
Les conseils de santé mentale d'un psychiatre - Dialogue avec le Dr Cyril Mach
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Dans cet épisode, Fabrice Midal, philosophe et auteur, reçoit le psychiatre Cyril Mac pour aborder la souffrance psychique, la santé mentale et les défis liés à leur compréhension et leur traitement. Ils discutent des injonctions au bonheur et au bien-être, de la stigmatisation de la maladie mentale et de l'importance des relations humaines dans le processus de guérison.
Fabrice Midal et Cyril Mac commencent par critiquer le discours ambiant sur le bien-être, qui, selon eux, cache une grande détresse. Les injonctions constantes au bonheur et à la détente créent un sentiment d'échec programmé, car il est impossible de maintenir un équilibre parfait face aux événements de la vie et au malheur du monde. Cette dichotomie entre l'injonction au bien-être et la confrontation permanente au malheur génère de l'anxiété et un sentiment d'anormalité chez les individus. Le discours psychologique ambiant laisse entendre que si l'on va mal, c'est que l'on a un problème, alors que la souffrance fait partie des épreuves de la vie.
Cyril Mac souligne que la manière dont les médias parlent de "santé mentale" est trompeuse. Il propose de remplacer cette expression par "maladie mentale", car parler de santé mentale, c'est souvent déjà être au seuil de la maladie. Cette "novlangue" déforme la réalité et empêche de nommer les choses telles qu'elles sont, ce qui est source de conflit psychique et de souffrance. Il donne l'exemple d'un patient souffrant de dépression liée au stress au travail. Le simple fait de nommer sa souffrance comme une "maladie au travail" l'a apaisé et lui a permis de donner du sens à ce qu'il vivait, légitimant ainsi sa détresse.
L'intervention d'un tiers est jugée décisive pour la reconnaissance de la souffrance. Le fait qu'un médecin ou un psychiatre valide la souffrance d'une personne permet à celle-ci de se reconnaître et de ne plus se sentir coupable ou faible. Cette reconnaissance apaise, contrairement aux injonctions à "être meilleur" ou à "se détendre". Cyril Mac insiste sur le fait que l'entreprise, souvent un "gouffre sans fin", peut dévorer les individus. Il est crucial de ne pas laisser trop de soi-même dans un problème, surtout au travail, et de savoir s'en extraire pour ne pas s'enfermer dans un combat dévorant. Les ressources personnelles doivent servir à sortir de la difficulté, et non toujours à l'attaquer de front.
Le travail du psychiatre, selon Cyril Mac, consiste à nommer les problèmes, mais surtout à pointer les ressources des patients, des ressources dont ils sont souvent coupés. Il s'agit de moduler le rapport que les patients entretiennent avec le problème, en le regardant sous un autre angle ou avec plus de recul. L'objectif n'est pas de devenir un "surhomme" par des efforts individuels, mais de vivre confortablement, en lien avec les autres, dans une "horizontalité" relationnelle.
La stigmatisation de la maladie psychique est un obstacle majeur à l'accès aux soins. Contrairement aux maladies physiques comme le diabète, la maladie mentale est souvent perçue comme honteuse, renforçant l'idée qu'il faut s'en sortir seul. Cette perception est ancrée dans l'histoire, les hôpitaux psychiatriques étant autrefois des asiles. Cyril Mac souligne que demander de l'aide n'est pas un signe de faiblesse, mais une démarche essentielle, tout comme consulter un cardiologue pour un problème cardiaque.
Il illustre cela avec l'exemple d'un patient souffrant d'un trouble anxieux généralisé et d'attaques de panique. La reconnaissance de sa souffrance comme une maladie identifiée et connue l'a soulagé, lui permettant d'entamer un processus de soin. Nommer les choses, c'est aussi normaliser la souffrance et ouvrir la voie aux traitements.
Fabrice Midal et Cyril Mac abordent ensuite les principales souffrances psychiques.
L'angoisse n'est pas toujours pathologique, mais elle le devient lorsqu'elle est constante, difficile à apaiser et qu'elle impacte le fonctionnement quotidien. Elle se manifeste par des ruminations, des craintes de l'avenir, des pensées négatives et des réactions physiques (sueurs, palpitations). Le traitement implique la reconnaissance de cette souffrance et la mise en perspective des pensées angoissées.
La dépression est un état durable de souffrance psychique, caractérisé par une humeur dépressive, de la tristesse, des pleurs et une douleur morale intense. Elle affecte également le corps (fatigue, sommeil non récupérateur). Elle est multifactorielle, résultant de prédispositions biologiques (dysfonctionnements cérébraux), de la capacité d'adaptation psychologique et de l'environnement (solitude, isolement). Le traitement combine médicaments et travail sur les aspects relationnels.
La bipolarité est un trouble de l'humeur caractérisé par des phases dépressives et des phases d'exaltation ("manie" ou "hypomanie"). Ces phases hautes peuvent se manifester par une excitation, une irritabilité, un manque de sommeil sans fatigue, des projets grandioses et des conduites à risque. Le diagnostic peut être long (plus de 10 ans) car les phases d'hypomanie sont parfois perçues comme "payantes" (grande énergie, créativité) et les patients ne les identifient pas toujours comme problématiques. Le traitement de la bipolarité diffère de celui de la dépression, nécessitant des régulateurs d'humeur. Un mauvais diagnostic peut aggraver la situation.
Le manque d'accès aux psychiatres et la tolérance à la souffrance psychique contribuent à la difficulté de soigner certaines dépressions et bipolarités. Les patients consultent souvent trop tard, et l'accès à des techniques comme l'électroconvulsivothérapie ou la stimulation magnétique transcrânienne est limité. Cyril Mac insiste sur la légitimité de toute souffrance qui pousse quelqu'un à consulter, rejetant l'autodisqualification de sa propre douleur.
Il est essentiel de consulter lorsque le fonctionnement habituel est perturbé ou lorsque l'entourage proche alerte.
Cyril Mac explique son engagement sur les réseaux sociaux par le constat que les patients manquent d'informations simples et essentielles sur la maladie psychique. Il souhaite démystifier les troubles (bipolarité, cyclothymie) et les traitements (antidépresseurs), souvent entourés de fausses idées (peur de la dépendance). Il s'agit de fournir des informations accessibles qui répondent aux questions fréquentes et de contrer les injonctions permanentes au bonheur.
En conclusion, Cyril Mac met l'accent sur l'importance primordiale des relations humaines. Il considère que l'être humain est un être relationnel, et que l'équilibre psychique repose sur une coexistence harmonieuse entre la relation à soi, la relation aux autres et la relation au monde. La confiance en soi, par exemple, naît de la relation, de l'autre qui nous dit "Tu peux". Le travail thérapeutique consiste à explorer ces dimensions relationnelles, à identifier les ressources et à aider les patients à se reconnecter à ces liens vivants, y compris ceux avec des personnes disparues, pour se réaligner et rebondir face à la souffrance.