
Le Texas nous met à la porte ?!
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Fin juillet, le réseau électrique texan a enregistré une demande record de 91 GW en une heure, sans incident majeur. Douze jours plus tard, le 3 août 2026, le gouverneur du Texas, Greg Abbott, a suspendu l'avancement de tous les nouveaux projets de centres de données cherchant à se raccorder au réseau. Il a ordonné un audit de chaque projet par le régulateur texan et Aircot, le gestionnaire du réseau. Aucun projet ne peut avancer tant que cet audit n'est pas terminé. Cette décision est surprenante, car l'État a longtemps encouragé de tels investissements, Google ayant annoncé 40 milliards de dollars pour trois nouveaux centres de données neuf mois auparavant.
Actuellement, la file d'attente pour le raccordement représente environ 474 GW de demande, dont 90 % proviennent de grands centres de données. Cela représente plus de cinq fois le record historique de consommation du réseau texan. Le Texas ne freine pas l'industrie à cause d'un effondrement du réseau, mais parce que la file d'attente est devenue ingérable. Ce qui est encore plus surprenant, c'est que 43 entreprises du secteur, y compris Meta, Microsoft, OpenAI et Amazon Web Services, ont publiquement soutenu cet audit, bien qu'il suspende l'accès de leur propre industrie au réseau.
Il ne s'agit pas seulement d'une crise énergétique, mais d'une question de qui paie, qui décide, et où l'intelligence artificielle (IA) pourra s'installer physiquement. Fin 2025, Aircot signalait à son conseil d'administration 233 GW de demande de raccordement pour les très gros consommateurs, dont plus de 70 % provenaient de centres de données. Cela représente une augmentation de près de 300 % en un an. La responsable de la planification a même déclaré que le processus en place n'était plus adapté à l'ampleur du problème. En août 2026, ce chiffre a explosé à 474 GW. Si l'on estime un coût de 50 millions de dollars par MW pour un centre de données, cela équivaut à 24 000 milliards de dollars d'investissements potentiels en attente au Texas, soit environ 20 % du PIB mondial. Goldman Sachs prévoit 7 600 milliards de dollars d'investissements mondiaux dans les centres de données et l'énergie entre 2026 et 2031.
Cette file d'attente ne correspond pas à de vrais centres de données financés et prêts à démarrer. En réalité, s'inscrire dans cette file d'attente est une demande d'autorisation qui n'est pas conditionnée par une obligation d'exécution des travaux. On peut suspecter que certains acteurs font des demandes pour "sécuriser" des MW afin de les utiliser comme levier dans leurs négociations commerciales et faire monter les enchères. L'audit vise à comprendre l'origine de ces demandes, à distinguer les projets sérieux des projets spéculatifs, et à évaluer l'impact des projets réalisables sur le réseau électrique et la qualité de vie des riverains. Répondre à toutes les demandes, même les plus farfelues, ruinerait le pays en coûts d'infrastructure inutiles. Ne rien faire, en revanche, sous-dimensionnerait le réseau, bloquant les vrais projets créateurs de valeur pour le Texas, un État en pleine croissance.
Ces problèmes de réseau sont sérieux, mais ce n'est pas nouveau. L'intérêt des politiques pour les infrastructures est souvent limité. Si l'implication du gouverneur est une bonne nouvelle, la question est : pourquoi maintenant ? En août 2026, le prix de l'électricité est devenu un enjeu électoral. Dans l'est des États-Unis, le réseau électrique utilise un système d'enchères pour réserver les capacités de production. L'arrivée massive, réelle ou supposée, des centres de données a fait exploser la demande, coûtant 29,4 milliards de dollars sur les quatre dernières enchères. Bien que cela ne concerne pas directement le réseau texan, cela illustre l'augmentation des prix lorsque la demande dépasse les capacités disponibles.
L'opinion publique a réagi : en août, trois Américains sur quatre refusaient l'implantation d'un centre de données près de chez eux. Le mouvement politique a suivi : en juillet, l'État de New York a décrété un moratoire sur les installations de plus de 50 MW. Début 2026, plus de 300 textes avaient été déposés dans une trentaine d'États. En mars, les grandes entreprises technologiques ont promis de financer elles-mêmes les infrastructures électriques de leurs centres de données, sans y être légalement contraintes.
Un centre de données n'augmente pas automatiquement le prix de l'électricité. Une étude montre même qu'entre 2015 et 2024, leur développement a contribué à faire baisser le tarif moyen. Quand le réseau a des capacités excédentaires, un gros consommateur permet de répartir les coûts fixes sur plus d'utilisateurs, augmentant le facteur de charge et utilisant mieux les capacités existantes sans investissements supplémentaires. Cela est bénéfique. Cependant, tout change lorsque le réseau est saturé.
Un réseau électrique doit maintenir un équilibre strict entre production et consommation en permanence pour éviter le blackout. De plus, il doit toujours disposer de plus de puissance et de capacité de distribution que la demande moyenne pour faire face aux pics de consommation et aux baisses de production. La crise d'Uri en février 2021 au Texas en est un exemple tragique : des centrales électriques en panne et une consommation en hausse à cause du froid ont provoqué un blackout, causant 200 milliards de dollars de dommages et près de 300 morts. La puissance crête du réseau, c'est-à-dire les capacités maximales de production, doit toujours être nettement supérieure à la demande. Plus on investit dans la sécurité en augmentant la puissance crête, plus on investit dans des centrales inutiles 95 % du temps, ce qui répercute ces coûts à la hausse sur le prix de l'électricité.
Les grands centres de données exigent un raccordement garanti à 100 %, ne supportant aucune interruption. Chaque nouveau centre de données peut donc entraîner un relèvement de la puissance crête et une hausse du prix local de l'électricité, ce qui irrite les riverains. En 2023, j'ai écrit un livre blanc expliquant que le développement des centres de données rigides et centralisés serait freiné par les capacités des réseaux électriques. C'est pourquoi j'ai cofondé Data Factory au Texas, en acquérant des capacités électriques et des terrains pour le minage de Bitcoin. Ma prévision était que l'industrie de l'IA (alors appelée HPC) pivoterait vers de petites fermes de puissance décentralisées par nécessité. Les centres de données devraient devenir flexibles, comme le minage de Bitcoin, c'est-à-dire pouvoir couper l'électricité quelques