
Astrid BILLET réveille l'intelligence du corps pour devenir pleinement soi
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Astrid Bilet, ingénieure en sport automobile jusqu'à la Formule 1, partage son parcours de vie singulier, marqué par une transition radicale vers l'accompagnement neurocorporel. Son histoire est celle d'une reconnexion progressive à son corps et à ses émotions, l'amenant à réévaluer ses choix professionnels et personnels.
Astrid a passé près de dix ans dans l'univers du sport automobile, travaillant comme ingénieur stratégie de course. Son rôle consistait à prendre les bonnes décisions au bon moment pour gagner la course, en tenant compte des conditions de piste, des voitures et des pilotes. Elle a travaillé avec de grandes écuries en France, en Angleterre et en Allemagne, participant notamment cinq fois aux 24 Heures du Mans. Bien qu'elle ait aimé l'adrénaline de la course, elle a ressenti un mal-être croissant lié à l'environnement global du sport automobile. L'éloignement de son conjoint et de sa famille, les préoccupations environnementales et le désir d'avoir des enfants ont alimenté sa remise en question.
Parallèlement, son corps a commencé à lui envoyer des signaux. Elle souffrait de points de côté systématiques, de confusion entre la droite et la gauche, de difficultés d'orientation, de douleurs dorsales, de crampes nocturnes et de problèmes d'alimentation, qu'elle avait déjà en étant enfant. Vers 22-24 ans, elle a développé le syndrome des jambes sans repos. Un neurologue n'a pas pu identifier la cause de ces symptômes. Cependant, un ostéopathe a découvert que des tensions accumulées à l'arrière de son crâne provoquaient des impulsions nerveuses, déclenchant ses impatiences. Cet ostéopathe a réussi à calmer ses jambes, lui permettant de se sevrer des médicaments. Cette rencontre a marqué le début de sa reconnexion à son corps, lui faisant prendre conscience de son importance et de sa capacité à évoluer. Elle a également découvert qu'elle serrait constamment les mâchoires, un autre signe de tension.
Après cette prise de conscience, Astrid a continué dans le sport automobile pendant environ cinq ans, mais a commencé à transformer son mode de vie. Elle a changé son alimentation, éliminant le blé, et a adopté des pratiques plus écologiques pour ses produits ménagers et d'hygiène. Les bienfaits de ces changements, notamment alimentaires, ont été rapides.
La décision radicale de quitter le sport automobile est survenue fin 2015. Le film "Demain" a renforcé sa prise de conscience. Travaillant en Allemagne tandis que son mari était en France, la distance et son désir d'avoir des enfants ont pesé lourd. Malgré l'amour pour son métier et le confort de vie, elle se sentait émotionnellement mal. Sa démission a coïncidé avec l'arrêt des activités d'Audi en endurance, confirmant que c'était le bon moment pour changer de voie. Astrid ne conseille pas cette rupture radicale comme une règle générale, soulignant que ses contraintes étaient moindres à l'époque (pas d'emprunt immobilier, pas d'enfants).
Une autre étape marquante a été le décès brutal de son père alors que son fils avait 11 mois. Ce bouleversement émotionnel, combiné à un déménagement et à la perte de repères, a été difficile. Cependant, le décès de son père a aussi été une "porte ouverte" et une "autorisation" pour Astrid de devenir pleinement elle-même, de se réaliser sans chercher à lui faire plaisir. Elle a réalisé qu'elle avait inconsciemment cherché l'admiration de son père dans ses choix de carrière précédents.
Après ces événements, Astrid a commencé à se former à des outils de soin, bien qu'elle n'ait aucune expérience préalable dans ce domaine. Elle a été attirée par des formations sans explication rationnelle, mais a rapidement compris leur pertinence en découvrant ses propres peurs et réflexes archaïques actifs. Ces formations l'ont d'abord aidée personnellement. Elle a été initiée au Reiki, s'est formée à l'accompagnement à la libération des perturbations émotionnelles (Alpé), dérivé de Tipi, et à l'intégration des réflexes archaïques avec l'école Arcanflex.
Les réflexes archaïques sont des réactions rapides et involontaires du système nerveux face à un stimulus, essentiels à la survie du bébé (ex: réflexe de préhension, de succion). Normalement, ils s'intègrent, mais chez de nombreux adultes et enfants, certains restent actifs. Chez l'adulte, cela peut se manifester par des problèmes de posture (tête en avant, dos voûté), des difficultés à se tenir droit, des mouvements involontaires (ex: la voiture qui tourne quand on regarde l'angle mort, ou tirer la langue en se concentrant). Ces réflexes non intégrés peuvent fausser les perceptions sensorielles, comme la proprioception (conscience de son corps) et le sens de l'équilibre, créant un sentiment d'insécurité.
Astrid explique que ces manifestations, souvent étiquetées comme de la timidité, de la maladresse ou de la colère, sont en réalité des capacités que le corps n'arrive pas à maîtriser. C'est comme une voiture dont les essuie-glaces allument les phares. Le corps fait des choses non demandées, utilisant des ressources inutilement et bloquant certaines capacités. Par exemple, le fait de tirer la langue en se concentrant est une synkinésie, un lien persistant entre la main et la bouche. Cela peut gêner le chant ou d'autres activités nécessitant la bouche, et consomme des ressources. Le réflexe tonique asymétrique du cou, où les bras bougent quand la tête tourne, peut provoquer de la maladresse et des difficultés de latéralité.
Astrid travaille en reprogrammant ces "logiciels" du corps. Elle teste les réflexes de ses patients pour observer les réactions corporelles et leur apprend à faire autrement. Ce travail peut être fait à tout âge, mais plus tôt il est pris en charge, mieux c'est, car les compensations (tensions musculaires) s'installent moins. Elle donne l'exemple d'un homme de près de 80 ans qui peine à se redresser, dont le corps ne parvient pas à activer son axe malgré ses efforts. En travaillant sur ses réflexes, notamment le réflexe droite-gauche, il a retrouvé une meilleure posture.
Astrid reçoit principalement des enfants anxieux ou ayant des difficultés à gérer leurs émotions. Un enfant qui ne peut mobiliser son dos, par exemple, peut voir ses émotions mal circuler, entraînant de l'énervement. Le réflexe spinal de Perez et le réflexe de Galant, liés au dos, peuvent rendre un enfant hyperactif sur sa chaise si son dos est chatouilleux. En travaillant sur ces réflexes, l'enfant retrouve le contrôle de son dos et ses émotions s'apaisent.
Face à un trauma ou une problématique comme la peur du manque, Astrid ne cherche pas à détecter les traumas directement. Elle part de l'objectif de la personne et utilise la libération émotionnelle pour travailler sur des situations précises où la peur se manifeste. Si la personne n'a pas accès à ses sensations corporelles ou se sent en insécurité, elle commence par sécuriser le corps avec un travail sur les réflexes. Le but est de permettre un contact plus tranquille avec le corps, car on ne peut percevoir ce qui se passe à l'intérieur si l'on ne perçoit pas bien son corps.
Elle propose des exercices simples pour que les auditeurs puissent tester leurs réflexes à la maison. Par exemple, tourner la tête en position debout et observer si les épaules ou le bassin suivent le mouvement, ce qui ne devrait pas être le cas. Le réflexe de Moro, un réflexe de stress, peut entraîner de l'hypervigilance et des difficultés de concentration. Astrid elle-même ne pouvait pas travailler en bibliothèque à cause de la pollution sonore et visuelle, mais grâce à l'intégration de ce réflexe, elle peut désormais lire un livre avec ses enfants regardant un dessin animé à côté.
Le réflexe tonique asymétrique du cou, lié aux problèmes de droite-gauche et de latéralité, peut rendre maladroit et empêcher de croiser la ligne médiane du corps. Astrid a elle-même eu des difficultés avec sa droite et sa gauche, mais a fait des progrès significatifs. Elle adapte ses instructions pour les enfants en utilisant des repères visuels plutôt que droite/gauche.
Astrid insiste sur le fait que l'on ne travaille pas les réflexes pour les réflexes, mais pour lever les limitations, réduire la surcharge et la fatigue. Les réflexes non intégrés puisent dans nos ressources, nous donnant l'impression d'être lents ou incapables, et générant de l'insécurité. Elle souligne que de nombreux comportements d'enfants, souvent perçus comme un manque d'effort, sont en réalité liés à des réflexes non intégrés. Changer ces réflexes permet à l'enfant de faire différemment et de libérer des ressources pour l'apprentissage.
Ses propres enfants ont aussi des réflexes archaïques. Son fils, né alors qu'elle n'avait pas encore conscience de son corps, a plus de difficultés à accéder à ses sensations. Sa fille, née après qu'Astrid ait beaucoup évolué, a un rapport plus serein à son corps et a pu faire des libérations émotionnelles plus jeune.
Astrid regrette que ces connaissances n'aient pas été disponibles il y a 20 ou 30 ans, ce qui aurait pu éviter de nombreux malentendus et des orientations de vie inappropriées pour de nombreux enfants. Elle estime que derrière chaque difficulté se cachent des ressources à débloquer.
Son travail se fait en cabinet pour l'observation et la manipulation des réflexes. Cependant, pour les adolescents et adultes, les libérations émotionnelles peuvent être réalisées à distance, en visio, si l'accès au corps se fait correctement. Elle propose également un programme pour les parents, avec des tutos de massages et bercements, pour informer le corps de l'enfant sensoriellement et apaiser certaines difficultés à la maison.
Pour Astrid, le message clé est que "tout est possible". Elle est la seule personne avec qui elle passera chaque seconde de sa vie, et elle souhaite bien s'entendre avec elle-même, apprendre à s'écouter et à se parler, car le corps a beaucoup à dire. Cette relation avec soi-même est un chemin de découverte et une base fondamentale. Elle souhaite permettre aux enfants et à leurs parents de vivre un chemin différent en ouvrant les yeux sur ce qui se passe dans leur corps.