
Le nouveau dollar est déjà prêt (et personne n'en parle) !
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La dynamique actuelle entre les États-Unis et la Chine est particulièrement singulière. D'un côté, Pékin exhorte Téhéran à la négociation et appelle à la réouverture du détroit d'Ormuz. De l'autre, Donald Trump arrive à Pékin avec une délégation digne de Davos, incluant des figures comme Larry Fink (BlackRock), Tim Cook (Apple), Elon Musk (Tesla, SpaceX), Kelly Terberg (Boeing), Larry Ellison (Oracle) et Jensen Huang (Nvidia), ce dernier ayant été ajouté en urgence à la délégation. La présence du PDG du principal fournisseur mondial de GPU avancés n'est pas anodine.
Depuis 2018, la Chine bâtit une zone monétaire stable, un phénomène de convergence des monnaies mis en évidence par Charles Gave. La crise financière de 2008 et les crises monétaires asiatiques des années 90 ont renforcé la conviction que l'utilisation du dollar comme monnaie de réserve mondiale mène systématiquement à des catastrophes en Asie, selon le paradoxe de Triffin. La Chine a donc entrepris de coter le pétrole et l'or à Shanghai, posant les bases d'une convertibilité indirecte du yuan en or et en pétrole. Face aux difficultés du système des pétrodollars dues à la crise iranienne, beaucoup prédisent la fin du dollar et la montée en puissance de la Chine.
Cependant, la situation est plus complexe. Trump lui-même a reconnu qu'un dollar plus faible serait bénéfique, conscient que le dollar ne survivra pas à long terme aux déficits abyssaux du secteur public. Comme l'économiste François Jacques Ruf l'a souligné, le taux de change est le reflet de toutes les mauvaises gestions. L'administration américaine est consciente de ces enjeux. Pourtant, le dollar ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Les États-Unis adoptent une stratégie opportuniste autour du Bitcoin.
Depuis l'élection de Donald Trump et le lancement de l'ETF de BlackRock le 11 janvier 2024, la perception du Bitcoin a radicalement changé aux USA. Avant 2024, détenir du Bitcoin dans le bilan d'une entreprise exposait à des problèmes, comme en témoigne l'opération Chokepoint 2.0 de l'administration Biden. Aujourd'hui, sous l'administration Trump, le Bitcoin est devenu un actif "cool". Un rapport de 51 pages du House Financial Services Committee en décembre 2025 a documenté comment au moins 30 entités du secteur des actifs numériques ont été coupées du système bancaire entre 2022 et 2024.
Le cadre légal évolue rapidement. Le Genius Act, encadrant les stablecoins, a été signé par Trump le 18 juillet 2025. Cette semaine, le 14 mai, la commission bancaire du Sénat doit examiner le Clarity Act, visant à clarifier la frontière réglementaire entre la SEC et la CFTC concernant les actifs numériques. La Maison Blanche vise une adoption d'ici le 4 juillet, en guise de cadeau pour les 250 ans des États-Unis. Bien que la loi n'autorise pas encore un stablecoin adossé au Bitcoin, elle établit l'architecture réglementaire permettant au Bitcoin d'intégrer légitimement les bilans des entreprises américaines et aux banques d'intégrer ces actifs. La prochaine étape, c'est le rapprochement entre Bitcoin et le dollar via des entités comme les Bitcoin Treasury Companies ou des géants comme BlackRock, préparée par des acteurs comme MicroStrategy de Michael Saylor.
Il y a un grand pragmatisme et une stratégie claire dans cette approche. Il est trop tôt pour savoir si le Bitcoin permettra aux USA de purger leurs dettes tout en refondant leur économie et leur monnaie autour des plus grandes réserves mondiales de Bitcoin, mais l'idée n'est pas saugrenue. Avec BlackRock et MicroStrategy, les USA possèdent mécaniquement les plus grandes réserves institutionnelles de Bitcoin au monde. Le pragmatisme américain pourrait un jour les pousser à considérer le Bitcoin comme le remplaçant du "vieux dollar".
Pendant ce temps, en Chine, le renminbi est indirectement adossé à des réserves d'or supposées titanesques, avec un afflux continu d'or depuis les années 2000. Plus intéressant encore, les "dollars chinois". Brad Setzer, ancien conseiller du Trésor américain, estime que les institutions chinoises détiennent environ 6 000 milliards de dollars d'actifs étrangers, dont 3 000 milliards en "Shadow Reserves" – des réserves de change cachées dans les bilans des grandes banques d'État, gérées hors des radars du système financier américain, notamment via Hong Kong. L'excédent du compte courant chinois a explosé en 2025, atteignant un record de 735 milliards de dollars. Le surplus manufacturier dépasse les 2 000 milliards de dollars par an. Charles Gave estime que le renminbi est entré dans sa deuxième phase de hausse, notamment face à l'euro.
L'achat d'obligations chinoises est une excellente initiative, surtout pour la zone euro. La Chine accélère fortement avec 1,3 à 1,5 million d'ingénieurs diplômés par an (contre 130 000 aux USA), et une monnaie qui s'impose comme pivot monétaire en Asie, soutenue par l'or. Hong Kong joue un rôle crucial de charnière financière. Si Hong Kong détient des milliers de milliards de dollars en réserve, cela signifie que les Chinois peuvent "imprimer" des dollars et les prêter dans le monde sans l'autorisation de la Fed. Ce phénomène n'est pas sans précédent, il rappelle les euro-dollars de la Guerre Froide, où des banques offshore créaient de la masse monétaire en dollars hors de la juridiction américaine. Aujourd'hui, une part substantielle du crédit en dollar dans le monde se fait offshore via des centres comme Hong