
Ce trader explique ce que les courtiers ne vous diront jamais
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Dans cette vidéo, Théo reçoit Elliot Ewit, un trader et investisseur à temps plein qui partage son expérience et ses connaissances sur les marchés financiers. Elliot, qui a plus de 12 ans d'expérience et a travaillé en institution à Londres, est aujourd'hui un trader indépendant basé au Panama. Il est également créateur de contenu sur YouTube, où il aborde la macroéconomie, la géopolitique, le trading et la psychologie du marché.
Elliot explique son parcours, notamment son passage du trading institutionnel au trading pour les particuliers. Il portait un masque au début de sa carrière pour séparer son activité institutionnelle, où partager son expérience aurait été mal vu, de son contenu public. Le masque est resté même après avoir quitté le monde institutionnel, Elliot y voyant désormais plus d'avantages que d'inconvénients.
La principale différence entre le monde institutionnel et celui des particuliers, selon Elliot, réside dans l'approche. Les institutions adoptent une vision macroéconomique et une analyse fondamentale globale des marchés, tandis que les particuliers ont tendance à se focaliser sur une seule stratégie, souvent sans comprendre l'évolution du marché. La gestion des risques est également beaucoup plus rigoureuse en institution, où l'erreur n'est pas permise. Enfin, le suivi de chaque transaction est systématique chez les institutionnels, alors que les particuliers ont tendance à sur-trader sans analyse approfondie, ce qui relève davantage du jeu.
Théo aborde ensuite les statistiques alarmantes de l'AMF, selon lesquelles 9 particuliers sur 10 perdent de l'argent sur le Forex et les CFD. Elliot attribue ces chiffres à plusieurs facteurs. Premièrement, la faible barrière à l'entrée du trading permet à n'importe qui d'ouvrir un compte, souvent sans prendre l'activité au sérieux, voire en tradant sur téléphone, ce qui est encouragé par les brokers qui sont rémunérés à la commission. Deuxièmement, le marché du trading est extrêmement compétitif et il n'y a pas de création de valeur à proprement parler sur le marché des changes ; c'est un jeu à somme nulle où l'argent perdu par les uns est gagné par les autres. Les nouveaux traders se retrouvent donc immédiatement en compétition avec les meilleurs. Enfin, Elliot souligne que les gens ne considèrent pas le trading comme un métier exigeant, contrairement à des professions comme médecin, qui nécessitent des années d'études et de formation. Beaucoup pensent pouvoir réussir en regardant quelques vidéos, ignorant la nécessité d'une formation sérieuse et d'une discipline rigoureuse.
Concernant l'efficience des marchés, Elliot estime que les marchés sont efficients dans une certaine mesure, mais qu'il existe de petites fenêtres (3 à 4% du temps) où ils ne le sont pas totalement. Son travail consiste à identifier ces "miss price", c'est-à-dire des moments où un actif pourrait ne pas être à son juste prix d'un point de vue probabiliste. Il insiste sur l'importance de la gestion des risques, car il se trompe souvent à court terme. Il explique que le marché est un "forward looking mechanism", reflétant les attentes futures plutôt que la situation actuelle. C'est pourquoi les meilleurs moments pour investir sont souvent ceux où les perspectives futures semblent mauvaises, car c'est ce qui explique les prix bas. Il faut comprendre le thème général du marché, identifier les éléments qui pourraient le surprendre à court terme et évaluer si ces événements remettent en question la thèse sous-jacente ou s'il s'agit juste d'un "dip" temporaire.
Elliot détaille ensuite son processus de préparation d'un trade, soulignant l'importance de préparer une stratégie de sortie avant même d'entrer en position. Son processus commence par une compréhension globale des marchés pour déterminer la direction de fond des actifs. Il cherche ensuite des inefficiences, parfois psychologiques, qui créent des mouvements de prix temporaires sans changer la tendance à long terme. Il utilise des règles d'entrée spécifiques basées sur l'analyse technique et observe ce que font les autres participants du marché, en particulier les gros acteurs qui influencent les mouvements. La gestion du risque est primordiale : il détermine un risque maximal (sa "perte R max") qu'il ne dépassera jamais. Il peut entrer en une seule fois ou "scaliner" sa position, c'est-à-dire l'augmenter progressivement si le marché confirme sa thèse. Il a également un plan de sortie avec un prix cible, mais il est prêt à couper une position plus tôt si un mouvement impulsif rend la gestion du risque trop complexe.
Concernant les horizons de temps, Elliot distingue le scalping (quelques minutes), le day trading (quelques heures) et le swing trading (quelques jours à une ou deux semaines). Son trading actif sur les devises est principalement du swing trading (3-10 jours), bien qu'il puisse faire des petits scalps autour de nouvelles économiques inattendues ou de "fat fingers" (erreurs de saisie). Il ne recommande pas le scalping à temps plein, car le broker est le principal gagnant en raison des commissions élevées sur les nombreuses transactions.
Elliot explique ensuite le fonctionnement du trading sur marge (levier). Il prend l'exemple d'une action à 100 dollars : avec un levier x10, un gain de 100 dollars devient 1000 dollars, mais une perte de 5 dollars devient 50 dollars (-50% de l'investissement initial). Si l'action chute à 90 dollars, l'investisseur perd tout son capital initial. En trading, où les mouvements en pourcentage sont souvent faibles, le levier est utilisé pour amplifier les gains. Cependant, la taille de la position est toujours calculée par rapport à un stop-loss (prix d'invalidation) pour limiter la perte maximale.
Pour la gestion des risques après l'entrée en position, Elliot ne se base pas sur des montants arbitraires de gains ou de pertes. Il coupe une position si sa thèse est invalidée par de nouvelles données ou si la position devient ingérable en raison d'une volatilité excessive. Contrairement à l'investissement long terme, il déconseille de "moyenniser à la baisse" en trading, car cela signifie généralement que la thèse initiale ou l'entrée était mauvaise. Il préfère "scaliner à la hausse", c'est-à-dire renforcer une position si le marché lui donne raison. Son objectif principal en tant que trader est de "survivre" en évitant les catastrophes, plutôt que de maximiser les gains.
Sur les traits de personnalité, Elliot insiste sur la capacité à se gérer émotionnellement. Il estime que tout le reste s'apprend, mais que la discipline émotionnelle est cruciale. Les personnes explosives ou avec un ego démesuré sont vouées à l'échec sur les marchés. Il faut accepter d'avoir tort et ne pas avoir peur de remettre en question sa propre thèse. Il recommande de toujours prendre du recul et d'analyser une situation sous différents angles, même en cherchant à "démonter" sa propre idée pour en vérifier la solidité. Elliot avoue ressentir toujours de la peur ou du FOMO (Fear Of Missing Out) après plus de 10 ans de trading, mais il a appris à contrôler ces émotions.
Concernant la répartition de son patrimoine, Elliot trade activement avec seulement 10 à 15% de son capital, car le levier rend inutile d'immobiliser plus d'argent. Le reste est investi à long terme de manière passive, principalement dans des ETF pour la diversification. Il pratique un DCA (Dollar Cost Averaging) plus avancé, ajustant ses investissements en fonction des moyennes à long terme du marché, en profitant des périodes de pessimisme injustifié. Il détient également des obligations d'État américaines pour la gestion de trésorerie et en tant que "cash pour le crash", afin d'avoir des liquidités à déployer lors de corrections importantes. Il s'expose aussi aux cryptomonnaies, notamment le Bitcoin, mais avec une gestion rigoureuse en raison de leur volatilité. Il met en garde contre le fait de s'attacher émotionnellement à un actif et de ne pas tenir compte des valorisations actuelles, qui peuvent déjà refléter les bonnes nouvelles.
Elliot n'investit pas dans l'immobilier, qu'il juge peu liquide et dont les rendements actuels ne sont pas attractifs par rapport à d'autres placements, sauf en cas d'avantage compétitif (contacts, connaissances) qu'il ne possède pas. Il considère l'immobilier comme exigeant en gestion et pas toujours passif. Il ne s'intéresse pas non plus au private equity ou au private credit en raison de leur illiquidité et du manque de contrôle sur ses investissements, préférant rester fidèle aux actifs très liquides qu'il maîtrise.
Pour l'investissement à long terme, Elliot observe que le marché US est actuellement sur un momentum très fort, en fin de cycle, qui est souvent la période la plus explosive. Cependant, les valorisations actuelles (PE à 26 pour le S&P 500) suggèrent un "10 forward return" proche de zéro, ce qui pourrait annoncer une décennie perdue entre 2030 et 2040. Il conseille de rester investi sur le marché US, mais avec une part significative en obligations, dont les rendements sont actuellement supérieurs aux attentes des actions à 10 ans. Il recommande de conserver des liquidités ("cash pour le crash") pour investir agressivement lors des "dips". Il suggère également de s'intéresser aux marchés émergents, notamment en Amérique latine, qui pourraient surperformer pendant les périodes de faiblesse du marché américain, malgré une volatilité plus élevée.
Enfin, Elliot aborde la question fréquente de la légitimité des traders qui proposent des formations. Il explique qu'il consacre ses matinées au trading actif et que ses après-midis sont libres. Créer un business basé sur son expertise et sa passion est une manière logique et épanouissante de diversifier ses revenus, tout en permettant de rencontrer des gens et de partager ses connaissances. Il perçoit la vente de formations comme une façon d'être rémunéré pour la recherche qu'il effectue déjà pour son trading. Pour distinguer les formateurs légitimes des charlatans, il conseille de s'éduquer un minimum pour évaluer la pertinence de ce qui est dit, et de considérer l'ancienneté et la réputation de la personne, car le temps finit toujours par révéler la vérité.