
Vous Payez, Ils Encaissent ! Qui Capte Vraiment la Valeur ?
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Aujourd'hui, dans Silicon Carnet, nous abordons la question de l'explosion des coûts des tokens d'IA, qui doublent tous les 45 jours, et le retour sur investissement qui tarde à se manifester dans les entreprises. Cependant, Anthropic affiche une croissance fulgurante, avec un chiffre d'affaires qui pourrait atteindre 100 milliards de dollars fin 2026. Pendant ce temps, la Chine restreint l'accès à ses modèles open source, ce qui favorise les modèles fermés américains. Nous allons analyser qui capte réellement la valeur de l'intelligence artificielle. Nous discuterons également des introductions en bourse de SpaceX, Anthropic et OpenAI, trois trajectoires et valorisations qui dépassent le milliard de dollars, et ce que cela signifie pour le marché de l'IA et l'équilibre des pouvoirs dans la tech. Enfin, nous nous intéresserons aux "Trump accounts", un programme américain qui investit 1000 dollars dans le S&P 500 pour chaque nouveau-né, démocratisant ainsi les gains du boom de l'IA.
L'ambiance à San Francisco est à la folie, avec une vitesse d'exécution incroyable et des ambitions démesurées, où l'on parle couramment de compagnies à un trillion de dollars. Comparé à la France, l'échelle de pensée est radicalement différente. Malgré l'intelligence des individus, une certaine humilité persiste, car même les projets les plus ambitieux pâlissent face à ceux d'Elon Musk. Cette culture pousse à la modestie, mais aussi à l'innovation constante, dans un écosystème où les entrepreneurs en short et claquettes peuvent diriger des entreprises valorisées à des centaines de millions en quelques mois.
Plusieurs signaux contradictoires émergent concernant le retour sur investissement de l'IA en entreprise. D'une part, les coûts des tokens doublent tous les 45 jours, tandis que les gains de productivité plafonnent à 5%. D'autre part, des entreprises comme Uber, qui avait initialement exprimé des frustrations, voient désormais 99% de leurs ingénieurs utiliser des outils d'IA et 70% des "pool requests" provenir d'agents, jugeant le rapport qualité-prix imbattable. Côté revenus, l'euphorie règne chez les laboratoires d'IA : Anthropic affiche 47 milliards de dollars de revenus annualisés en mai 2026, avec des prévisions à 100 milliards d'ici fin 2026. Le marché global de l'IA d'entreprise est passé de 1,7 à 37 milliards de dollars en trois ans, avec l'émergence d'un duopole Anthropic-OpenAI. Enfin, la part de marché de l'open source en production d'entreprise est en baisse, passant de 19% à 11%, et la Chine envisage de restreindre l'accès étranger à ses meilleurs modèles open source, comme ceux d'Alibaba et ByteDance.
Cette situation schizophrénique, avec des coûts qui explosent, un ROI quasi nul pour les entreprises, des revenus colossaux pour les laboratoires, le recul de l'open source et la fermeture du robinet chinois, s'explique par plusieurs facteurs. Les développeurs de modèles frontières ont besoin de générer des revenus et sont prêts à rendre les utilisateurs dépendants, même avec des technologies surdimensionnées. Les outils de gestion de la consommation pour les entreprises ne sont pas encore matures, créant un "open bar" où la mesure fine de l'usage est difficile. Cela soulève la question de la durabilité des revenus d'Anthropic ou OpenAI. L'open source est utilisé pour les tests, mais les modèles propriétaires sont préférés en production en raison de leur complexité.
L'adoption de l'IA est souvent comparée à une drogue : plus on en utilise, plus on en a besoin. Les coûts des tokens API pour les modèles frontières sont élevés, mais des modèles plus récents et moins chers comme "Sol" et "Luna" d'OpenAI émergent. Les abonnements mensuels sont également plus avantageux. Concernant le ROI, il est difficile de le mesurer à court terme, car l'IA implique une transformation complète des modes de production et même des produits vendus, un processus qui peut prendre deux à trois ans.
Historiquement, le paradoxe de la productivité a déjà été observé avec les ordinateurs dans les années 80, où les gains n'étaient mesurables qu'une décennie plus tard. Un rapport de GP Consulting révèle qu'en 2026, 16% des entreprises ont un ROI négatif avec l'IA, et 73% un ROI inférieur aux attentes. En conséquence, 70% des opérationnels sont prêts à réduire leur usage si les objectifs ne sont pas atteints. Cette "lune de miel" est terminée, et une rationalisation des usages est à prévoir. Les raisons de ce faible ROI sont multiples : les gains de productivité sont capturés par les employés qui travaillent moins, le temps de vérification des résultats de l'IA est élevé, et la nécessité de réorganiser les entreprises pour intégrer l'IA prend du temps.
L'évolution des coûts est un autre point de volatilité. Les politiques de prix ne sont pas encore stabilisées, et des acteurs comme Meta cherchent à casser les prix. La décision de la Chine de restreindre l'accès à ses modèles open source est stratégique. Initialement, l'open source était un moyen pour la technologie chinoise de pénétrer les marchés occidentaux. Maintenant que la valeur de ces modèles est reconnue, la Chine cherche à protéger ses actifs, suivant l'exemple des États-Unis. Cela pose la question de savoir qui prendra le leadership de l'open source à l'avenir.
Le "Reverse Information Paradox" de Satya Nadella (CEO de Microsoft) met en lumière un autre aspect : normalement, le vendeur fournit des arguments à l'acheteur. Avec l'IA, c'est l'acheteur qui, à chaque "prompt", révèle ses besoins et justifie l'utilisation de l'IA, fournissant ainsi des données précieuses aux laboratoires. Au-delà des tokens, c'est l'apprentissage et la correction des modèles qui constituent une valeur inestimable. Certains y voient même une forme d'espionnage économique inversé, où les entreprises révèlent leur savoir-faire aux modèles frontières.
Le parallèle avec la course à l'armement nucléaire est souvent fait : les États souverains considèrent l'IA comme un élément stratégique. En Europe, le seul acteur majeur de l'open source est Mistral, ce qui souligne l'importance d'avoir des acteurs nationaux pour éviter de dépendre des solutions chinoises ou américaines. Cependant, faire tourner des modèles open source coûte plus cher que les abonnements aux modèles propriétaires, qui sont subventionnés par les VC.
La notion de "bulle" autour de l'IA est débattue. Certains estiment que le marché est en phase spéculative, avec des ratios prix/bénéfices très élevés, comparables à la bulle internet de 1999. D'autres pensent que l'IA représente une nouvelle économie et que les valorisations actuelles sont justifiées par un potentiel de croissance sans précédent. Les entreprises anticipent une crise et cherchent à lever un maximum d'argent pour être en position de force.
Les gains de productivité sont indéniables dans le monde du logiciel, mais un "playbook" clair manque encore pour d'autres secteurs comme le commerce ou le marketing. Une fois que des entreprises suffisamment grandes communiqueront sur leurs succès, une nouvelle vague de demande en transformation émergera. Cependant, certains analystes pointent du doigt un "bullshit" comptable dans les chiffres affichés par les sociétés tech, notamment en ce qui concerne le "free cash flow", qui serait surévalué en ne comptabilisant pas le coût des rémunérations en actions. Ces entreprises lèvent également des dettes importantes, ce qui pourrait indiquer une bulle sur la dette.
L'IPO de SpaceX, le 12 juin 2026, a été la plus importante de l'histoire, levant 75 milliards de dollars. Après une hausse initiale, l'action a connu une forte volatilité. Cette IPO est considérée comme un succès, mais avec des aspects critiquables, notamment un "push" tactique vers les investisseurs particuliers et une influence d'Elon Musk sur les règles d'entrée dans les indices. Le prix de SpaceX est difficile à évaluer en raison de son double positionnement : porte d'entrée de l'économie spatiale ou simple acteur en compétition. La valeur a été largement captée par le marché privé avant l'IPO. Le flottant de SpaceX n'est que de 4%, ce qui rend le prix actuel très sensible. Cette volatilité pourrait inciter OpenAI à reporter son IPO à 2027. Anthropic, en revanche, avec une croissance de revenus sans précédent et un besoin de cash plus pressant, pourrait être le premier à s'introduire en bourse.
L'absence d'actions d'OpenAI détenues par Sam Altman est une autre raison évoquée pour le report de l'IPO, car cela ne l'enrichirait pas personnellement et soulèverait des questions de conflits d'intérêts liés à ses nombreux investissements personnels. Cependant, il est peu probable que ce soit la seule raison, car des mécanismes de protection existent déjà. L'histoire d'OpenAI est complexe, avec une structure hybride (public benefit corporation contrôlée par une fondation) et des relations compliquées avec Microsoft. Anthropic, avec une histoire plus simple et un modèle B2B plus prévisible, pourrait avoir plus de facilité à s'introduire en bourse.
Enfin, le programme "Trump Accounts" aux États-Unis, lancé le 4 juillet 2026, est une initiative audacieuse. Chaque nouveau-né américain reçoit 1000 dollars investis dans le S&P 500, non retirable avant 18 ans. Ce programme, qui a déjà généré des millions de comptes, vise à rendre chaque enfant capitaliste et à démocratiser les gains de l'IA. Des milliardaires comme Michael Dell et Gwen Shotwell (SpaceX) ont annoncé des abondements massifs. Si les projections sont justes, ces enfants pourraient devenir millionnaires à 20-30 ans. Cela reflète une vision américaine qui pousse à la propriété et à l'implication directe dans l'économie, contrastant avec le modèle français de répartition.
En France, la culture économique est faible, et le système pousse les gens à être locataires de leur vie. Rendre les citoyens propriétaires de leur épargne les rendrait moins spéculateurs et plus conscients du fonctionnement de l'économie. La dégradation de la qualité des services publics en France, sans une augmentation visible des coûts, est une forme "d'inflation masquée". Le système de "super annuation" en Australie, où chaque salarié gère son propre fonds de retraite, est un exemple de succès de la capitalisation. Proposer un dispositif similaire en France, offrant aux parents la possibilité d'investir pour l'avenir de leurs enfants, pourrait changer les mentalités et favoriser une meilleure compréhension de la création de valeur.