
Sortie de l'euro : le week-end où tout bascule (Partie 2) par Charles et Emmanuelle Gave
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L'émission aborde la question cruciale de la sortie de la France de l'euro, un sujet devenu pressant face à l'augmentation des coûts d'emprunt de la France, dépassant ceux de l'Espagne ou de l'Italie, et l'accroissement du spread avec l'Allemagne. Pendant une décennie, la question de l'euro est restée en sommeil, permettant de se concentrer sur la baisse des dépenses publiques. Cependant, une simple réduction des dépenses ne suffit plus ; elle pourrait même entraîner une déflation et une dévaluation si elle est mal exécutée avec une monnaie surévaluée. Le moment est passé où une diminution des dépenses aurait eu des effets positifs à long terme. Aujourd'hui, des mesures plus drastiques sont nécessaires.
Le scénario d'une sortie de l'euro est envisagé étape par étape. Il implique une décision unilatérale de la France, évitant la solution de la troïka (BCE, FMI, Commission européenne). Le scénario commence un jeudi, lorsque l'émission d'obligations d'État françaises (OAT) ne trouve pas preneur. Le vendredi, à 17h30, la Bourse de Paris ferme et ne rouvrira pas le lundi. Cette fermeture un vendredi est stratégique, car elle offre des jours sans marchés, une pratique observée lors de toutes les séparations monétaires récentes.
Le vendredi soir à 20h, le président convoque un conseil de défense économique, puis un conseil des ministres extraordinaire, suivi de la convocation des deux chambres du Parlement en session extraordinaire pour le lendemain matin. Trois textes, préparés dans le plus grand secret par moins de vingt personnes, sont sur la table :
1. Un projet de loi d'urgence modifiant un article du code monétaire et financier, déclarant que "La monnaie de la France est le franc".
2. Un décret fermant les banques et instaurant un contrôle des capitaux.
3. Une note aux partenaires européens et à la BCE, annonçant la décision et proposant des négociations.
Cette approche est nécessaire pour éviter une panique bancaire massive, où les citoyens retireraient leurs euros ou les transféreraient à l'étranger avant la conversion. La Tchécoslovaquie a réussi une séparation similaire en 1993.
D'un point de vue européen, la sortie de l'euro n'est pas prévue par les traités. Cependant, du point de vue français, la *lex monetae*, un principe de droit international, permet à chaque État de définir sa monnaie. En période de crise nationale, la loi et les traités passent après la survie de la France et de l'État.
Le samedi, l'Assemblée nationale et le Sénat, réunis en Parlement à Versailles, votent la loi d'urgence, qui comprend cinq articles :
1. La monnaie de la France est le franc.
2. Tous les contrats français libellés en euros sont convertis en francs à un pour un.
3. Le cours du franc est fixé à 0,85 euro, soit une dévaluation de 15%. Le franc pourra fluctuer de 3% autour de ce cours, et la Banque de France sera chargée de le défendre. Cependant, la fixation d'un taux peut rendre la monnaie vulnérable aux attaques spéculatives. Il serait plus judicieux de laisser le franc flotter pour éviter d'épuiser les réserves de change.
4. Les billets et pièces en euros restent utilisables en France pendant une période de transition.
5. Les sorties de capitaux sont soumises à autorisation pour une durée limitée, afin d'éviter une fuite massive vers l'étranger.
Cette loi ne peut modifier les emprunts libellés dans d'autres devises, ni les obligations émises en euros sur des marchés étrangers. La pérennité de l'euro lui-même est incertaine si la France le quitte.
Le processus parlementaire pourrait être difficile, car de nombreux élus ont "vendu leur âme à l'Europe". En cas de blocage, le président pourrait engager sa responsabilité via l'article 49-3 ou, en cas d'urgence nationale due à la crise financière, recourir à l'article 16, lui permettant de prendre des décisions sans l'accord des chambres. Une crise parlementaire simultanée à la crise financière est une possibilité.
Le dimanche à 20h, le président s'adresse aux Français, garantissant les dépôts bancaires (désormais en francs), les salaires, la fermeture temporaire des banques avec des cartes bancaires plafonnées à 100 euros et des retraits d'espèces limités. Les sorties d'argent à l'étranger sont contrôlées. Un plan de redressement est annoncé, incluant une baisse des dépenses publiques sur cinq ans, une règle budgétaire, et l'engagement de la Banque de France à ne pas financer le déficit de manière excessive. La baisse des dépenses est inévitable en raison du manque de fonds, ciblant d'abord les dépenses non vitales. La réforme de Rueff en 1958, combinant dévaluation et restructuration des dépenses publiques, est citée comme modèle. Une dévaluation seule ou une baisse des dépenses seule ne fonctionnerait pas.
La dévaluation permettrait de faire supporter une partie de la dette par les créanciers étrangers (57% de la dette française est détenue à l'étranger), plutôt que par les ménages français. En revanche, si la troïka intervient, elle imposerait une "dévaluation interne" par la baisse des salaires (fonctionnaires, enseignants, infirmiers) et l'augmentation du chômage, comme en Grèce, protégeant ainsi les banques et sociétés d'épargne étrangères.
Concernant l'inflation, une dévaluation du franc de 15 à 20% entraînerait une hausse des prix des produits importés. Cependant, l'essentiel de la consommation française (coiffeur, loyer, médecin, baguette) n'est pas importé. L'inflation est estimée entre 4 et 7% sur un an, avec un pic entre le 3e et le 6e mois, avant de redescendre vers 2% en deux ans. La sortie de dispositifs comme l'ARENH permettrait de baisser le prix de l'électricité. Une dévaluation est une baisse de salaire qui ne dit pas son nom, mais elle rend le pays compétitif, évitant une récession prolongée et le chômage de masse qu'entraînerait une dévaluation interne forcée par la troïka.
La dette et l'épargne sont affectées : les non-résidents (57,5% de la dette négociable de l'État) subiraient la perte de 15% due à la dévaluation, soit environ 250 milliards d'euros. Les banques et assureurs français, détenant des obligations françaises en garantie, seraient moins impactés. L'or de la Banque de France représente seulement 8% de la dette, insuffisant pour la couvrir. La conversion de la dette en francs, si l'euro continue d'exister, serait considérée comme un défaut sélectif par les agences de notation.
La dette Target 2 de la Banque de France envers le reste de l'Europe (environ 200 milliards d'euros fin 2025) resterait due en euros et serait renégociée. Cette dette augmenterait en cas de fuite des dépôts avant la sortie. Une baisse de la masse monétaire due aux fuites de capitaux pourrait ralentir l'économie, nécessitant une gestion prudente pour éviter l'inflation par la planche à billets.
Un mois après la sortie, les agences de notation classeraient la France en défaut sélectif. Des procédures judiciaires seraient engagées par les créanciers étrangers, mais avec peu de chances de succès, la dette étant sous droit français. Bruxelles engagerait une procédure contre la France, ouvrant le débat sur le maintien dans l'Union.
Entre le 3e et le 6e mois, l'inflation atteindrait son pic, rendant la période difficile pour les ménages, mais les exportations et le tourisme repartiraient. Des rentrées de capitaux seraient observées, attirées par la baisse des prix des actifs en monnaie internationale. Au 6e mois, le Parlement voterait une loi de programmation pour réduire la dépense publique de 57% à 50% du PIB en cinq ans, s'inspirant de modèles suédois (tickets éducation, non-remplacement de fonctionnaires, réforme des retraites), transformant l'État d'un producteur à un prescripteur.
Des exemples comme la Suède et le Royaume-Uni en 1992, ayant abandonné leur taux de change fixe, ont connu une récession temporaire suivie d'une croissance significative. L'Argentine en 2001-2002 a échoué en raison de l'impression monétaire excessive et du défaut, tandis que la Grèce a subi une dévaluation interne imposée par la troïka.
Baisser la dépense seule ne suffit plus ; l'effort nécessaire dépasse 5 points du PIB, soit plus de 150 milliards d'euros par an, un effort sans précédent. Sans dévaluation, la France se condamne à la récession, car la contraction de l'activité réduit les recettes fiscales et augmente le poids de la dette, comme en Grèce. La solution de 1958, combinant dévaluation et réformes, est la seule voie économique viable.
Cependant, l'auteur doute que cette solution soit adoptée en raison de l'incompétence de la classe politique, de sa peur du peuple et de sa tendance à mentir pour être élue. La population française reste majoritairement attachée à l'euro, et aucun parti politique majeur ne propose la sortie. L'alternative serait l'intervention de la troïka, imposant un programme d'aide européen, avec des coupes drastiques dans les pensions, une hausse de la TVA, le gel ou la baisse des salaires des fonctionnaires, et une augmentation des impôts sur l'immobilier. Le budget de la France serait décidé à Francfort, et la corruption augmenterait. La France deviendrait un "land" de l'Allemagne, perdant sa souveraineté économique.
L'auteur appelle à une prise de conscience de la souveraineté, à une remise en question de la classe politique et à une révolution pour la remplacer, seule solution pour redonner à la France son destin en main.