
“Life in Europe is too comfortable”: Cristina Caffarra’s wake-up call
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Dans cet échange passionnant, Cristina Caffarra, docteure en économie d'Oxford et professeure à UCL, partage sa vision sur la nécessité pour l'Europe de passer de la passivité à l'action, notamment dans le domaine technologique. Elle fonde et préside la fondation EuroStack Initiative, dont la mission est de donner à la technologie européenne les moyens d'atteindre son potentiel.
Cristina Caffarra critique la stratégie européenne des 25 dernières années, axée sur la régulation des géants technologiques américains. Elle estime que cette approche, centrée sur la pensée magique que la régulation suffirait à bâtir une industrie, est erronée. Réguler Google Search ou l'App Store d'Apple ne crée pas de cloud ou d'industrie logicielle européenne. Pour elle, réguler n'est pas construire, et il faut une approche agressive et proactive.
Elle déplore l'absence d'une véritable union des marchés de capitaux et d'un marché unique fonctionnel en Europe, des éléments qu'elle estime essentiels et improbables à voir réalisés de son vivant. Face à cette situation, elle prône une action résolue avec les moyens existants, car l'Europe possède une richesse de compétences et de capital, mais ne parvient pas à les faire circuler efficacement en s'attaquant au mauvais problème.
L'économiste dénonce l'"Effet Bruxelles", popularisé par une universitaire de Columbia, qui valorisait l'Europe comme pionnière de la régulation. Elle considère ce concept comme une catastrophe pour l'Europe, car il détourne l'attention de la création et de l'exportation de produits innovants vers une simple validation de l'activité réglementaire. Elle appelle à s'émanciper d'une vision "infantilisée" où la Commission européenne serait vue comme une "maman" devant agir pour les citoyens. Elle souligne que les bureaucrates et juristes de la Commission manquent d'expérience entrepreneuriale et de capital, et ne comprennent pas les enjeux techniques, comme l'illustre une confrontation entre ingénieurs d'Apple et juristes de la Commission.
Cristina Caffarra insiste sur le manque de maturité et de responsabilité du secteur privé européen, qui s'auto-infantilise. Elle affirme que ce qui fait tourner le monde, c'est le profit, et que les valeurs seules ne suffisent pas à construire une entreprise. Le financement, la construction et les principes économiques de base sont primordiaux. Elle exhorte à arrêter de considérer les régulateurs et les gouvernements comme la solution, critiquant le "paquet souveraineté" de la Commission européenne comme décevant et plein de promesses vagues. Elle souligne le temps perdu dans des processus législatifs longs et le rôle de l'écosystème des lobbyistes et think tanks qui s'auto-entretient autour de la régulation.
Elle ne croit pas en une amélioration radicale du système européen actuel, citant l'exemple d'un accord entre six grands pays européens sur un marché financier, qui s'est soldé par une promesse de le faire "dès que ce sera réalisable", c'est-à-dire jamais. Face à cette inertie, elle plaide pour que les financeurs investissent directement dans les meilleures entreprises. Concernant les entrepreneurs bloqués par la réglementation, elle ne comprend pas cet argument, rappelant qu'Amazon s'est implanté en Europe en 2005 sans que la réglementation ne les arrête. Elle met en garde contre l'utilisation de la réglementation comme excuse pour l'inaction.
Comparant l'Europe aux États-Unis, elle note que les Américains ne se demandent pas ce que Washington peut faire pour eux, mais agissent directement pour vendre leurs produits. Elle cite l'exemple du Texas qui, face à la question des minerais critiques, décide de les extraire et de construire une raffinerie. Elle rejette fermement l'idée que l'Europe soit une "puissance moyenne", la qualifiant de superpuissance qui doit agir comme telle. Elle attribue le manque de dynamisme européen à une vie trop confortable, un manque de faim et d'urgence.
Elle est fière de l'Europe et rejette les critiques comparant l'Europe à des villes en déclin aux États-Unis. Elle voit une évolution positive dans la prise de conscience autour de la souveraineté, autrefois mal comprise et maintenant au centre des préoccupations. Elle observe un sentiment de fierté grandissant chez les Européens, attribuant en partie ce changement d'état d'esprit à des figures comme Donald Trump et Poutine. Elle rappelle l'héritage historique de l'Europe en tant que puissance immense, avec des empires comme ceux des Néerlandais, de la France et du Royaume-Uni, et affirme que cet ADN est toujours présent et qu'il suffit de l'activer. Le mot qui lui vient à l'esprit pour décrire l'Europe est "Espoir". Elle conclut en encourageant à ne pas renoncer à l'Europe, qui est formidable.