
Inside The Mind of The Most Prolific Songwriter of The Past 50 Years
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Dans cet entretien, Desmond Child, auteur-compositeur légendaire, partage son parcours et sa philosophie de la création musicale. Il débute en évoquant sa rencontre avec Rick Biano, co-auteur et co-producteur, et leur collaboration sur des projets marquants, notamment avec Vince Neil de Mötley Crüe, où la persévérance était de mise pour obtenir la performance vocale parfaite.
Child remonte ensuite aux débuts de sa carrière dans les années 70 avec son groupe Desmond Child & Rouge, signé chez Capitol Records. C'est lors d'une performance dans un club de New York qu'il attire l'attention de Paul Stanley de Kiss. Cet événement le mène à une collaboration fructueuse avec le groupe, aboutissant à l'écriture de "I Was Made for Lovin' You". Il raconte avec humour l'anecdote de la réticence de Gene Simmons à reconnaître l'importance des co-auteurs, et la réponse lapidaire de Stanley face à cette attitude. La discussion met en lumière la longévité et le succès phénoménal de ce titre, qui a dépassé le milliard de streams, attribuant sa réussite à sa nature révolutionnaire, fusionnant R&B, Motown et rock, bien avant que le mélange des genres ne devienne courant. Child souligne l'importance de la progression mélodique dans une chanson, un concept qu'il a appris en étudiant la musique classique et qu'il applique dans ses compositions, citant "Livin' on a Prayer" comme exemple de ce principe d'ascension émotionnelle.
Le passage à un statut d'auteur-compositeur très demandé est attribué en partie à son manager, Winston Simone, décrit comme un pilier de stabilité et d'élégance, ainsi qu'à son refus de décliner des opportunités, même lorsque les artistes semblaient moins en vogue. Il évoque sa collaboration avec Cher, une idole d'enfance, sur deux albums, contribuant notamment au succès de "Turn Back Time". De même, il raconte avoir écrit "I Hate Myself for Loving You" avec Joan Jett, une session qu'il a enregistrée et qui figure dans son livre audio.
Child insiste sur l'importance de documenter méticuleusement chaque étape de création, une pratique héritée de son mentor, Bob Crew. Ce dernier, auteur de succès comme "Can't Take My Eyes Off You" et co-auteur des tubes des Four Seasons, lui a enseigné l'importance des rimes parfaites et des rimes internes pour assurer la mémorisation et la participation du public. Il détaille la rigueur de Crew, qui exigeait des enregistrements de travail précis et des paroles entièrement consignées, une méthode qui a forgé le sens du détail de Child. Il explique comment les rimes internes et l'allitération, comme dans "Dude Looks Like a Lady", ajoutent une richesse rythmique aux paroles, même sans mélodie.
L'entretien aborde ensuite la notion d'archétypes dans la composition. Child soutient que les archétypes, qu'ils soient issus de la mythologie, des religions ou des icônes modernes, sont profondément ancrés en nous et influencent notre perception. Il illustre cela avec des exemples comme la déesse Vénus incarnée par des artistes telles que Marilyn Monroe ou Gwen Stefani, et Méduse par Lady Gaga ou Madonna, ainsi que des figures masculines comme le guerrier représenté par Jon Bon Jovi ou l'aspect plus sombre et provocateur d'Alice Cooper. Il considère que comprendre l'archétype d'un artiste est essentiel pour écrire des chansons qui leur correspondent et qui sonnent authentiques. Il utilise l'exemple de Steven Tyler d'Aerosmith, qu'il associe à Puck, pour souligner comment cette compréhension guide la création.
La genèse de "Dude Looks Like a Lady" est ensuite détaillée. Child raconte sa première rencontre avec Aerosmith, où il a audacieusement critiqué une idée de riff de Joe Perry. C'est en réaction à cette critique que Steven Tyler a révélé l'origine du titre, inspirée par la vision de Vince Neil déguisé. Child a immédiatement reconnu le potentiel de ce titre et a su le transformer en un hymne, même si la signification originale était sujette à interprétation. Il souligne que le succès de la chanson réside dans son message d'acceptation et de non-jugement, résonnant avec les thèmes de la libération gay et de la fierté. Il a également participé à l'enregistrement de cette chanson, aux côtés des producteurs légendaires Bruce Fairbairn et Bob Rock, dont le talent a marqué une époque.
La discussion se tourne vers "Livin' on a Prayer" de Bon Jovi, une autre chanson emblématique co-écrite avec Child. Il décrit la première rencontre avec le groupe dans le sous-sol humide de la maison des parents de Richie Sambora, un lieu modeste mais fertile pour la création. L'idée du titre "You Give Love a Bad Name" est née lors de cette session, apportant un sourire à Jon Bon Jovi. Child révèle que cette chanson était à l'origine destinée à Bonnie Tyler, écrite sur commande de Jim Steinman avec des influences variées, mais que des problèmes de label ont empêché sa sortie. Il a ensuite adapté cette composition pour Bon Jovi, en y intégrant des éléments de "Shot Through the Heart" et en travaillant sur le riff emblématique avec Richie Sambora. Il souligne l'importance de pouvoir réutiliser et adapter ses propres compositions lorsque l'on en est l'unique auteur.
L'évolution de la création musicale à l'ère numérique est abordée, avec un regret pour la perte de la matérialité de l'écriture sur papier. Child explique que l'utilisation de disquettes et de carnets lui permettait de suivre le développement d'une chanson à travers plusieurs ébauches, une traçabilité qui se perd avec les logiciels informatiques. Il cite "Livin' la Vida Loca" pour Ricky Martin comme un exemple de succès enregistré entièrement en studio numérique, marquant une étape importante dans l'histoire de la production musicale.
"Livin' on a Prayer" est ensuite analysée plus en détail. Child décrit le processus d'écriture dans le sous-sol, en s'inspirant de son expérience avec son ex-petite amie, Gina, qui travaillait dans un diner. Il explique comment le choix des prénoms "Tommy" et "Gina" s'est imposé, et comment la structure de la chanson, avec une section B particulièrement forte, a été élevée au rang de refrain. Il met en avant la contribution de Richie Sambora à la mélodie du fameux "Whoa-oh", née d'une recherche de note. Il exprime l'excitation de voir ces chansons prendre vie à la radio et changer la donne pour les groupes, notamment à l'ère de MTV.
La conversation aborde la crise de l'industrie musicale avec l'avènement de Napster et le déclin des ventes d'albums. Child déplore la focalisation sur les singles au détriment de la richesse des albums entiers, et l'impact des regroupements de stations de radio sur la diversité musicale. Il exprime son admiration pour la nouvelle génération d'artistes, tout en regrettant la concentration du succès entre quelques mains.
Il partage ensuite ses observations sur les goûts musicaux de ses fils, qui, ayant grandi à Nashville, étaient d'abord attirés par la musique urbaine avant de se tourner vers le country moderne et l'Americana. Il note leur scepticisme initial envers Broadway, qu'ils jugent "ringard", mais leur intérêt potentiel si un spectacle devient un succès. Il mentionne son investissement dans le spectacle "The Lost Boys" et son projet de comédie musicale "Havana", inspirée par l'histoire de sa famille cubaine. Il souligne la difficulté d'obtenir une production à Broadway, un processus bien plus ardu que dans l'industrie musicale, et partage son espoir de voir ses projets aboutir.
Child révèle avoir 73 ans et une énergie inépuisable, attribuant sa longévité créative à son amour pour la musique et son désir de continuer à créer. Interrogé sur la chanson parfaite, il cite "Every Breath You Take" de The Police, "With or Without You" de U2, et "Africa" de Toto, soulignant leur qualité intemporelle. Il reconnaît avoir évolué dans ses goûts, passant de l'aversion pour Steely Dan à une grande appréciation.
Le secret de sa longévité, selon lui, réside dans l'importance de la narration. Il affirme que le style est secondaire par rapport à une bonne histoire, rendant une chanson crédible et touchante. Il insiste sur la nécessité d'éviter le générique et de rechercher l'authenticité dans les paroles.
Enfin, il évoque son autobiographie, "Living on a Prayer: Big Songs, Big Life", co-écrite avec David Ritz. Il explique qu'il a écrit ce livre pour ses fils, espérant qu'ils le comprendraient mieux. Cependant, il admet que le processus d'écriture a ravivé des souvenirs douloureux et qu'il ne recommande pas cette démarche comme une voie vers le bonheur. Il mentionne également la co-fondation du Latin Songwriters Hall of Fame, en hommage à sa mère, pour reconnaître la contribution des auteurs-compositeurs latins. Il conclut en partageant son désir de laisser un héritage significatif, à l'image de celui de sa mère, une femme créative et puissante dont il a failli raconter l'histoire plutôt que la sienne.