
The Rick Rubin Interview
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Rick Rubin, une figure légendaire de la production musicale, co-fondateur de Def Jam Records, a façonné le son de plusieurs générations à travers des genres variés, du hip-hop au country, en passant par le rock et le metal. Son approche minimaliste, axée sur l'authenticité de l'artiste, lui a valu une renommée inégalée.
Rubin se souvient de sa première connexion avec la musique à l'âge de trois ans, avec la chanson "Rock and Roll Music" des Beatles, ressentant une émotion corporelle unique qui l'a marqué à jamais. Bien qu'il ait joué de la guitare punk rock dans sa jeunesse, il ne se considère pas comme un musicien au sens traditionnel.
Ses débuts dans la scène musicale new-yorkaise des années 80, une ville alors plus délabrée mais vibrante d'une diversité artistique foisonnante, ont été déterminants. Il fréquentait assidûment des lieux emblématiques comme CBGB's et le Ritz, passant d'un concert de David Bowie au Madison Square Garden à un concert des Bad Brains à CBGB's la même nuit. Le Danceteria, avec ses trois étages offrant des genres musicaux variés, était un autre de ses repaires. Cette époque était caractérisée par une liberté artistique et une interconnexion des genres, avec des lieux comme Soho qui étaient de véritables communautés d'artistes.
La création de Def Jam est née de son amour pour la musique hip-hop émergente. Constatant que les enregistrements commerciaux ne reflétaient pas l'énergie brute des performances live dans des clubs comme le Negril, Rubin a voulu capturer cette essence. Sa première incursion fut avec le groupe Treacherous Three. Ne connaissant rien à l'industrie musicale, il a néanmoins réussi à enregistrer le single "It's Yours" avec T La Rock et le DJ Jazzy Jay. L'enregistrement, réalisé au studio Power Play à Long Island City pour 40 dollars de l'heure, fut une expérience rapide et axée sur le son plutôt que sur la technique.
L'une des innovations clés de Rubin fut de mettre le DJ au premier plan, intégrant des boîtes à rythmes comme la Roland TR-808, dont il utilisait des sons de manière expérimentale, notamment des beats inversés sur le titre "Brass Monkey" des Beastie Boys. Il a également contribué à populariser l'utilisation de la 808, une machine initialement obsolète, qui deviendra un pilier de la musique électronique et du Miami Bass.
La distribution des disques se faisait initialement via des distributeurs indépendants à travers le pays, avec des tirages de 500 exemplaires. Les premières maquettes de Def Jam étaient stockées dans sa chambre d'étudiant à NYU. La rencontre avec LL Cool J, alors âgé de 16 ans, fut un autre moment charnière. Le premier enregistrement de LL, "I Need a Beat", fut réalisé dans le studio miteux de "Chun King House of Metal" (Secret Sound).
Rubin a joué un rôle crucial dans la carrière de Run-DMC, produisant leur album "Raising Hell". La collaboration avec Aerosmith sur "Walk This Way" fut un moment décisif. Bien que Run-DMC ait initialement hésité à reprendre la chanson, Rubin a réussi à les convaincre en expliquant que cela servirait de démonstration musicale pour expliquer la musique rap à un public plus large, en utilisant un morceau familier pour le faire. Cette collaboration a non seulement relancé la carrière d'Aerosmith mais a aussi ouvert la voie à de futures fusions de genres.
Son travail avec les Beastie Boys a commencé alors qu'il était DJ pour eux. Il a contribué à des titres comme "No Sleep Till Brooklyn", où il a également joué de la guitare. Le mélange naturel de rock et de rap dans leur musique était le reflet de ses propres goûts musicaux.
Rubin a une approche minimaliste de la production, privilégiant l'essence de la musique et la clarté. Il souligne l'importance de ne pas trop technifier le son, citant l'exemple de Johnny Cash, où l'émotion prime sur la perfection technique, comme sur le titre "Hurt" où les sons sont volontairement déformés pour créer un impact émotionnel. Il a également travaillé sur des projets audacieux comme Slayer, produisant "Rain in Blood" avec une clarté remarquable malgré la vitesse et la complexité du thrash metal. Il attribue cette réussite à sa capacité à aborder le genre sans le "bagage" des conventions préexistantes.
Sa philosophie de production est de rester fidèle à l'essence de l'artiste et du projet, en évitant de diluer le son pour plaire à un public plus large. Il croit que l'authenticité est la clé, et que les décisions artistiques doivent être basées sur ce qui résonne avec l'artiste et le créateur, plutôt que sur des calculs de popularité. "L'audience vient en dernier", dit-il.
En parlant de la musique de Tom Petty, Rubin met en avant la beauté sonore et la richesse des arrangements subtils de l'album "Wildflowers", soulignant l'importance de chaque détail musical, même ceux qui ne sont pas immédiatement audibles. Il insiste sur le fait que le son doit être le meilleur reflet possible de ce qui est présent, plutôt que d'essayer de le faire sonner comme un autre artiste.
Sa collaboration avec Johnny Cash est particulièrement marquante. Rubin a réussi à faire enregistrer à Cash des chansons d'artistes comme Nine Inch Nails ("Hurt") et Soundgarden ("Rusty Cage"), transformant ces morceaux en de nouvelles interprétations emblématiques, prouvant que les paroles et l'émotion sont universelles. Il a également travaillé avec les membres de Tom Petty and the Heartbreakers, qui ont joué sur l'album de Cash, démontrant une fois de plus sa capacité à réunir des talents exceptionnels.
Rubin décrit la créativité comme une connexion à un flux d'idées, une sorte de "réglage d'antenne" pour capter ce qui nous passionne. Il encourage à agir sur ces intuitions créatives, car le risque est que quelqu'un d'autre le fasse. Il insiste sur l'importance de l'émerveillement et de la surprise dans le processus créatif, souvent le fruit d'accidents heureux plutôt que d'une intention délibérée.
Il aborde également la question de l'originalité dans un monde où tout semble avoir déjà été fait. Pour Rubin, il s'agit de trouver de nouvelles façons de présenter les choses, de combiner des éléments inattendus pour créer quelque chose de nouveau, comme l'alliance entre Aerosmith et Run-DMC.
Sa méthode de découverte de nouvelle musique repose souvent sur le bouche-à-oreille ou la découverte fortuite, comme avec Marcus King, un jeune musicien qu'il a découvert sur YouTube. Il reconnaît l'impact de la technologie et du streaming sur la consommation de musique, notant que si cela offre une commodité incroyable, cela peut aussi changer la relation que nous entretenons avec les albums.
En conclusion, Rick Rubin est un visionnaire qui a redéfini la production musicale par son approche audacieuse, son respect profond de l'artiste et sa capacité à capturer l'essence de la musique. Son héritage témoigne de la puissance de l'authenticité, de l'expérimentation et de la connexion émotionnelle dans la création artistique.