
Thomas Ramos, l'homme au pied d'OR
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Thomas Ramos, joueur de rugby professionnel de 30 ans, originaire de Mazamet et évoluant au Stade Toulousain depuis l'âge de 16 ans, partage son parcours, ses réflexions et ses expériences. Il se considère aujourd'hui comme un Toulousain, ayant passé plus de la moitié de sa vie dans cette ville où il a construit sa famille, étant marié à Sophie et père d'une petite fille prénommée Ava.
Son palmarès est impressionnant : champion de France en 2019, 2021, 2023, 2024 et 2025. Il ne lui manque que l'année 2020, année où le championnat a été arrêté à cause du Covid. Il souligne que son club cultive une forte aversion pour la défaite, et que malgré les nombreuses victoires, il est essentiel de se remettre en question chaque année, car la concurrence est de plus en plus rude.
La pression médiatique est un aspect important de sa profession. Il explique que la presse peut rapidement propulser un jeune joueur au rang de star, mais aussi le faire chuter tout aussi vite s'il échoue, ce qui peut détruire une carrière si le joueur n'est pas mentalement préparé.
Il évoque sa pire défaite en équipe de France, le quart de finale de la Coupe du Monde contre les Sud-Africains en 2023, où un joueur a réussi à contrer son coup de pied, un événement qu'il n'avait jamais connu auparavant. Cette défaite l'a longtemps fait cogiter, se demandant pourquoi et comment cela avait pu arriver.
En dehors du rugby, Thomas est un passionné de golf, bien qu'il y joue modestement. Il organise même une petite compétition interne avec ses coéquipiers du club. Son taux de réussite aux tirs au but est très élevé, cette saison étant à 88%. Il vise un minimum de 85% chaque saison.
Concernant les tirs au but, il s'efforce de prendre le moins de paramètres extérieurs en compte possible pour éviter de se "faire des nœuds au cerveau". Il a travaillé pendant deux ans avec un préparateur mental pour rester concentré et dans sa bulle, quelle que soit la pression ou le contexte du match. Il prend en compte la météo, notamment le vent, mais fait abstraction de tout le reste. Sa routine est essentielle et doit se répéter, peu importe la situation. Il utilise des méthodes simples pour évaluer le vent, comme jeter des brins d'herbe.
Il se présente comme un joueur qui aime analyser le jeu et anticiper les mouvements adverses, ce que son poste d'arrière lui permet de faire. Il n'est pas un joueur axé uniquement sur le défi physique en raison de son gabarit, et privilégie l'évitement et l'instinct. Il estime que l'entraînement est crucial pour développer cet instinct, en s'autorisant à tenter des choses nouvelles et inattendues. L'avantage d'avoir un effectif stable au Stade Toulousain est que les joueurs se connaissent parfaitement, ce qui facilite les actions audacieuses à l'entraînement et en match.
À 30 ans, Thomas réalise qu'il fait partie des "anciens" de l'équipe et que sa carrière approche de sa fin. Il espère que ses meilleures années, souvent situées entre 27 et 28 ans, se poursuivront encore quelques années. Cette prise de conscience le pousse à redoubler d'efforts, à s'entraîner davantage et à chercher des outils externes pour maintenir sa performance.
Il souligne la difficulté de la saison de rugby, qui dure 11 mois, avec des matchs intenses en Top 14 et en Coupe d'Europe, sans compter les périodes internationales. Le niveau de jeu est particulièrement élevé en matchs internationaux, nécessitant une récupération différente. Il explique le concept de "temps de jeu effectif" (ball in play) qui est plus élevé en Coupe d'Europe.
Les périodes de doublon, où le championnat continue malgré l'absence des joueurs internationaux, sont un défi pour le club. Le Stade Toulousain s'appuie sur son centre de formation pour pallier ces absences, formant des jeunes qui sont prêts à prendre le relais. Thomas est fier de voir ses coéquipiers performer pendant ces périodes, prouvant la profondeur et la qualité de l'effectif.
Interrogé sur son image de "chambreur", il avoue que la perception médiatique est parfois déformée. Il préférerait que les votants des articles le fassent à découvert pour pouvoir répliquer. Il lit la presse mais la considère parfois injuste et peu nuancée, notamment concernant les performances des joueurs. Il souligne que la presse a le pouvoir de faire monter et descendre les joueurs très rapidement, ce qui peut être destructeur si le joueur n'est pas préparé mentalement.
Il évoque le cas d'Henry Arundell, un joueur qui aime provoquer et se montrer, ce qui n'est pas commun dans le rugby. Thomas apprécie l'échange sur le terrain mais a l'impression que Arundell n'aime pas être provoqué en retour. Il souligne que même si certains joueurs sont détestables sur le terrain, ils peuvent être de très bonnes personnes en dehors.
Concernant l'entraînement, la vidéo est un outil essentiel pour analyser les adversaires et préparer les matchs. Les coachs montrent les forces et faiblesses des équipes adverses, et les joueurs blessés sont parfois impliqués dans la présentation des joueurs clés adverses. Il explique que le rugby français est en avance en Coupe d'Europe, avec beaucoup de clubs français titrés. L'intégration d'équipes sud-africaines dans la compétition pose des défis logistiques et de récupération.
Les données personnelles des joueurs sont suivies de près : poids quotidien, courbatures, qualité du sommeil. Bien que certaines données soient déclaratives, l'honnêteté est encouragée pour éviter les blessures. Les GPS et les brassières mesurent les kilomètres parcourus, les contacts et la fréquence cardiaque pendant les entraînements et les matchs. Thomas consulte ses propres données pour mieux comprendre sa récupération.
La paternité a eu un impact sur son sommeil, surtout pendant les périodes où il était absent pour les tournées internationales. Il reconnaît la force de sa femme Sophie qui a dû gérer seule les premières nuits difficiles. Il a appris à se coucher plus tôt pour optimiser son sommeil, réalisant l'importance d'un sommeil réparateur pour la performance.
Il s'est investi avec sa femme dans une association de soutien aux femmes atteintes d'endométriose, une maladie gynécologique invisible et douloureuse qui touche sa femme. Il souhaite apporter une voix différente à cette cause, soulignant que l'entourage des femmes atteintes souffre également et a besoin de soutien. Il espère que sa notoriété dans le rugby pourra aider à sensibiliser et à briser les tabous.
Il reconnaît que le milieu du rugby est encore très macho et qu'il est difficile pour les joueurs de faire leur coming out, contrairement au rugby féminin où c'est plus accepté. Il espère qu'un jour un joueur pourra s'exprimer librement sans crainte de jugement.
Concernant ses coups de pied, il a beaucoup tapé étant jeune, jusqu'à 60-70 tirs au but par semaine. Cependant, après une expérience en prêt à Colomiers où un entraîneur lui a conseillé de ne pas taper la semaine s'il réalisait un 100% le week-end, il a changé sa méthode. Il ne fait désormais que 8 tirs au but par semaine, s'appuyant sur les années de répétition et sa connaissance de son corps. Il s'entraîne en mettant de l'enjeu, par exemple en faisant des concours avec des jeunes pour les motiver.
Pour les débutants, il conseille de prendre plaisir, de finir son geste vers sa cible et de se créer une routine précise. Il a lui-même travaillé ses routines les yeux bandés pour maîtriser la régularité de ses pas d'élan.
Son coach mental l'a aidé à accepter la pression et à faire abstraction des éléments extérieurs, en utilisant la métaphore d'un interrupteur "on/off" et une respiration profonde pour se concentrer. Il a également utilisé la visualisation pendant une blessure au poignet, ce qui lui a permis de revenir sur les terrains sans appréhension.
Il souligne l'importance des routines de mobilité et de récupération, qu'il a commencé à adopter plus tard dans sa carrière, regrettant de ne pas avoir écouté les conseils des anciens plus jeune.
Pour l'après-carrière, il souhaite d'abord profiter pleinement de la fin de sa carrière de joueur. Il est également impliqué dans l'immobilier, ce qui lui permet de s'ouvrir à d'autres domaines. Il est attiré par le secteur du rugby pour transmettre ses idées et faire évoluer le sport, mais envisage aussi une année sabbatique pour profiter de sa famille.
Son expérience en prêt à Colomiers a été un tournant. Il y est parti avec de l'appréhension mais a été très bien accueilli, ce qui lui a permis de s'exprimer pleinement et de revenir au Stade Toulousain avec plus de confiance et de détermination.
Il recommande le livre "L'art de la victoire" sur la fondation de Nike. S'il pouvait donner un conseil au jeune Thomas, ce serait "Crois en toi", car le doute a été un frein au début de sa carrière.
Sa pire défaite reste le quart de finale de la Coupe du Monde 2023. En club, il cite une demi-finale de Coupe d'Europe contre le Leinster où il avait fait un match moyen, écopant d'un carton jaune qui a coûté cher à son équipe.
Ses plus belles victoires sont la naissance de sa fille Ava, qui le comble de bonheur, et son premier titre de champion de France avec le Stade Toulousain, un rêve d'enfant devenu réalité. Il n'envisage pas de participer aux JO en rugby à 7, le jeu étant trop différent du rugby à 15.
Thomas Ramos est un joueur complet, conscient de ses forces et de ses faiblesses, constamment en quête de progression, tant sur le plan technique que mental.