
J’ai peur mais j’y vais… Ça m’a couté très cher - Audrey KALVIKOWSKI
AI Summary
Voici un résumé détaillé de l'entretien avec Audrey Calvikowski, coach émotionnelle, fondé exclusivement sur le contenu de la transcription fournie.
**Le parcours : de l'enseignement à l'accompagnement émotionnel**
Audrey Calvikowski a exercé pendant plus de dix ans comme professeure d'éducation physique et sportive (EPS). Cette expérience a été le socle de sa pratique actuelle. Pour elle, l'enseignement est une forme d'accompagnement visant à transformer l'élève, à l'amener d'un point A à un point B. Dans le cadre scolaire, elle se percevait comme un « OVNI » car elle intégrait déjà la dimension émotionnelle dans ses cours. Contrairement aux salles de classe traditionnelles où les émotions ont peu d'espace, le terrain de sport est un lieu où les conflits et les ressentis émergent naturellement. L'EPS lui permettait d'accueillir ces émotions pour faire bouger les élèves ou, au contraire, pour les temporiser.
**La vision des neuroatypies : sortir des étiquettes**
Aujourd'hui coach spécialisée, Audrey Calvikowski porte un regard nuancé sur les étiquettes telles que le Haut Potentiel Intellectuel (HPI), le Trouble du Déficit de l'Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) ou l'hypersensibilité. Elle observe une forme de « mode » autour de ces termes, utilisés parfois pour justifier certains comportements. Elle distingue clairement deux catégories : les handicaps, comme le TDAH ou les troubles du spectre autistique (TSA), et les caractéristiques de fonctionnement, comme le HPI ou l'hypersensibilité.
Elle insiste sur le fait que l'on ne « souffre » pas d'hypersensibilité. Pour elle, l'hypersensibilité est un trait qui demande un « entretien » régulier, au même titre que le corps physique. La souffrance souvent associée à cet état provient généralement d'un sentiment d'incompréhension qui génère de la colère. Le travail consiste alors à réguler cette colère pour favoriser la connexion avec l'autre plutôt que de s'enfermer dans l'isolement. Elle refuse de réduire un individu à son trouble ou à une simple fonction cérébrale.
**La science de la régulation émotionnelle**
Le cœur de son expertise réside dans la « régulation » émotionnelle, un terme qu'elle préfère à celui de « gestion ». Scientifiquement, une émotion est un état physiologique passager qui dure environ six secondes. Si une émotion persiste, elle devient un sentiment. Ce sentiment est alimenté par le discours intérieur, c'est-à-dire l'histoire que l'individu se raconte sur ce qu'il ressent.
Pour réguler une émotion, il faut d'abord l'accueillir sensoriellement. Audrey Calvikowski observe que les personnes neuroatypiques ont tendance à analyser mentalement leurs émotions au lieu de les ressentir physiquement. Sa méthode consiste à ramener la personne à ses sensations corporelles, à laisser passer la « vague » physiologique (comme une décharge d'adrénaline) jusqu'au bout des orteils. C'est ce lâcher-prise hormonal qui permet de ne pas stocker l'émotion dans l'amygdale cérébrale.
**La méthode de coaching et le travail sur les croyances**
Son approche pédagogique est pluridisciplinaire et s'adapte au profil de chaque client (visuel, auditif, etc.). Le travail se concentre sur le discours présent. En repérant les mots-clés et les répétitions dans le récit du client, elle identifie les croyances limitantes. Elle utilise la métaphore du « t-shirt » : une croyance est comme un vêtement que l'on porte depuis l'enfance ; il est utile au début, mais finit par devenir trop étroit à l'âge adulte. Il ne s'agit pas de déconstruire le passé de manière psychologique, mais de changer ce « t-shirt » pour adopter des croyances plus adaptées aux besoins actuels.
Elle souligne que nos conditionnements ne viennent pas uniquement des parents, mais de toutes nos interactions avec l'environnement. Le coach aide à identifier ces schémas pour renforcer ce qui fonctionne déjà chez l'individu plutôt que de chercher à tout reconstruire.
**La gestion de la colère et des peurs**
Concernant la colère, elle l'analyse comme une émotion « écran » qui masque souvent d'autres besoins ou blessures. Elle invite ses clients à s'interroger sur le bénéfice secondaire de cette colère : à quoi sert-elle ? Que permet-elle d'éviter ?
Elle partage également son expérience personnelle avec la peur. Longtemps, elle a agi malgré une anxiété profonde qu'elle niait ou minimisait, un trait renforcé par un TDAH non diagnostiqué à l'époque. Aujourd'hui, elle s'efforce de « chercher » ses peurs pour les laisser la traverser consciemment, afin d'éviter qu'elles ne soient stockées physiquement. Elle considère qu'il est normal et sain de ressentir de la peur face à l'inconnu.
**L'épreuve du cancer : un catalyseur de changement**
Un tournant majeur de sa vie a été la confrontation avec un cancer de stade avancé. Cette épreuve a été une leçon de résilience. Elle rejette l'idée de culpabiliser les malades en les rendant responsables de leur pathologie. En revanche, elle prône la responsabilité de ce que l'on fait de la maladie. Pour elle, ce ne fut pas un « cadeau mal emballé » (expression qu'elle juge parfois artificielle chez certains thérapeutes), mais un « level up », un accélérateur qui a révélé la nécessité de changer de rythme de vie.
C'est suite à cette épreuve et à la période du Covid qu'elle a décidé de quitter la sécurité de l'Éducation nationale pour créer sa propre structure. Elle a dû travailler sur son propre « syndrome du sauveur », une posture qu'elle adoptait trop souvent en tant qu'enseignante.
**Le regard sur le système éducatif**
Forte de son expérience, elle pose un diagnostic sévère sur l'Éducation nationale, qu'elle juge « malade » et inadaptée aux besoins actuels. Elle déplore le manque de moyens et les classes surchargées qui empêchent une prise en charge correcte des profils atypiques. En tant que coach, elle récupère ces enfants en souffrance pour les aider à trouver leurs propres ressources au sein du système. Elle les encourage à ne plus attendre tout de l'enseignant, mais à devenir acteurs de leurs apprentissages en faisant des liens avec leur future vie.
**Conclusion et philosophie de vie**
Audrey Calvikowski conclut sur une note d'authenticité et de générosité. Inspirée par le souvenir de sa mère, elle souhaite simplement « faire le bien » à travers un accompagnement professionnel rigoureux. Ancienne gymnaste, elle applique aujourd'hui les principes d'équilibre et de régulation qu'elle pratiquait sur les agrès à la vie émotionnelle de ses clients. Elle consulte à distance ou dans son cabinet à Pau, avec pour mission d'aider chacun à décoder les messages cachés derrière ses émotions.