
Peut-on régler le problème des retraites?
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L'Institut des Libertés, désormais l'Université de l'Épargne, aborde un sujet crucial : l'avenir du système des retraites en France et la nécessité pour les individus de prendre en main leur propre épargne. Le constat est sans appel : le système par répartition, tel qu'il existe, est structurellement déficitaire et voué à l'échec, notamment en raison de la baisse de la démographie.
**Le Déficit Réel des Retraites : Une Réalité Masquée**
Les chiffres officiels du Conseil d'Orientation des Retraites (COR) font état d'un déficit de seulement 6 milliards d'euros pour 2023, avec des projections atteignant 13 milliards en 2030 et 30 milliards en 2045. Cependant, cette vision est qualifiée de "mignonne" et "alarmiste" par les intervenants, qui s'appuient sur des analyses plus poussées, notamment celles de Jean-Pascal Befrayet. Selon lui, le déficit réel était de 69 milliards en 2023, 81 milliards en 2024 et atteindra 87 milliards en 2025. Ce déficit représente près de la moitié du déficit public global et environ 3% du PIB.
Cette divergence s'explique par la méthode de calcul. Les chiffres officiels tendent à masquer la réalité en faisant porter le déficit sur les administrations publiques. Jean-Pascal Befrayet, lui, consolide les comptes, prenant en compte l'ensemble des dépenses (427 milliards d'euros prévus pour 2025) et les sources de financement. Il révèle qu'un déficit brut de 87 milliards est constaté, dont 85 milliards sont théoriquement couverts par des subventions des administrations publiques. Mais ces administrations, déjà en déficit, sont contraintes de combler le manque à gagner des retraites, ce qui creuse le déficit global.
De plus, le service de la dette publique, estimé à 2,8% du PIB, s'ajoute au déficit des retraites. Ensemble, ces deux postes représentent près de 5,6% du PIB, expliquant la quasi-totalité du déficit budgétaire. Nicolas Dufourc, dans son ouvrage "La dette sociale de la France", souligne que sur les 3500 milliards d'euros de dette publique en 2025, environ 2000 milliards correspondent à des prestations sociales versées au fil des décennies, dont une large part est liée aux retraites.
**L'Échec Politique et l'Urgence Ignorée**
Le problème des retraites n'est pas nouveau. Il est identifié depuis les années 1990, avec le Livre Blanc de Michel Rocard. Pourtant, malgré cette prise de conscience précoce, les décideurs politiques ont systématiquement évité d'y apporter des solutions durables, privilégiant l'électoralisme. Les intervenants critiquent un manque de courage politique, une tendance à raconter des "blagues" aux Français pour préserver leur siège, et une incapacité à attaquer le problème à la racine.
**Les Fondements du Système par Répartition et ses Limites**
Le système de retraite par répartition français a été créé en 1945, succédant à des systèmes antérieurs plus basés sur la capitalisation. Si la capitalisation présentait des fragilités à court terme (crises financières, guerres), elle reposait sur l'idée que l'épargne individuelle générait un rendement futur. Le système par répartition, en revanche, fonctionne sur un principe de solidarité intergénérationnelle : les actifs cotisent pour payer les retraités actuels.
Ce modèle, qualifié de "flux tendu", a fonctionné tant que la démographie était favorable : une forte natalité assurait un nombre suffisant de cotisants pour un nombre relativement faible de retraités. L'espérance de vie était plus basse, et l'âge de départ à la retraite plus précoce.
Cependant, ce système est intrinsèquement incompatible avec une baisse de la démographie. L'allongement de l'espérance de vie et la chute de la natalité inversent le rapport cotisants/retraités. En 1980, 4,5 actifs soutenaient un retraité ; en 2012, ce ratio était tombé à 2 ; aujourd'hui, il est de 1,7. Ce déséquilibre rend le système intenable à long terme.
De plus, le système par répartition n'est pas un système de propriété. L'argent cotisé ne revient pas directement au cotisant, mais sert à payer les retraités actuels. L'idée de "j'ai cotisé, donc j'ai droit" est une illusion. Il s'agit d'un transfert d'argent entre générations, et lorsque le nombre de "grands-pères" dépasse celui des "petits-fils", le système s'effondre.
**Les Conséquences de la Baisse de la Natalité**
La faible natalité est identifiée comme la cause principale de l'aggravation du déficit des retraites. L'historique montre une chute drastique après 1945, suivie d'un baby-boom, puis d'une décrue constante. Cette situation a des répercussions sur le financement des retraites, forçant une augmentation des taux de cotisation. En 1975, le taux de cotisation était de 15% ; il est aujourd'hui proche de 28%. Cette augmentation ne suffit pas à combler le déficit, qui est de plus en plus reporté sur les administrations publiques, et in fine sur la dette.
**Inégalités et Niveau de Vie des Retraités**
Le système par répartition génère des inégalités entre générations. Les générations actuelles de retraités ont largement bénéficié d'un système plus favorable, avec un taux de récupération (montant perçu par rapport aux cotisations versées) plus élevé. Les baby-boomers touchaient en moyenne 2,8 fois ce qu'ils avaient cotisé, tandis que les générations nées plus tard verront ce ratio chuter à 1,4. Le rendement annuel moyen pour les générations nées en 2000 est estimé à 0,3%, contre 2% pour celles nées en 1945.
Parallèlement, le niveau de vie relatif des retraités en France est élevé, voire supérieur à celui de la population active, contrairement à la moyenne européenne où les retraités sont plus souvent exposés au risque de pauvreté. Ce constat soulève une question d'équité : il est jugé immoral que ceux qui ne travaillent plus vivent mieux que ceux qui ont des charges (crédits, enfants). Cette situation, couplée à une fiscalité lourde pour les actifs, contribue à décourager la natalité.
**La Capitalisation : Une Alternative Viable mais Négligée**
Face à l'échec du système par répartition, la capitalisation est présentée comme une solution. Ce système, où l'épargne individuelle est investie pour générer des rendements, est souvent décrié par les partisans du système par répartition, mais les chiffres montrent son efficacité. Même dans des périodes défavorables, un investissement sur le long terme dans des indices boursiers (comme le S&P 500) a généré des rendements réels supérieurs à ceux du système par répartition pour les générations les plus récentes.
Le portefeuille "Permanent" de Harry Browne est présenté comme une stratégie d'investissement robuste et peu risquée. Il combine quatre classes d'actifs (cash, obligations, actions, or) rééquilibrées périodiquement. Cette approche, basée sur le principe de ne pas choisir, permet d'obtenir des rendements réels satisfaisants (environ 4% par an) avec une volatilité maîtrisée, surpassant souvent les rendements des fonds de pension et les performances des retraites par répartition.
**Les Obstacles à la Réforme et l'Indépendance Financière**
Le principal obstacle à la mise en place de solutions efficaces réside dans l'opinion publique et la classe politique. Les Français sont favorables aux réformes mais hostiles aux changements qui les affectent directement. La question de l'âge de départ à la retraite est le seul paramètre évoqué, alors qu'il est impopulaire et ne résout pas le problème structurel. L'idée d'un système permettant de mieux vivre en travaillant moins et en partant plus tôt est éludée.
Les élites politiques, syndicales et économiques ont tout intérêt à maintenir le système actuel, qui leur assure un contrôle et un monopole. L'indépendance financière des citoyens, notamment par l'épargne et l'investissement, est perçue comme une menace à leur pouvoir.
**L'Appel à l'Action Individuelle**
Face à cette situation, l'Université de l'Épargne encourage les citoyens à prendre leur avenir financier en main. Il s'agit de :
1. **Reconnaître la taille du problème :** Le système de retraite actuel est insoutenable.
2. **Investir son épargne :** La capitalisation offre des rendements supérieurs et plus sécurisés sur le long terme que le système par répartition.
3. **Créer des incitations fiscales :** Des dispositifs comme le PEA (Plan d'Épargne en Actions) devraient être développés et rendus plus avantageux pour encourager l'épargne individuelle.
4. **Adopter une stratégie d'investissement simple et efficace :** Le portefeuille de Browne est une option accessible.
5. **Ne pas attendre une solution collective :** L'indépendance financière se construit individuellement.
L'accent est mis sur la nécessité de sortir du paradigme de la défiance envers l'investissement et de reconnaître que le plus grand risque est de ne rien faire et de compter sur un système défaillant. Les femmes sont particulièrement encouragées à prendre en main leur épargne, statistiquement plus performantes dans la gestion financière. L'objectif est de permettre à chacun de construire sa propre sécurité financière, indépendamment des défaillances du système étatique.