
Dr Philippe PRESLES décrypte le mécanisme qui transforme une peur en angoisse
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Le Docteur Philippe Prêel, ancien paniqueur, hypocondriaque et souffrant d'anxiété généralisée, aborde le sujet des angoisses et propose une méthode de guérison en six séances. Il explique que l'angoisse est fondamentalement un "bug" du cerveau, qui ne sait pas faire la différence entre le réel et l'imaginaire, et se laisse piéger par des pensées alarmantes.
Le docteur Prêel, qui a lui-même expérimenté des troubles anxieux, y compris des TOC, souligne l'importance de devenir un "patient expert" pour guérir, une démarche valable pour toutes les maladies. Il décrit l'angoisse comme une peur imaginaire, inutile et insupportable. Une crise de panique, par exemple, démarre souvent d'une simple pensée ("Et si tu faisais un cancer?"), qui est interprétée comme une menace par les amygdales cérébrales. Cela déclenche une décharge d'adrénaline, l'hormone de l'action, qui, en l'absence d'une menace réelle nécessitant une fuite ou une attaque physique, se transforme en hormone de l'angoisse. Cette adrénaline provoque divers symptômes physiques : boule au ventre, nausées, vomissements, picotements, transpiration, mains moites, palpitations, oppression, suffocation, tremblements, spasmes, vertiges, sensation d'irréalité, et la peur de mourir.
Le problème, selon le docteur Prêel, est que les patients ne comprennent pas toujours ce qui leur arrive. On leur dit que tout va bien physiquement, et on leur prescrit des anxiolytiques sans expliquer le mécanisme de la peur. Cette méconnaissance mène à une "errance thérapeutique" et à l'hypocondrie. Son livre, "Le bug de la peur", vise à démystifier ce processus et à rassurer les personnes angoissées en leur faisant comprendre qu'elles ne sont pas folles, mais victimes d'un dysfonctionnement cérébral.
Le Docteur Prêel a lui-même suivi cinq années de psychanalyse qui n'ont pas soulagé ses symptômes anxieux. Il a ensuite découvert les thérapies comportementales et cognitives (TCC), notamment la désensibilisation, qui lui a permis de gérer ses crises en apprenant à se relaxer en situation de panique. Cependant, cette méthode entraînait des rechutes. Il a ensuite exploré la thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT), qui se concentre sur le travail sur les pensées et la défusion, permettant de ne plus avoir besoin de s'exposer aux situations anxiogènes. La première fois qu'il a réussi à arrêter une crise de panique par la seule force de ses pensées fut une révélation.
Les angoisses ont un impact dévastateur sur la vie, la réduisant progressivement. Le docteur Prêel se souvient d'une période où il avait du mal à vivre loin des urgences. Aujourd'hui, il voit ses patients guéris voyager loin de tout, ce qui était impensable auparavant.
Pour le Docteur Prêel, il est crucial de distinguer le stress de l'angoisse pathologique. Le stress est une peur imaginaire utile et supportable, qui nous pousse à l'action (ex: travailler plus pour un examen). L'angoisse, elle, est imaginaire, inutile et insupportable, paralysant l'individu et l'empêchant d'agir.
La méthode en six séances du docteur Prêel s'adresse à tous, hommes et femmes, de tous âges. Il souligne que les résultats sont meilleurs pour ceux qui s'investissent activement dans les exercices. Avant de commencer, il est essentiel de dédramatiser la situation et, si un traitement est en cours, de ne pas l'arrêter sans avis médical. Les états dépressifs doivent être évalués par un médecin.
La première séance consiste à "comprendre la peur et le bug". Il est essentiel de réaliser que l'on n'est pas fou et que le cerveau se laisse piéger par des pensées. Le trouble panique s'installe lorsque l'on commence à avoir peur de la peur, créant un cercle vicieux. Comprendre ce mécanisme est déjà un grand soulagement. Le docteur Prêel explique que les médecins ne sont pas formés pour expliquer ce "bug de la peur" aux jeunes patients, ce qui contribue à l'errance diagnostique. Une explication précoce peut éviter des années de souffrance. La peur de mourir est le symptôme le plus marquant et le plus redouté lors d'une crise de panique.
La deuxième séance se concentre sur la respiration pour "baisser la tension nerveuse". Le docteur Prêel met en garde contre une respiration mal effectuée qui peut déclencher une crise d'angoisse. Respirer trop vite (20-30 respirations par minute) peut provoquer des décharges d'adrénaline. La technique de la cohérence cardiaque, consistant à ralentir la respiration à six cycles par minute (inspirer sur 5 secondes, expirer sur 5 secondes), permet au nerf vague (système parasympathique) de prendre le contrôle et de calmer l'organisme. L'adrénaline est naturellement purgée du sang en deux minutes de tranquillité. Pratiquer la cohérence cardiaque trois fois par jour pendant cinq minutes est aussi efficace que de prendre trois anxiolytiques. Ces exercices de respiration, de méditation et de pleine conscience doivent être pratiqués en prévention, et non en pleine crise, pour éviter que le cerveau ne les interprète comme un évitement, ce qui pourrait entraîner des rechutes.
La troisième séance est dédiée à la "diffusion". Le cerveau, en fusionnant avec une pensée angoissante, déclenche l'alerte. La diffusion consiste à introduire une "distorsion" pour que le cerveau "décroche" de cette pensée. Par exemple, donner un nom amusant à sa peur (comme "Panique" dans l'avion) et lui parler comme à une amie, ou chanter ses pensées angoissantes, les traduire en plusieurs langues, ou encore les écrire. L'humour et l'autodérision sont fondamentaux. L'exemple de "Nikita" pour une peur de tuer montre comment transformer une pensée terrifiante en quelque chose de risible, ce qui désactive la menace pour les détecteurs d'alerte et stoppe la production d'adrénaline.
La quatrième séance vise à "gagner en maîtrise psychologique" en développant le "soi observateur". En pratiquant la diffusion, on passe d'un mode "réaction" à un mode "maîtrise". Au lieu de réagir automatiquement à une situation anxiogène, on fait un arrêt sur image, on observe l'inconfort (pensées, émotions, sensations) et on décide consciemment comment agir. Si l'acceptation de l'inconfort est nécessaire pour atteindre un objectif désiré, on l'accepte. Le docteur Prêel cite William James, expliquant que nous possédons une "bibliothèque de rôles" et que nous pouvons consciemment choisir le rôle que nous voulons adopter dans une situation donnée, transformant ainsi notre expérience.
La cinquième séance, "prendre de l'assurance", aborde l'estime de soi. Les trois peurs qui minent l'estime de soi sont la peur de l'échec, la peur du regard de l'autre et la peur d'être soi-même. La culture du résultat en France est particulièrement néfaste. Le docteur Prêel propose d'abandonner la "stratégie du résultat" au profit de la "culture du plaisir" et de l'accomplissement de soi. Cela permet de quitter le perfectionnisme et la rigidité pour se diriger vers le dépassement de soi, augmentant ainsi l'estime de soi et le bonheur.
La sixième et dernière séance consiste à "repenser sa vie et ses valeurs" pour parfaire la guérison. Pour le docteur Prêel, la guérison est le fait de retrouver une vie normale, le "silence des organes", où l'on n'est plus gêné par des signaux internes. Le cerveau, qui a automatisé les évitements, peut aussi automatiser les actions positives, permettant de retrouver toutes les activités abandonnées. Il insiste sur l'importance d'une "lecture triangulaire" dans les relations (moi, l'autre, et ce que l'on construit ensemble) pour une communication plus efficace et constructive. Il distingue également le "moi officiel" (les rôles et storytellings que l'on se construit) du "moi authentique" (ce que l'on voudrait vivre), encourageant à arbitrer en faveur de ce dernier.
Le docteur Prêel souligne l'importance pour l'entourage de lire son livre et de comprendre les mécanismes des peurs pour mieux soutenir la personne angoissée. Devenir un "patient expert" est crucial, et l'entourage peut également devenir "expert" pour offrir les meilleurs conseils.
En conclusion, le Docteur Philippe Prêel offre une méthode claire et pratique pour guérir des angoisses, basée sur la compréhension des mécanismes de la peur, la maîtrise de la respiration, des techniques de diffusion des pensées angoissantes, le développement de la maîtrise psychologique et de l'estime de soi, et enfin une réévaluation de ses valeurs de vie. Il insiste sur l'investissement personnel du patient, qui peut, en s'appliquant, obtenir des résultats significatifs en quelques semaines.