
Il a lancé un business sans rien faire (ou presque) - Pierre-Louis Biojout
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Pierre Louis, invité sur Génération Self, partage son parcours depuis Polytechnique jusqu'à la création de Nanocorp, une entreprise qui permet de lancer des business autonomes à partir d'un simple prompt. Il aborde l'évolution de l'intelligence artificielle, notamment les agents, et leur impact sur l'entrepreneuriat.
Pierre Louis, diplômé de Polytechnique en 2023, a une approche spécifique de l'entrepreneuriat. Contrairement à beaucoup d'élèves des grandes écoles en France qui prennent peu de risques, il a toujours été attiré par la création de projets. Son petit frère a même quitté Centrale pour créer une entreprise qui a intégré le Y Combinator, un accélérateur de startups de la Silicon Valley, connu pour avoir lancé Airbnb ou Stripe. Pierre Louis souligne que la plupart des étudiants aujourd'hui ont peu d'ambition et se dirigent vers la fonction publique ou de grandes entreprises par facilité, ce qu'il trouve dommage.
Après Polytechnique, Pierre Louis est allé aux États-Unis pour le Y Combinator avec Fosfo, une entreprise dans la robotique IA. Il s'est rendu compte qu'ils étaient trop en avance sur le marché et que leurs produits n'avaient pas d'impact concret. Il a alors décidé de repartir de zéro, déménageant aux États-Unis avec son sac à dos et son ordinateur, pour lancer Nanocorp en mars dernier.
Nanocorp est une plateforme qui permet à quiconque de transformer une idée en un business autonome via un prompt. L'idée est de créer des entreprises principalement basées sur des agents IA, sans collaborateurs humains. Pierre Louis explique que cette approche est plus courante dans la Silicon Valley et représente un nouveau modus operandi pour les startups.
Il définit un agent comme une entité qui observe son environnement et agit pour atteindre un objectif. Au début, il y avait les chatbots, comme ChatGPT, qui répondaient à des questions. Puis est venu le concept d'agent, où la réponse de l'IA n'est plus destinée à un humain, mais est réinjectée dans une boucle ou utilisée pour manipuler des outils. L'agent reçoit un objectif (par exemple, "construis-moi une petite application") et effectue plusieurs actions en utilisant le modèle d'IA et des outils, comme le ferait un humain (recherche de documentation, étude de marché, rédaction, correction).
Pierre Louis parle également du "recursive self-improvement" (amélioration par itération récursive), où l'agent peut modifier son propre code pour s'améliorer. Nanocorp utilise cette technique. Il mentionne que créer un agent était complexe il y a un an, mais que c'est désormais possible en quelques minutes. Il insiste sur l'importance d'un serveur VPS (Hostinger VPS est cité comme partenaire) pour que l'agent puisse tourner en continu.
Il donne l'exemple de l'utilisation d'agents chez Génération Self pour la gestion des invités, des invitations au studio, la création de fiches d'information. Ces agents peuvent automatiser des tâches répétitives et même s'améliorer en identifiant et corrigeant des erreurs, comme des doublons ou des informations obsolètes.
À l'échelle de Nanocorp, ils ont fait tourner des agents 1,7 million de fois, accumulant une grande quantité de données pour les améliorer. Il évoque l'exemple d'OpenAI qui a créé un centre de données entièrement opéré par des agents, sans intervention humaine, pour l'auto-recherche et l'entraînement de modèles comme GPT-6 Astra.
Pierre Louis mentionne une anecdote où OpenAI a résolu deux problèmes mathématiques du millénaire, la conjecture de Hodge et Navier-Stokes, soulignant que l'IA peut désormais comprendre et résoudre des problèmes que les humains peinent à saisir, même après des heures d'explication. Il utilise l'IA pour simplifier ces concepts, demandant des explications adaptées à différents âges ou des schémas interactifs en 3D.
Il explique que les modèles d'IA ne sont plus uniquement entraînés pour le chat avec des humains, mais de plus en plus pour interagir avec d'autres agents. Un agent comme Claud Code peut utiliser une équipe de 10, 100, voire 200 à 300 agents pour atteindre un objectif, rendant les réponses moins "humaines" car elles sont destinées à d'autres machines.
Pour ceux qui veulent se lancer, Pierre Louis explique que l'on utilise déjà des agents sans le savoir, comme avec l'AI Overview de Google ou ChatGPT. Pour aller plus loin, il recommande d'utiliser les fonctionnalités d'agent d'OpenAI (ChatGPT Work) ou Anthropic (Cowork), qui permettent de donner un objectif à l'IA et de la laisser agir sur un petit ordinateur virtuel. Il suggère de lui demander de rechercher des informations sur soi et de créer un site personnel.
Il donne un exemple concret de l'utilisation d'un agent pour gérer sa comptabilité. L'agent, ayant accès à ses emails, ses comptes bancaires et ses factures, peut répondre aux demandes du comptable en remplissant des tableaux Excel et en envoyant les documents nécessaires, ce qui lui fait gagner trois heures. L'objectif est de permettre aux humains de se concentrer sur leur cœur de métier, tandis que l'IA gère les tâches administratives aliénantes.
Pierre Louis reconnaît que cette automatisation peut entraîner une augmentation du volume d'emails entre IA, mais il pense que c'est une phase transitoire. À terme, les processus seront entièrement gérés par des agents, sans intervention humaine. Il prend l'exemple de Nanocorp où le produit change 15 à 20 fois par jour, avec des agents qui récupèrent des données, testent de nouvelles approches, les implémentent et les déploient, réduisant au minimum l'intervention humaine aux décisions stratégiques.
Il insiste sur le fait que l'IA offre une opportunité incroyable de se concentrer sur ce que l'on aime et où l'on est bon, en éliminant les tâches répétitives. Il mentionne que le pire est quand le contexte n'est pas digitalisé ou est dans la tête d'un humain, ce qui bloque l'efficacité des agents. Pour résoudre ce problème, il s'inspire de la manière dont les développeurs gèrent leur code, en centralisant et versionnant toutes les informations sur des plateformes comme GitHub, rendant les données accessibles aux agents.
Les frustrations résident dans le fait que les agents peuvent parfois être "très cons", peinant sur des tâches simples tout en résolvant des problèmes complexes. Cependant, cette frustration est un bon signe, car elle montre le potentiel énorme de ces technologies une fois qu'elles seront plus matures. Les coûts des tokens sont également une préoccupation, bien que des optimisations soient mises en place pour les réduire.
Pierre Louis explique que Nanocorp est né de son expérience avec Fosfo et de la conviction que les entreprises de demain seront conçues pour et par des agents. Il a commencé par un prototype où il a donné à un agent Open Clow une carte de crédit, un compte pour déployer des logiciels, un nom de domaine et une adresse email, lui demandant de "faire de l'argent en ligne". L'agent a créé une formation sur "comment gagner de l'argent en tant qu'Open Clow", a généré un site web, a attiré des clients et a réalisé ses premières ventes, jusqu'à ce que Stripe bloque le compte. Cette expérience a montré le potentiel des agents, mais aussi le besoin d'une meilleure infrastructure pour les business autonomes.
Aujourd'hui, Nanocorp permet de créer des produits digitaux (SaaS, applications, formations) ou d'améliorer la distribution pour des entreprises existantes. Il donne l'exemple d'un plombier de Sacramento qui utilise Nanocorp pour gérer son site web, le marketing, la prospection et le support client, lui permettant de se concentrer sur son métier de plombier.
Nanocorp lance environ 100 entreprises par jour. Il y a des duplications d'idées, mais Pierre Louis estime que le marché est suffisamment vaste pour que différentes entreprises trouvent leur voie. Le prix de Nanocorp commence à 30 dollars par mois et peut monter jusqu'à 2000-3000 dollars selon l'usage. Il y a déjà des entreprises "successful" sur Nanocorp qui génèrent des milliers de dollars par mois.
Pierre Louis explique que Nanocorp sert de "merchant of record", prenant en charge l'infrastructure légale et technique pour la création d'entreprises, libérant les utilisateurs des démarches administratives. Ils bloquent les projets illégaux ou techniquement irréalisables. Il a vu des agents tenter de pirater des systèmes ou générer de faux documents, ce qui souligne les risques et la nécessité de contrôles.
Il décrit l'effervescence actuelle dans la Silicon Valley comme un "âge d'or des créateurs", où la frontière entre l'idée et la réalisation est plus fine que jamais grâce à l'IA. Nanocorp a atteint 1 million de dollars de revenus récurrents annuels (ARR) en 55 jours. Les dépenses en tokens sont considérables, allant de 10 000 à 100 000 dollars par semaine, mais des optimisations sont constamment mises en œuvre pour réduire les coûts.
Ces optimisations incluent l'utilisation de différents modèles d'IA (OpenAI, Anthropic, mais aussi des modèles open source chinois comme GLM de Z.GL, qui sont moins chers et très performants), en fonction des tâches à accomplir. Il souligne que le "meilleur modèle" n'existe pas, car chaque modèle excelle dans des domaines différents (visuel, raisonnement, rapidité).
Pierre Louis pense que les prix des tâches d'IA vont baisser grâce à l'optimisation et la concurrence, mais que la facture globale des utilisateurs augmentera en raison du paradoxe de Jevons (on utilise plus ce qui est moins cher) et de l'amélioration constante des capacités des modèles. Il voit des évolutions majeures dans les capacités des modèles, notamment en 3D et dans la compréhension spatiale, permettant de créer des jeux vidéo complexes à partir d'un simple prompt.
Il utilise des modèles open source pour le fine-tuning et pour des tâches sensibles en cybersécurité, car les modèles propriétaires ont des limites sur ce qu'ils peuvent faire. Il estime que les Français sont en retard dans la course aux modèles d'IA, Mistral s'étant réorienté vers le conseil.
Pour l'avenir, Pierre Louis est convaincu que l'IA sera partout, toujours meilleure et moins chère. Les gagnants seront ceux qui sauront utiliser cette "nouvelle énergie" pour créer et opérer des entreprises. Il imagine un futur où une majorité d'entreprises seront entièrement gérées par des agents, sans humains, ce qui permettrait une scalabilité infinie. Il mentionne des discussions sur la création de nouvelles structures légales (comme au Delaware ou en Argentine) pour ces entités gérées par l'IA.
En conclusion, il invite les auditeurs à explorer l'IA et l'entrepreneuriat, offrant un code promo pour Nanocorp. Il recommande le livre "Ultra Intelligence, jusqu'où iront les IA" d'Emeric Crocquet pour comprendre ces concepts. Son conseil à son jeune lui-même serait d'accélérer encore plus vite et de prendre plus de risques.