
Éducation: un fiasco français
Audio Summary
AI Summary
La dernière étude PISA, publiée il y a quelques semaines, révèle une baisse significative du niveau des élèves de 15 ans dans 91 pays, y compris en France. Cette étude, réalisée tous les trois ans par l'OCDE, mesure les compétences en compréhension de l'écrit, en sciences et en mathématiques. En France, les scores ont chuté de manière alarmante : 456 points en compréhension de l'écrit (contre 505 en 2000), et 458 en mathématiques (contre 511 en 2003). Ces chiffres représentent le plus bas niveau jamais enregistré depuis le début du classement PISA.
La tendance à la baisse n'est pas propre à la France ; elle est observée à l'échelle de l'OCDE dans les trois domaines, avec une accélération particulièrement marquée depuis 2018 en sciences et en compréhension de l'écrit. Cependant, la France fait pire que la moyenne, accélérant cette dynamique négative. L'étude montre que cette baisse frappe davantage les élèves les moins performants, creusant ainsi les inégalités. Les 10% d'élèves les plus forts aujourd'hui obtiennent des résultats équivalents à ceux des 25% les plus forts il y a 20 ans.
Malgré cette tendance générale, certains pays de l'OCDE et hors OCDE ont vu leurs résultats progresser, comme le Costa Rica, la Slovaquie, le Royaume-Uni, la Turquie, ou encore l'Arabie Saoudite et la Mongolie. Ces pays, bien que partant de plus bas, montrent une dynamique positive, contrastant avec le déclin occidental.
En France, l'évolution des scores en sciences, mathématiques et compréhension de l'écrit entre 2000 et 2018 était stagnante, mais depuis 2018, un effondrement est constaté. Le point haut en compréhension de l'écrit fut atteint en 2012 avec 505 points ; depuis, la France a perdu 49 points, soit l'équivalent de deux ans et demi d'apprentissage. Cette dégradation se traduit par des difficultés majeures pour les étudiants entrant à l'université, certains peinant même à réécrire correctement. Les problèmes ne se limitent pas à l'orthographe, mais touchent aussi la logique, la syntaxe et la construction des phrases, rendant certains écrits incompréhensibles. Le niveau d'exigence a tellement baissé que des erreurs autrefois rédhibitoires ne sont plus sanctionnées.
Plusieurs facteurs sont évoqués pour expliquer ce déclin. La baisse du niveau concerne tous les élèves, mais elle est plus prononcée chez les moins performants, accentuant les inégalités. L'étude PISA ne permet pas de différencier clairement les performances entre le système public et privé en France, mais l'augmentation de la demande pour le privé suggère que les familles perçoivent une différence.
Une explication avancée est un changement de paradigme pédagogique, passant d'un modèle où l'enfant s'adapte au système à un modèle où le système s'adapte à l'enfant. Cette approche, qualifiée de "spirale infernale", conduit à une baisse progressive du niveau d'exigence et, par conséquent, du niveau général des élèves. Les manuels scolaires des années 70, jugés plus stimulants, sont comparés aux manuels actuels. L'idée que l'apprentissage pourrait être une "punition" est également critiquée, contrastant avec une vision plus ancienne du travail comme accomplissement de soi.
La mixité scolaire, introduite il y a plusieurs décennies, est aussi abordée. Bien que les filles murissent plus vite, leur présence aux côtés de garçons en pleine adolescence pourrait créer des distractions, potentiellement plus bénéfiques pour les filles que pour les garçons en termes de concentration sur le travail scolaire. Historiquement, les classes étaient souvent séparées par sexe, et les rencontres se limitaient aux moments hors école.
La question de l'immigration est également soulevée. Les élèves immigrés ou issus de l'immigration en France accusent un retard d'apprentissage par rapport aux élèves non issus de l'immigration. Ce retard est plus marqué pour les élèves dont les deux parents sont immigrés. Cependant, il est précisé que ce facteur n'explique pas à lui seul l'effondrement global du niveau en France, car le déclin est également observé chez les élèves français autochtones. L'augmentation du nombre d'immigrés n'est pas jugée suffisamment importante pour expliquer la totalité de la baisse.
Les moyens financiers alloués à l'éducation sont aussi débattus. Bien que la France investisse beaucoup, une partie de ces fonds est destinée aux retraites. L'étude montre qu'au-delà d'un certain seuil de dépenses par élève, l'argent supplémentaire n'entraîne pas nécessairement une amélioration des résultats.
Le climat scolaire en France est jugé mauvais, avec un taux élevé d'élèves déclarant être perturbés par le bruit, l'agitation et le manque d'écoute de leurs camarades. Cette situation contraste avec la moyenne de l'OCDE. Le manque de discipline et la condamnation de la punition, y compris physique, sont considérés comme des facteurs contribuant à ce désordre. L'autorité des enseignants, autrefois plus marquée, semble avoir diminué. La présence majoritaire d'enseignantes face à des classes d'adolescents est évoquée comme une potentielle difficulté supplémentaire pour maintenir l'ordre.
L'impact des écrans est une autre cause majeure identifiée. L'usage excessif des appareils numériques, tant en classe qu'hors classe, détourne l'attention des élèves et supprime l'ennui, qui est pourtant considéré comme un moteur de curiosité et de découverte. La capacité à s'ennuyer et à trouver des activités par soi-même est vue comme essentielle au développement intellectuel. La littérature jeunesse elle-même aurait baissé en niveau, rendant des contenus autrefois destinés à des âges plus jeunes accessibles à des âges plus avancés.
La diminution de l'attention parentale est également soulignée. Le pourcentage d'élèves dont les parents s'enquièrent de leur journée à l'école ou discutent de leurs problèmes scolaires a chuté de manière significative. Cette baisse du soutien familial est observée dans la plupart des pays participants. Autrefois, l'école était perçue comme un moyen essentiel de progression sociale ; aujourd'hui, d'autres voies semblent émerger, remettant en question la valeur intrinsèque de la connaissance et de l'éducation. L'admiration pour le professeur a diminué, l'information étant désormais abondante et facilement accessible, tandis que l'attention est devenue rare et convoitée par les industries du numérique.
Face à ce constat, l'intelligence artificielle (IA) est présentée comme une solution potentielle. Des expériences au Salvador montrent que l'intégration de tuteurs IA dans les écoles publiques a permis d'améliorer significativement les résultats des élèves, les rapprochant de ceux des pays européens. L'IA permet un apprentissage personnalisé, ajusté au rythme de chaque élève, et peut aider les enseignants à mieux cibler leurs interventions. Les limites de ces expériences résident dans le caractère volontaire des participants et la difficulté d'isoler l'effet de l'IA des autres facteurs d'amélioration. Cependant, l'idée d'un tuteur IA capable de reprendre des explications, de proposer des exercices adaptés et de combler les lacunes semble prometteuse.
L'IA pourrait également contribuer à remobiliser les enseignants découragés par le manque d'envie d'apprendre de certains élèves. Elle offre la possibilité d'une relation plus personnalisée, où l'enseignant guide l'élève dans l'utilisation de cet outil. L'IA peut aider à rattraper le retard accumulé lors d'absences et à surmonter le découragement face à la masse de connaissances à acquérir.
L'évolution de la société, tendant vers une individualisation et une perte de transmission intergénérationnelle, est également mise en lumière. L'usage des écrans, tant par les jeunes que par les adultes, fragilise le lien social et la transmission culturelle.
En conclusion, la baisse des niveaux scolaires observée dans les pays de l'OCDE, et particulièrement en France, est un phénomène complexe aux causes multiples. L'IA pourrait jouer un rôle dans la remédiation, notamment en favorisant l'apprentissage des élèves les plus motivés et en offrant un soutien personnalisé, potentiellement en recréant une dynamique de sélection des meilleurs par la connaissance. Cependant, le risque est que cela creuse davantage les écarts, favorisant une minorité d'élèves brillants et laissant une majorité dans une indifférence croissante. La transmission du savoir, et surtout l'apprentissage à apprendre, reste un enjeu fondamental. L'université de l'Épargne, dans sa démarche d'enseignement de la gestion autonome des finances, intègre également des outils d'IA pour proposer des contenus interactifs et personnalisés, dans une logique d'amélioration continue et d'adaptation aux nouvelles formes d'apprentissage.