
Raphaël Glucksmann : de Sarkozy à la gauche Macron..?
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Bonsoir à tous. Le sujet de ce soir est la "machine à fabriquer des Macrons", une expression qui fait écho à l'actualité politique et aux récentes enquêtes visant Édouard Philippe, souvent perçu comme un "Macron bis". Ce hasard du calendrier coïncide avec l'annonce de la candidature de Gabriel Attal, tandis qu'une autre figure, Raphaël Glucksmann, semble être laissée pour compte malgré un soutien médiatique important et des liens avec des fondations influentes comme Soros et la National Endowment for Democracy. Nous sommes là pour faire le post-mortem de cette candidature.
Félix Marquardt, notre invité, précise d'emblée qu'il n'est pas là pour attaquer personnellement Raphaël Glucksmann. Il reconnaît que les critiques qu'il adresse à Glucksmann pourraient s'appliquer à d'autres figures politiques comme Gabriel Attal, Édouard Philippe, ou même un ancien président. Sa familiarité avec Glucksmann, avec qui il a travaillé en Géorgie, le rend particulièrement consterné par cette tentative de candidature, qu'il juge mal partie, voire déjà "morte".
Glucksmann est décrit comme le fils de son père, André Glucksmann, dont la trajectoire idéologique, de l'extrême gauche maoïste à un soutien à Ronald Reagan et à Nicolas Sarkozy, est jugée étrange et problématique. Pour Félix, le problème n'est pas tant d'avoir évolué idéologiquement, comme lui-même l'a fait, mais de ne pas remettre en question une vision du monde dépassée à près de 50 ans, tout en changeant d'étiquette politique. Les idées de Glucksmann et d'Attal sont perçues comme similaires, ce qui rend Glucksmann "remplaçable".
Félix explique son propre cheminement, passant d'un homme de Davos à la constatation que seuls La France Insoumise (LFI), Juan Branco et quelques autres ont compris l'importance de la situation à Gaza. Il dénonce l'effondrement moral de l'Occident, visible dans sa réaction à ce qu'il qualifie de génocide. Il met en contraste la position des pays des BRICS (Chine, Russie, Brésil), qui, malgré des nuances, appellent à une solution, avec l'attitude de l'Europe. Les Russes, notamment, ont un discours complexe en raison de la présence d'un tiers d'Israéliens d'origine russe. La méfiance mutuelle entre les services de renseignement russes et israéliens est également soulignée.
L'Europe, depuis 1945, a bâti sa crédibilité sur l'état de droit et une prétendue supériorité morale. Cependant, la réponse européenne à Gaza a mis à nu cette façade, rendant l'Europe risible aux yeux du monde. Félix et Idriss notent que les médias des BRICS ne pénètrent pas en Europe, et que la majorité des "boomers" européens votent selon les directives des médias mainstream subventionnés. Ils estiment que les médias indépendants, comme celui d'Idriss ou Black Elephant de Félix, ont "40 ans d'avance" en offrant des perspectives différentes, notamment sur la conversation transpartisane aux États-Unis entre trumpistes et gauche radicale qui s'accordent sur des points fondamentaux comme le rejet du suprémacisme ethnique et religieux et la dénonciation du génocide à Gaza.
Le fait que des journalistes israéliens comme Meron Rapoport ou des médias comme +972 Magazine n'hésitent pas à utiliser le terme de "génocide" est mis en avant, contrastant avec la prudence des médias occidentaux. Haaretz, bien que complexe et parfois schizophrène, publie des articles impensables en France ou au Royaume-Uni. Le juge conservateur américain Andrew Napolitano est cité comme exemple de figure de droite capable de critiquer le système et d'inviter des figures de gauche, illustrant ce dépassement des clivages droite-gauche.
Félix exprime son espoir, voire son "espérance", de voir les gens prendre conscience que la propagande n'est pas exogène aux démocraties libérales. Il s'appuie sur les travaux de chercheurs comme Jonas Tuggle, Mathias Desmet et Aaron Good, qui montrent que ce que l'on a cru être une transition vers la démocratie est en réalité une transition vers des systèmes oligarchiques, voire "cacicratiques" (gouvernement par les médiocres). La propagande devient alors nécessaire pour faire croire au peuple qu'il est souverain, alors qu'il ne l'est pas. Le décalage entre le discours politique et la réalité vécue par les citoyens (Gilets Jaunes, confinements, référendum de 2005) est devenu un gouffre cognitif.
Le cas de Raphaël Glucksmann est analysé comme une illustration de ce "marketing synthétique". Son père, André Glucksmann, est passé du maoïsme à un soutien aux escadrons de la mort au Nicaragua, puis à Sarkozy. Cette "civilisation de l'étiquette" permet à des figures comme Glucksmann de changer de camp sans remettre en cause une vision du monde. Félix critique le manque de lucidité des post-modernes qui ont influencé Glucksmann, ainsi que la conversation mondiale dominée par les idées de Fukuyama ("fin de l'histoire") et Huntington ("choc des civilisations"). Huntington, bien que raciste et sioniste, aurait été plus réaliste en prédisant une alliance entre le monde musulman et la Chine.
Glucksmann, en se posant en défenseur des Ouïghours, est perçu comme tentant de séduire un public musulman sans avoir à s'engager sur la question palestinienne, tout en servant une cause soutenue par la CIA pour déstabiliser la Chine. Cette approche est jugée insultante pour l'intelligence. La désillusion de Félix face à l'imposture morale de l'Occident, notamment à travers la couverture médiatique du New York Times qui "déconne" après coup, est un thème central. Gaza a sonné le glas du "plus jamais ça", montrant que l'Occident est complice d'un génocide.
La déshumanisation de l'autre, comme celle pratiquée par Glucksmann envers les musulmans, mène à des atrocités comme celles d'Abou Ghraib. Aimé Césaire est cité pour rappeler que le choc de la Shoah pour les Européens était de voir fait à des Blancs ce qu'ils faisaient aux non-Blancs depuis 500 ans. L'histoire des camps de concentration, initiés par des Blancs contre des Blancs pendant la guerre des Boers, est un exemple de cette violence oubliée.
La carte démographique de la France est présentée pour illustrer l'hypercentralisation parisienne et la déconnexion des élites, comme Glucksmann, de la réalité des Français. Paris est devenu inaccessible pour une majorité de la population.
Le parcours de Raphaël Glucksmann est ensuite détaillé. Il a fait la connaissance de Mikheil Saakachvili, président géorgien pro-américain, en Ukraine, dans un contexte d'ingérence américaine (Victoria Nuland). Félix a travaillé pour Saakachvili en tant que consultant en communication et lobbying, organisant des "junkets" (voyages tous frais payés) pour des personnalités influentes. Il a pu observer de près la ligne "néocon démocrate" de Glucksmann, qui préférait Hillary Clinton à Barack Obama. Le gouvernement de Saakachvili est décrit comme violent dans ses réformes, visant à plaire au FMI et à la Banque Mondiale, et marqué par une présence américaine envahissante, au point que les conseils des ministres se tenaient en anglais. Saakachvili, soutenu par Glucksmann, a même tenté de faire construire une Trump Tower en Géorgie, montrant l'étendue de cette "folie".
Le positionnement actuel de Glucksmann, se présentant comme un rassembleur de la gauche sérieuse, est jugé "grotesque" et "non crédible" au vu de son passé. Félix estime que l'écart entre la parole et les actes est devenu la définition de l'Occident, contrairement à des pays comme l'Iran, la Chine ou la Russie. Seule la candidature de Jean-Luc Mélenchon et LFI est perçue comme sincère et cohérente, même si Mélenchon n'a pas toujours été un fervent soutien de la cause palestinienne. Le choix de Rima Hassan en tête de liste aux élections européennes est un signe fort qui pourrait influencer les "pater familias" des banlieues, malgré leurs réserves sur certains sujets sociétaux de LFI.
La question du Frexit est abordée. Félix pense que LFI ne devrait pas en faire un sujet central de campagne pour éviter les distractions, même s'il est lui-même convaincu que l'Europe est une catastrophe et qu'un effondrement est inévitable. Il estime que l'Europe est une machine à vassaliser aux États-Unis, et que la France doit renouer des relations apaisées avec le reste du monde. Il voit en Juan Branco et LFI les seuls à avoir un discours permettant cette réconciliation.
La question de la gauche et du "wokisme" est posée. Félix pense que la gauche identitaire, bien que sincère à l'origine, a été "capturée" par le monde corporate pour détourner l'attention de la lutte des classes et des vrais sujets de gauche, servant ainsi de "cheval de Troie" au libéralisme.
Concernant l'idée d'une OTAN des pays musulmans initiée par l'Iran, Félix juge que le terme "OTAN" est d'origine occidentale et que l'Iran, un pays non arabe, est le seul à avoir eu le courage de défier les États-Unis de manière aussi frontale. Il exprime son admiration pour l'Iran et estime que si Téhéran parvient à fédérer des pays musulmans, ce serait une excellente nouvelle pour le monde, car l'empire ne comprend que ce langage de fermeté.
Félix souligne l'importance de Black Elephant, son projet de réseau social basé sur le partage de vulnérabilité et la vérité, pour se libérer de la "matrice insupportable" du paraître. Il souhaite créer des lieux où les gens peuvent se connecter en profondeur, en vue de la campagne de 2027. Il conclut en saluant la capacité de la chaîne d'Idriss à faire dialoguer les peuples des deux rives de la Méditerranée et exprime son soutien aux amis en Afrique.