
Laurent VOULZY se confie sur sa foi, son père absent et les voix qui lui ont inspiré Jeanne
Audio Summary
AI Summary
Laurent Voulzy se livre dans une interview où il aborde son nouveau livre, "Caché derrière", co-écrit avec sa compagne Isor Le Faou. Il y révèle des aspects inédits de sa vie, lui qui a toujours été réservé et pudique. Le livre est né après plusieurs refus de sa part de raconter sa vie, qu'il ne trouvait pas assez intéressante. C'est Isor qui l'a poussé à se confier, ayant déjà écrit un texte sur ses premières années qui l'avait profondément touché. L'écriture à quatre mains a été une révélation pour lui, le remuant comme s'il lisait l'histoire de quelqu'un d'autre. Il a ainsi pu raconter des choses jamais dites auparavant.
L'écriture du livre lui a permis de mieux comprendre certains de ses comportements. Il réalise par exemple que sa timidité et son complexe d'enfant sont liés à une enfance ballottée de nourrice en nourrice, le laissant avec le sentiment de n'être jamais vraiment à sa place. Cette discrétion forcée, couplée à quelques "colibets" reçus enfant en raison de sa couleur de peau (alors moins courante qu'aujourd'hui), a forgé une timidité profonde. Il raconte l'anecdote de voisins qui, voyant qu'il était celui qui descendait les poubelles, murmuraient des remarques désobligeantes. Cette timidité se manifeste encore aujourd'hui par une panique à l'idée de traverser une salle de cinéma ou de restaurant quand la lumière est allumée. En revanche, monter sur scène ne lui procure pas cette même angoisse.
Laurent Voulzy a été élevé par un beau-père, sa mère étant tombée enceinte en Guadeloupe hors mariage, une situation mal acceptée à l'époque, ce qui l'a menée à Paris. Son beau-père menait une double vie, passant la semaine avec sa famille et les week-ends avec eux, créant un environnement en apparence normal mais en réalité complexe.
Malgré une enfance qui aurait pu engendrer de la colère, Laurent Voulzy dégage une grande douceur. Il explique ne s'être jamais posé la question de l'origine de cette douceur, qu'il attribue à son tempérament. Il se décrit comme un garçon timide, doux, parfois chef de bande mais jamais méchant. Son aversion pour les conflits et sa peur de dire non sont des traits de caractère qui lui ont parfois joué des tours, le plaçant dans des situations difficiles et affectant parfois son entourage. Il avoue s'énerver rarement, préférant apaiser les situations.
Laurent Voulzy confie aspirer à devenir un être spirituel, car l'invisible, l'infini et les questions existentielles occupent une place très importante dans sa vie. Il est en quête constante et soupçonne l'existence de bien plus que le monde visible. Il prie tous les jours Dieu, la Sainte Vierge, Jésus, ainsi que pour les défunts et les malades. C'est pour lui un devoir, et il ressent un vide s'il ne le fait pas. Il pratique également la méditation pour faire le vide.
Il est émerveillé par la beauté du monde, tout en étant horrifié par la laideur de certains comportements humains. Il respecte les incroyants, mais les interroge sur leur conscience de l'infini et de l'éternité, des concepts que l'esprit humain peine à appréhender. Il se dit attiré par l'idée de devenir moine, mais reconnaît son attachement aux plaisirs terrestres comme les voitures anciennes, les guitares, la scène, le succès. Il a d'ailleurs une chanson intitulée "Le ciel m'attire et la terre me tiraille", reflétant ce tiraillement. Il a été bouleversé par des rencontres avec des moines et des sœurs, notamment au Mont Saint-Michel, trouvant extraordinaire leur don de soi. Il est convaincu qu'à la fin de la vie, la chose la plus importante est la main qui nous tient.
Il raconte une anecdote intrigante : une nuit, alors qu'il travaillait sur l'album "Lys et Love", il a entendu une voix murmurer le prénom "Jeanne". Ce prénom, qui lui semblait banal, est devenu lumineux et a inspiré la chanson éponyme. Alain Souchon, à qui il a raconté l'histoire, a simplement trouvé l'idée bonne. Plus tard, alors qu'il cherchait l'inspiration, Alain Souchon l'a aidé à écrire les paroles de cette chanson émouvante.
Quelques années plus tard, lors d'un repérage au Mont Saint-Michel pour un concert, il rencontre une sœur. Elle lui révèle avoir travaillé sur sa maison en Bretagne en tant qu'architecte avant de changer de vie. Quand il lui demande son prénom, elle répond "Jeanne". Pour Laurent Voulzy, c'est un signe, une synchronicité, un événement qui le conforte dans sa croyance en l'irrationnel et aux choses invisibles. Il note d'ailleurs ses synchronicités.
Il évoque une autre expérience troublante à Béthune, dans un hôtel qui était un ancien monastère. Endormi avec un livre, il rêve d'une petite fille traversant la chambre. Il ouvre les yeux et voit cette même petite fille d'une dizaine d'années, vêtue d'une robe de nuit blanche, glisser jusqu'à la porte et disparaître. Il ne sait si c'était une illusion mais l'expérience l'a profondément marqué, sans être négative. Il lui arrive également d'avoir des "rêves éveillés" au moment de s'endormir, où il entend des voix lui dire des choses importantes, comme l'annonce du décès de son frère.
Il croit fermement qu'il existe des choses que la science n'explique pas encore, rejoignant Edgar Morin qui reconnaissait l'existence de phénomènes mystérieux et inexplicables. Dans une société rationnelle qui chasse l'irrationnel, Laurent Voulzy estime que cela fait peur à beaucoup de gens.
Il parle de la perte de son frère, très apprécié, et de sa mère, décédée il y a 3-4 ans. Il lui a d'ailleurs consacré les derniers mots de son livre, décrivant sa douleur comme la plus profonde qu'il ait connue. Il évoque sa mère avec un sourire, se souvenant de sa vitalité, de son amour de la danse même à 90 ans, et de son humour. Sa mère était très croyante, aux esprits, une influence des Antilles qui l'a aussi façonné. Il a rêvé d'elle quelques temps après sa disparition, dansant avec elle, se sentant dirigé par elle, un rêve qu'il a noté mais jamais raconté publiquement.
Passionné par les rêves, il a créé un site appelé "R Dream" pour collecter les rêves des gens et chercher des corrélations, par exemple avec les phases de la lune ou des événements prémonitoires. Des chercheurs de la Salpêtrière se sont montrés très intéressés par cette initiative.
Abordant des sujets plus sombres, Laurent Voulzy confie n'avoir jamais appelé son père biologique "papa". Il l'a rencontré seulement quelques fois, la première à 15 ans. Il n'a jamais pu l'appeler ainsi, ayant un beau-père qu'il considérait comme son père. Il ne se souvient pas avoir demandé à sa mère pourquoi elle lui avait donné le prénom de son père, Lucien, alors qu'elle gardait une grande amertume envers lui, malgré un amour certain. On lui dit souvent qu'il ressemble à son père en vieillissant, ce qui ne le déplaît pas car il était un bel homme.
Il raconte un moment fort en Guadeloupe, à 35 ans, lors d'un repas avec son père. En le voyant saisir une carafe, il a remarqué la ressemblance frappante entre leurs mains. Ce geste banal lui a fait réaliser qu'il était aussi issu de cet homme, un moment émotionnellement intense. Il a toujours gardé une certaine distance avec son père, influencé par l'amertume de sa mère. Leurs conversations sont toujours restées superficielles.
Il se souvient d'une visite à son père mourant à l'hôpital, accompagné de son jeune fils Quentin. Tenant la main de son fils et celle de son père, il a vécu un moment très fort. Il a regretté de n'avoir jamais eu de conversation profonde avec son père, de ne pas lui avoir posé de questions sur leur histoire.
Dans son enfance, un bruit de machine chez sa nourrice, alors qu'il était laissé seul dans le noir, l'a terrifié. Cette peur du noir et une appréhension irrationnelle face aux présences surnaturelles l'ont suivi toute sa vie. Il ferme toutes les portes et volets quand il est seul dans une maison, craignant davantage une apparition fantomatique qu'une intrusion naturelle.
Il a également eu une expérience de sortie de corps, ou voyage astral, qu'il a tenté de provoquer après avoir lu des livres sur le sujet. Il a ressenti son corps se soulever, puis s'est retrouvé en catalepsie, incapable de bouger, avec un sifflement aigu dans l'oreille. À son réveil, il se souvenait d'une vision très précise d'une maison et d'un arbre avec une lueur bleue. Plus tard, en racontant cette expérience à un ami, il a réalisé que la première vision correspondait à la maison de l'oncle de son ami, validant pour lui cette expérience irrationnelle. Il estime que tout le monde a des dons médiumniques, mais qu'on n'y prête pas attention.
Concernant la vie après la mort, il se pose des questions, n'étant pas sûr de la survie de l'âme, tout en étant attiré par les écrits mystiques. Il lit beaucoup de mystiques chrétiens et bouddhistes, se disant que ces penseurs ne pouvaient être idiots et qu'il doit y avoir quelque chose. Il a une forte tendance à vouloir y croire.
Chanter dans les cathédrales est pour lui une quête spirituelle, une façon de se connecter à l'invisible. Il cite Alain Souchon qui, en entrant dans une église, a "moins peur de la mort". Il a co-écrit un livre sur les cathédrales avec Laurent Geoffrin, s'occupant de l'aspect invisible tandis que Geoffrin se concentrait sur le visible. Ces lieux le passionnent depuis l'âge de 16 ans.
Lors de l'incendie de Notre-Dame de Paris, il a ressenti un signe, la "futilité du monde" et une invitation à prendre conscience de ce qui est essentiel. La chute de la flèche, alors que le monde entier s'était uni dans l'émotion, a été un symbole fort pour lui, comme si la cathédrale disait "Arrêtez vos conneries". Il est sceptique quant à un changement durable dans les comportements humains après cet événement, car les émotions intenses sont souvent éphémères.
Il croit aux extraterrestres, considérant l'immensité de l'univers et le nombre incalculable de galaxies comme une preuve que nous ne pouvons être les seuls êtres intelligents. Il imagine qu'une invasion extraterrestre pourrait être le seul événement capable d'unir l'humanité et de mettre fin aux conflits.
Laurent Voulzy préfère les chiffres impairs. Le chiffre 1, l'unique, lui fait dire qu'il ne se souvient pas s'être senti profondément seul, sauf peut-être enfant, ou lors de son renvoi du lycée. Le chiffre 3, symbole de l'équilibre instable, évoque des périodes chaotiques dans sa vie affective, notamment après son premier mariage, où il a vécu une double vie, se sentant mal à l'aise avec lui-même et faisant du mal à autrui.
Concernant les cinq sens, le parfum de sa mère et l'odeur de son oncle (mélange de Palmals et d'un parfum inconnu) sont des souvenirs olfactifs marquants. Une odeur particulière d'un chemin en Bretagne l'a transporté 30 ans en