
Comment l'Etat français fonce vers la faillite.
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Bonjour à tous et bienvenue à l'Institut des libertés pour un nouveau délit d'opinion. Nous allons faire l'enterrement de la dette française. Je vais m'efforcer de faire des prévisions économiques, ce qui est difficile car il y a une infinité de paramètres qui varient de façon incohérente. La seule certitude est que les prévisions ne se réaliseront pas, mais il est important de définir des scénarios pour estimer ce qui est probable ou improbable.
Tout d'abord, dressons le tableau de notre situation financière et budgétaire. La dette française est de 3500 milliards d'euros, soit environ 115% du PIB. La charge d'intérêt, qui nous intéresse particulièrement, est de 65 milliards d'euros et devrait doubler d'ici 2030. Il y a quelques années, elle était d'environ 30 milliards, elle a déjà doublé en 3-4 ans et risque de doubler à nouveau. La dette augmente beaucoup plus vite que le PIB et la croissance, nous sommes donc dans ce qu'on appelle une trappe à dette.
Je vais d'abord brosser un portrait général de l'évolution des choses depuis 10 ans, puis examiner les estimations d'autres organismes avant de présenter nos propres modèles.
L'évolution de la dette publique en valeur absolue ne fait qu'augmenter. Elle est passée de 2190 milliards en 2016 à 3460 milliards fin 2025, soit une hausse de 1300 milliards en 9 ans. Le ratio dette sur PIB stagne globalement à 115%, mais il a augmenté ces deux-trois dernières années.
Concernant le produit intérieur brut et la croissance économique, nous avons une croissance assez faible, autour de 1% à 1,5% quand tout va bien. Pour référence, aux États-Unis, 2% est considéré comme faible, tandis que chez nous, c'est stratosphérique. La croissance a été fortement impactée par le Covid en 2020-2021, avec une récession de 7,4% suivie d'un rattrapage de 6,9%. Depuis, nous sommes à environ 1,2% pour 2025. Cette donnée est d'ailleurs flatteuse, car une partie de cette croissance est due au secteur public (salaires, employés municipaux). Pour être honnête, il faudrait regarder la dette sur le PIB du secteur privé, mais les statistiques fiables manquent. La situation est probablement bien pire qu'elle n'y paraît.
La situation du déficit public français, en valeur absolue, était contenue entre 2016 et 2019, aux alentours de 55 à 80 milliards. La tendance était à la réduction, mais c'était trompeur car les taux d'intérêt étaient à zéro, ce qui réduisait la charge de la dette. Au lieu de faire des économies, nous avons continué à dépenser. Le déficit a explosé avec le Covid, atteignant 200 milliards, et n'a pas été résorbé depuis, restant autour de 150-170 milliards pour 2024 et 152 milliards pour 2025. Cette légère baisse entre 2024 et 2025 est due à une hausse des impôts plutôt qu'à une baisse des dépenses, ce qui risque d'être payé par une récession l'année suivante. Nous restons à 5,1% de déficit par rapport au PIB, loin de la rigueur budgétaire prônée. Nous n'avons jamais essayé de diminuer les dépenses, toujours augmenté les recettes, en ciblant les "riches". Mais si les riches s'en vont, la base fiscale diminue et les prix augmentent pour les autres. L'histoire ne montre pas d'exemples de déficit budgétaire durablement réduit par une hausse des impôts. Augmenter les impôts transfère l'argent du secteur privé, qui sait quoi en faire, au secteur public, qui en fera "n'importe quoi", ralentissant la croissance et créant un besoin d'augmenter encore les impôts. La seule façon de réduire les déficits est de couper dans les dépenses inutiles, ce que nous refusons de faire.
L'évolution du rendement de l'OAT à 10 ans, la dette française émise à 10 ans, est un facteur clé. Il y a une dizaine d'années, jusqu'en 2022, les taux étaient extraordinairement bas, une anomalie économique. Depuis, ils ont drastiquement augmenté, atteignant 3,8% aujourd'hui. C'est la donnée presque principale de notre sujet, car c'est le roulement de la dette, avec une moyenne de 8,2 ans, qui va faire exploser la charge de la dette, même si notre situation budgétaire s'améliorait. La croissance et la réduction des déficits auront finalement peu d'incidence sur la taille réelle de la charge des intérêts. Nous sommes dans une situation où la dette est devenue tellement importante que c'est sa charge qui nous fait couler. La charge d'intérêt, au plus bas à 29 milliards en 2020, est passée à 60 milliards en 2024 et 65 milliards en 2025, et pourrait atteindre 80 milliards en 2027. Le mécanisme est le suivant : si la dette a une maturité moyenne de 8 ans et que pendant cette période, les taux d'intérêt sont à zéro, la charge de la dette devient nulle. Mais maintenant, les taux augmentent. Nous sortons d'une période d'éclaircie de 2015-2017 à 2023-2024. Le déficit continue d'augmenter la dette, et le taux d'intérêt moyen sur cette dette ne cesse d'augmenter, créant un double effet exponentiel.
Cette situation a des implications sur les déficits. La charge des intérêts de la dette est une dépense non modulable, contrairement à d'autres flux de dépenses. Plus cette charge représente une part importante du déficit, moins le déficit sera modulable et plus il sera difficile de le réduire. Si elle atteint 80 milliards, elle représentera la moitié de notre déficit. Les discussions budgétaires se battent pour 7 milliards, alors que la charge de la dette augmentera de 14 à 15 milliards par an. C'est une gestion insensée.
Passons aux estimations de divers organismes. L'Agence France Trésor publie un rapport annuel avec des projections officielles sur 5 ans. Leurs paramètres sont très optimistes : croissance du PIB réel augmentant jusqu'à 1,3% en 2029, inflation faible (1,8-1,9%), et surtout, un déficit public passant de 5% en 2026 à 2,8% en 2029, respectant les critères de Maastricht. L'OAT à 10 ans resterait stable autour de 4%. Ces projections sont incroyables, car avec l'augmentation de la charge de la dette, un tel déficit signifierait un quasi-retour à l'équilibre hors charge de la dette, ce qui est impossible. L'Agence France Trésor a toujours prévu une baisse du déficit dans ses projections, sans jamais que cela ne se réalise. C'est un scénario défiant l'imagination, et malgré cela, la charge de la dette de l'État et des administrations publiques atteindrait plus de 100 milliards en 2029, une augmentation très importante.
Le Fonds Monétaire International prévoit une croissance du PIB réel de 1,1-1,3% en 2030, un déficit public de 4% du PIB, une dette publique brute d'environ 130% du PIB, et une charge des intérêts de la dette d'environ 3,7% en 2030, soit environ 115 milliards d'euros. C'est un quasi-doublement en 4 ans, ce qui en ferait une des dépenses les plus importantes de l'État. La Cour des Comptes prévoit environ 123 milliards, mais je pense qu'ils sous-estiment la puissance du roulement de la dette, c'est-à-dire le remplacement de la dette à 0% par de la dette à 3,8%. La Banque de France et l'OFCE sont autour de 120 milliards, et l'IFRAP à 90 milliards en 2027. Les trajectoires sont similaires.
Maintenant, mes scénarios prospectifs 2025-2030. Le modèle est un cadre comptable simple et transparent, basé sur quatre paramètres : dette publique brute, PIB nominal, charge d'intérêt et déficit fin 2025. Les hypothèses macroéconomiques portent sur la croissance du PIB réel, l'inflation, la trajectoire du déficit et le taux d'émission. La mécanique du roulement est le facteur le plus important. La maturité moyenne de la dette française est de 8 ans, ce qui implique que 12,5% du stock de dette est renouvelé chaque année. Le taux moyen des dettes échues varie : 1,2% pour 2026, 0,8% pour 2027, 0,6% pour 2028 (millésime Covid avec taux nuls), 0,8% pour 2029 et 1,5% pour 2030. La différence entre ces taux et le taux actuel (3,8%) multipliée par la dette renouvelée et le déficit crée un différentiel énorme sur la charge des intérêts.
Mon scénario central (légèrement négatif) suppose une inflation très faible, une croissance du PIB réel de 1% par an, un déficit constant à 5% du PIB, et un taux marginal d'émission OAT à 10 ans constant à 3,8%. Dans ce cas, la charge des intérêts passerait de 65 milliards aujourd'hui à 82 milliards en 2026, dépasserait les 100 milliards dès 2027, atteindrait 122 milliards en 2028 (rejoignant le scénario Banque de France de 2030), puis 143 milliards en 2029 et 161 milliards en 2030. C'est notre trajectoire actuelle, ce qui impliquerait un déficit total de 270 milliards contre 150 aujourd'hui. Si le déficit total reste à 5% du PIB alors que la charge des intérêts augmente, cela signifie que le déficit hors charge des intérêts diminue, ce qui est une hypothèse plutôt positive sur l'action du gouvernement, mais rarement durable sur le long terme.
Mon scénario favorable est plus optimiste : croissance du PIB réel à 1,3%, inflation moyenne à 1,5%, réduction du déficit de 0,3 point de PIB par an (passant de 5,1% à 3,6% en 2030), et taux marginal d'émission OAT constant à 3,6%. Malgré ce scénario très positif, la charge des intérêts atteindrait 150 milliards en 2030. Cela montre la puissance du roulement de la dette : quoi qu'il arrive, même avec un scénario très positif, nous passons de 65 à 150 milliards en 5 ans.
Mon scénario négatif prévoit une croissance du PIB réel de 0,7% par an, une inflation de 1,9%, une trajectoire du déficit de +0,1 point de PIB par an (passant de 5,1% à 5,6% en 2030), et un taux marginal d'émission OAT augmentant de 0,2 point par an pour atteindre 4,6% en 2030. Dans ce cas, la charge des intérêts avoisinerait les 180 milliards d'euros en 2030. J'ai commis une petite erreur en considérant un scénario plus inflationniste comme défavorable, car l'inflation est en fait plutôt bonne pour l'État emprunteur, augmentant