
Il a vendu plus de 6 MILLIONS de livres sans aucune méthode - David Foenkinos
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David Foenkinos, écrivain et réalisateur, se décrit comme un Scorpion ascendant Scorpion, un signe de paradoxe qui aime l'ombre et la lumière. Il trouve dans l'écriture un exutoire à cette dualité. Son processus créatif est marqué par l'insomnie, qu'il considère comme faisant partie intégrante de sa méthode. Il peut écrire pendant de courtes périodes, parfois plus productives que de longues sessions. Il n'a pas de méthode rigide, s'adaptant à chaque livre.
Trois livres ont particulièrement marqué sa vie : "La Délicatesse", "Charlotte" et "Vers la beauté". "La Délicatesse" a rencontré un succès inattendu, devenant numéro un des ventes et restant lu vingt ans après. "Charlotte", un livre en vers sur Charlotte Salomon, une peintre oubliée, a bouleversé les lecteurs et a été étudié en milieu scolaire. "Vers la beauté", un livre douloureux sur une agression sexuelle, a connu un succès tardif grâce à TikTok, touchant un public jeune.
Foenkinos ne crée jamais un livre pour le simple fait d'écrire ; chaque œuvre correspond à quelque chose qui l'anime profondément. Il n'hésite pas à explorer des thèmes variés et à se réinventer constamment, passant de la comédie au drame. Il a connu la violence d'un succès public après des années de publications confidentielles, les mêmes critiques qui l'avaient encensé se retournant contre lui. Cependant, il a appris à se libérer du jugement des autres et à apprécier la chance de vivre de sa passion.
Son parcours d'écrivain a débuté à 16 ans, suite à une grave maladie et une opération du cœur. Hospitalisé pendant des mois en 1991, sans téléphone portable ni nombreuses chaînes de télévision, il a trouvé refuge dans la lecture. Cette période a déverrouillé sa sensibilité et l'a poussé à écrire. Il a lu Kafka, Dostoïevski, Sagan, Gary, et Milan Kundera, qui est devenu un personnage de son premier roman et qu'il a eu la chance de rencontrer.
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il ne lisait pas beaucoup avant sa maladie, se limitant aux livres scolaires avec souffrance. Il est aujourd'hui touché de voir ses livres étudiés dans les écoles et de rencontrer des élèves à qui il confie ne pas avoir été un lecteur assidu. Il souligne l'importance de la curiosité pour un écrivain, encourageant à explorer des films et des livres hors de ses préférences habituelles, et à interroger les gens sur leur vie. Ses propres enfants, un fils de 24 ans et une fille de presque 12 ans, le nourrissent de leurs découvertes, créant une "éducation inversée".
Après le bac, il a fait des études de lettres à la Sorbonne, sans ambition de devenir écrivain. Il écrivait des lettres, puis des nouvelles, avant de se lancer dans les romans. Cette période a été marquée par la solitude et la frustration de ne pas plaire sentimentalement, ce qui l'a poussé à se plonger dans la connaissance. Il a vécu cinq ans dans un petit appartement avec un ami, travaillant dans un restaurant et donnant des cours de guitare pour pouvoir lire et écrire.
Il a longtemps écrit sans montrer ses textes à personne, sans ambition concrète. Ses premiers livres étaient marqués par l'absurde et le surréalisme. Au fil du temps, il a évolué vers plus de profondeur, de mélancolie et de réalisme. Il n'est pas attiré par la science-fiction ou le fantastique, préférant le réalisme.
"La Délicatesse" a été son huitième livre, celui qui lui a permis de vivre de la littérature. Il se renouvelle constamment, ne reproduisant jamais ce qu'il a déjà fait. La réinvention est un thème central de ses œuvres et de sa démarche. L'écriture lui offre une liberté totale, qu'il soit dans son lit ou en marchant, une "part de lui qui vit presque d'une manière autonome la littérature". Contrairement au cinéma ou au théâtre, où il est tributaire de nombreuses personnes, la littérature est son "paradis de la solitude", une conversation avec soi-même. Cependant, il ne la considère pas comme un travail totalement solitaire, car le livre crée un point de rencontre avec le lecteur.
Il n'a jamais été particulièrement ambitieux, cherchant seulement à avoir un espace pour sa création. Il a connu des salons du livre où il ne vendait que deux exemplaires en deux jours, mais il restait heureux, considérant chaque expérience comme un bonus de survivant après sa maladie.
Ses parents, d'un milieu modeste, lui ont offert des voyages aux États-Unis grâce au travail de son père, commercial pour le matériel de tours de contrôle. Ces voyages dans les années 80 ont été une chance incroyable, lui offrant un contraste avec son quotidien en HLM.
Parmi ses livres qui ont marqué sa vie, "La Délicatesse" a été numéro un des ventes pendant un an et demi en France. "Charlotte" a remporté le prix Renaudot des lycéens et a permis de faire découvrir l'œuvre de Charlotte Salomon. "Vers la beauté", un livre sur l'agression sexuelle, a trouvé un écho important auprès des jeunes grâce à TikTok. Il a également écrit "La vie heureuse", inspiré d'un rituel coréen où l'on vit son propre enterrement.
Ses premiers romans, jugés trop absurdes, ne sont plus mis en avant, mais il les regarde avec tendresse. "Le potentiel érotique de ma femme" a été son premier succès, en partie grâce à son titre. Il ne se préoccupe pas du nombre de ventes, mais de la nécessité du livre et de son implication dans le sujet. Il a appris que le succès est imprévisible et qu'il ne faut pas se fier aux prédictions.
Il a toujours été publié chez Gallimard. "La Délicatesse", tiré à 4 000 exemplaires en 2009, n'était pas un livre sur lequel l'éditeur misait particulièrement. Le soutien de Bernard Pivot et d'Olivier de Lamberterie a joué un rôle clé. Le livre a ensuite connu un succès fulgurant en poche, pendant le tournage de son adaptation cinématographique avec Audrey Tautou et François Damiens.
David Foenkinos se définit avant tout comme un auteur-écrivain, même si le cinéma lui manque. Il ne pourrait pas vivre sans la littérature. Il ne craint pas l'intelligence artificielle, pensant que les gens auront toujours besoin d'échanges, de vérité et de spectacle vivant, où la beauté réside dans la réalité de la création humaine.
Il ne jette pas d'idées, mais s'il est bloqué sur un livre, il peut mettre de côté un projet pendant des mois, comme ce fut le cas pour "Je suis drôle" ou "Charlotte". Il est obsédé par ses sujets et ne peut pas vivre sans une idée. Il se décrit comme un sprinteur plutôt qu'un marathonien, travaillant avec une énergie intense et impulsive.
L'écriture est pour lui un combat permanent entre le doute et la confiance en soi, la force et la fragilité. Il se laisse guider par son intuition, comprenant parfois ses livres après les avoir écrits. Il ne planifie pas excessivement, se fiant à une "élection du corps" qui le pousse vers un sujet. Il ne partage pas ses projets en cours, gardant ses idées dans une "bulle" intime.
Il est conscient que la création peut s'arrêter à tout moment, comme en témoignent les biographies d'artistes qu'il aime lire. Chaque fois qu'il termine un roman, c'est un soulagement et un bonheur, car il n'y a pas de savoir-faire acquis dans l'écriture. Il est même plus acharné dans sa création aujourd'hui qu'à ses débuts.
Il a connu un échec important avec une série qu'il a co-écrite avec Florian Zeller, malgré la présence d'Adrien Brody. Les grandes plateformes privilégient désormais les séries sans noms connus, rendant difficile le montage de projets avec des stars.
David Foenkinos est un auteur populaire et pointu, ayant traversé des périodes de mépris du succès. Il a appris à se libérer du jugement et à apprécier le lien avec ses lecteurs, une source d'émotion et de bonheur. Il ne se met pas la pression de dépasser ses succès passés, se concentrant sur la nécessité de chaque nouveau livre.
Il se nourrit des parcours de vie des autres, comme ceux de Romain Gary, Arnold Schwarzenegger ou Sylvester Stallone, qui se sont réinventés à plusieurs reprises. Il voit dans la réinvention de soi et le changement de trajectoire un thème central de ses livres et de notre époque, où les vies sont moins linéaires et les gens cherchent davantage le bonheur et l'épanouissement.
Si une idée de livre l'obsède, il la poursuit jusqu'à ce qu'il voie une "forme géométrique" se dessiner dans sa tête, un "rond" qu'il doit atteindre pour être en paix. Son prochain roman, "Mon meilleur ami", explorera le drame sentimental d'un homme amoureux de la femme de son meilleur ami. Il sortira en février, juste avant la Saint-Valentin.