
Iran: le monde retient son souffle - avec Siavosh Ghazi
Audio Summary
AI Summary
Bonsoir à tous. Ce soir, nous avons l'honneur de recevoir Siach Rasi, une figure reconnue du journalisme, grand reporter pour des médias tels que France 24 et La Croix. Nous abordons une situation géopolitique tendue, marquée par les récentes déclarations de Benjamin Netanyahou et les élections israéliennes et américaines.
Netanyahou est accusé de vouloir provoquer une escalade militaire en Iran, une tactique qu'il aurait employée à maintes reprises pour gagner des élections. Cette fois, cependant, le chef de l'armée israélienne et Avigdor Lieberman, un leader de droite, ont publiquement désapprouvé cette démarche. Lieberman est allé jusqu'à porter plainte contre Netanyahou pour haute trahison, arguant que ce dernier cherchait à relancer la guerre en Iran pour des motifs personnels liés aux élections.
Parallèlement, les États-Unis et le Royaume-Uni semblent vouloir une escalade, le Royaume-Uni conseillant de constituer des réserves de matériel médical et de radios à piles. Les marchés financiers montrent une inquiétude croissante, notamment suite à l'envoi d'un troisième porte-avions américain dans la région, alors que les vecteurs hypersoniques iraniens pourraient rendre ces navires obsolètes. La conjonction des élections israéliennes et des midterms américaines pourrait être un catalyseur d'une escalade en Iran, voire de l'utilisation d'armes nucléaires, une menace évoquée par Netanyahou lui-même via une publication d'un champignon nucléaire sur X.
Siach Rasi souligne que depuis Téhéran, la menace d'une frappe américaine et israélienne est prise au sérieux. L'Iran a mis en place des mesures de mise en garde pour sa population, notamment en cas d'attaque nucléaire sur le site de la pioche. L'Iran, quant à lui, menace de rendre Israël invivable en une heure grâce à ses capacités de frappe, affirmant même que la destruction du site de Dimona équivaudrait à une attaque nucléaire. L'intensification des frappes contre les navires dans le Golfe Persique et le détroit d'Ormuz témoigne de la détermination iranienne à empêcher une nouvelle guerre.
La conjonction des élections israéliennes (le 27 octobre) et des résultats des midterms américains (le 4 novembre) est jugée critique. Certains analystes iraniens estiment qu'une frappe israélo-américaine aurait pu profiter à Netanyahou avant les élections israéliennes, mais pourrait nuire aux Républicains aux États-Unis en cas de hausse du prix du pétrole. Une intervention pourrait donc intervenir après les élections américaines.
La notion de "main morte" (dead hand), un système de riposte automatique en cas d'élimination des dirigeants, est particulièrement préoccupante. Ce dispositif, connu chez les Russes (système Périmètre) et potentiellement chez les Israéliens et Américains, pourrait déclencher une riposte nucléaire disproportionnée.
L'envoi d'un troisième porte-avions américain et le risque d'explosion de la bulle de l'intelligence artificielle constituent une "tempête parfaite". L'Iran menace également de couper les réseaux internet passant par le détroit d'Ormuz, affectant le trafic maritime et le cyber-trafic, avec des conséquences dévastatrices pour l'économie mondiale.
La guerre de l'information est également intense. L'Iran utilise les réseaux sociaux, notamment X, avec des clips musicaux en Lego, pour cibler l'électorat de Donald Trump. Ces vidéos, qui critiquent les élites et dénoncent la corruption, rencontrent un franc succès, contribuant à une perception favorable de l'Iran dans le "Sud global" et le monde arabe.
L'Iran a également émis un avertissement clair à l'Allemagne, la considérant comme co-belligérante si elle rejoignait une opération militaire. La portée des missiles iraniens aurait considérablement augmenté, dépassant les 4000 km, voire 8000 à 10000 km selon certaines rumeurs. La doctrine nucléaire iranienne pourrait également évoluer, certains députés et analystes appelant à quitter le traité de non-prolifération et à construire l'arme atomique.
Face à cette escalade, les pays de la région, notamment l'Arabie Saoudite, la Turquie et le Pakistan, tentent de jouer un rôle de médiateurs, avec des rencontres diplomatiques à Téhéran. L'Iran est devenu un acteur incontournable sur la scène diplomatique régionale.
Siach Rasi souligne également le rôle de figures comme Babak Zanjani, un jeune homme d'affaires clé dans le contournement des sanctions américaines, illustrant un nouvel Iran dynamique et high-tech, loin des clichés occidentaux. L'Iran développe également de nouvelles routes commerciales, notamment ferroviaires vers la Turquie, pour pallier le blocus maritime.
Des précédents historiques, comme la crise de Cuba en 1962 et l'opération Praying Mantis en 1988, rappellent les dangers de l'escalade nucléaire et l'importance de la diplomatie. La crise de Cuba, où le lieutenant-colonel Stanislav Petrov a refusé de déclencher une riposte nucléaire, est un exemple de courage individuel face à une machine militaire. De même, l'acceptation par l'Iran de la résolution 598 de l'ONU en 1988, bien que perçue comme une "coupe de poison" par le président Rafsandjani, a marqué un tournant.
Les accords d'Alger en 1981, qui ont mis fin à la crise des otages américains en Iran, sont évoqués comme un exemple de gestion de conflit, bien que les États-Unis n'aient pas respecté leur engagement de non-ingérence.
Le poème persan "Bani Adam" de Saadi de Chiraz, qui prône l'unité de l'humanité, est cité comme un symbole d'espoir et de paix, bien que le monde actuel en soit loin. La rencontre historique entre Anouar el-Sadate et Menahem Begin en 1977 est rappelée comme une preuve que la paix est possible, même entre des ennemis jurés.
La question du soutien militaire de la Chine et de la Russie à l'Iran reste un secret, mais des indices suggèrent une aide, notamment satellitaire. Le moral de la population iranienne est décrit comme bas, marqué par l'incertitude d'une nouvelle guerre et une situation économique difficile, avec une augmentation quotidienne des prix.
Concernant les minorités en Iran, des opérations militaires ciblent des bases des groupes kurdes et baloutches, souvent soutenus par les États-Unis et Israël. La situation est plus calme du côté azéri, le président iranien étant lui-même originaire de cette région.
Les manifestations en France sont également commentées par les Iraniens sur les réseaux sociaux, certains se moquant de la répression policière en citant Donald Trump.
Enfin, l'importance de ces rencontres diplomatiques régionales, comme celle entre l'Iran, l'Arabie Saoudite, la Turquie et le Pakistan, est soulignée. Ces efforts visent à éviter une nouvelle guerre aux conséquences potentiellement désastreuses pour la région et le monde entier. Les forces de la paix, bien que souvent invisibles, existent et jouent un rôle crucial dans la prévention des conflits.