée" avec Brejnev, n'ont pas abandonné leur souveraineté aussi facilement. Ces élections sont un appel au retour de la souveraineté nationale, un désir des peuples que les élites s'occupent d'abord d'eux.
En Allemagne de l'Est, l'AFD est la première force politique. En Allemagne de l'Ouest, elle est moins forte mais reste dans le top 3. Elle monte partout, y compris chez les jeunes et les personnes âgées qui se sentent moins protégées. La demande de l'AFD de sortir de l'euro et de l'Europe aurait été inconcevable il y a 20 ans. Ce vote est un vote contre Bruxelles, une défiance des Allemands de l'Est envers l'Allemagne de l'Ouest, et une volonté de retrouver leur souveraineté.
La carte politique actuelle de l'Allemagne montre que l'AFD est clairement dominante dans les Länder de l'Est, tandis que la CDU domine à l'Ouest. Cette ligne de démarcation correspond presque parfaitement à l'ancienne frontière entre l'Allemagne de l'Est et de l'Ouest. Fait intéressant, elle coïncide également avec la limite de l'Empire romain, les Allemands de l'Est n'ayant jamais été romanisés. Cette permanence historique est frappante. De plus, les régions de l'Est, majoritairement sans domination religieuse aujourd'hui (anciennes régions protestantes désertées par l'Église après le communisme), votent majoritairement AFD. Les zones catholiques, notamment la Bavière, continuent de voter CDU/CSU. Historiquement, les zones majoritairement catholiques étaient moins enclines à voter national-socialiste en 1932.
Concernant la Saxe-Anhalt, le BSW (parti de gauche radicale, qui a obtenu cinq sièges) n'exclut pas de laisser l'AFD diriger. L'AFD, avec 39 sièges, a besoin de 42 pour la majorité absolue. Une alliance avec le BSW pourrait former une majorité. Cependant, l'AFD est divisée : certains sont tentés par une alliance, d'autres préfèrent miser sur un Land ingouvernable pour provoquer des élections anticipées et obtenir une majorité absolue seule.
Pour des élections anticipées, la constitution du Land prévoit plusieurs étapes. Après deux tours de vote pour le ministre-président sans majorité, le Landtag peut voter sa propre dissolution dans les 14 jours, nécessitant 42 voix. L'AFD aurait besoin de trois voix supplémentaires. Si la dissolution est votée, de nouvelles élections ont lieu sous 60 jours. Si elle n'est pas votée, un troisième tour immédiat à la majorité simple aurait lieu, ce qui avantagerait l'AFD. L'intérêt de l'AFD serait de faire sortir les petits partis (ceux n'atteignant pas 5% des voix) pour augmenter sa proportion de sièges.
D'autres élections sont à surveiller. Le 20 septembre 2026, en Poméranie occidentale (nord-est de l'Allemagne, donc à l'Est), l'AFD est donnée à 35% dans les sondages, les sociaux-démocrates juste derrière, et la CDU à seulement 8%. Cela montre un effondrement du vote CDU dans ce Land. En Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Ouest), la CDU est encore autour de 30%, mais l'AFD a triplé son score de 2022.
L'AFD ne cherche pas la dédiabolisation, contrairement au Rassemblement National. Sa leader, une femme lesbienne vivant avec une Sri-Lankaise et mère adoptive (produit d'une GPA), ancienne de Goldman Sachs et parlant couramment chinois, défie les stéréotypes de l'extrême droite. Ce profil, qui pourrait incarner le "monde d'aujourd'hui" et même succéder à Ursula von der Leyen à la Commission européenne, est à la tête d'un parti perçu comme l'extrême droite. Cela montre que l'idée d'un lien automatique entre homosexualité et gauche est fausse.
Paul Valéry disait que les vertus de l'Allemagne ont créé plus de désastres que le manque de vertu des autres. Kissinger la décrivait comme "trop grande pour l'Europe et trop petite pour le monde". L'Allemagne a un problème d'identité. Le consensus post-1945 ("nous allons nous taire et faire ce qu'on nous dit") a atteint ses limites. Les jeunes générations ne se sentent pas responsables des erreurs de leurs arrière-grands-parents et en ont marre d'accepter l'immigration massive.
Partout en Europe, les classes politiques traditionnelles s'écroulent. Au Royaume-Uni, le gouvernement travailliste n'a pas de majorité claire, et le peuple suit plutôt Farage. Le Rassemblement National en France, en cherchant désespérément l'acceptation des élites, ne comprend pas son électorat. La question centrale devrait être la sortie ou le maintien dans l'Europe.
Arriver au pouvoir maintenant serait difficile pour le Rassemblement National, car il ne pourrait pas faire grand-chose et risquerait de voir les leviers de la bourgeoisie française, traditionnellement opportuniste, se retourner contre lui.
La progression stratosphérique de l'AFD en Allemagne, avec une forte participation électorale, contraste avec la France où l'abstention pourrait être élevée aux législatives, créant un déficit de légitimité pour tout gouvernement. Les campagnes électorales manquent de passion et de clivage, sauf peut-être Mélenchon, dont les modèles (Cuba, Venezuela) sont des désastres économiques et humains, ce qui interroge sur son intelligence pratique.
Ces mouvements de population et de vote, bien que lents, sont très observables. Des phénomènes similaires se produisent en Espagne, où des manifestations massives sont ignorées par la presse. Bien que la droite classique espagnole trahisse souvent, et que Vox n'arrive pas à percer le plafond des 15-20%, l'AFD en Allemagne a réussi à le faire, et semble maintenant sans limite. Certaines sociologies en Saxe-Anhalt ont voté à 60% pour l'AFD.
Ces troubles en Allemagne et en Angleterre, moins habituels qu'en France, en Italie ou en Espagne, sont un signal fort que l'acceptation de la démocratie représentative imposée est de moins en moins partagée.
Merci de nous avoir suivis. N'hésitez pas à visiter l'université de l'Épargne pour apprendre la finance et la gestion de vos finances. À très bientôt pour de nouvelles aventures.