
Émeutes, IPO SpaceX, LMNP : comment la foule vous appauvrit
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Dans cet épisode du podcast "10 M pour 10 millions d'euros capital optimal", Fadber Lin et Hugo, en compagnie de Rémy de Truchis de Varen (alias Rémy Double Particule), discutent du livre "Psychologie des foules" de Gustave Le Bon, écrit en 1895. Ils analysent comment les enseignements de ce livre sont plus pertinents que jamais à l'ère des réseaux sociaux, en particulier dans le domaine de l'investissement.
Rémy de Truchis de Varen, fondateur de Parlons Long Terme Family Office et auteur de "Surperformer en bourse avec les Small Cap", souligne l'intemporalité du livre. Il explique que la foule, dans le jeu de l'argent, agit comme un joueur homogène, dont les comportements sont si similaires qu'il est souvent possible de s'enrichir en faisant l'inverse de ce qu'elle fait. Il mentionne le mimétisme, introduit par René Girard, où les gens désirent ce que l'autre possède plutôt que l'objet en soi.
Hugo ajoute que le livre est d'autant plus pertinent aujourd'hui, car en 1895, une foule était une entité physique, tandis qu'aujourd'hui, des centaines de milliers de personnes peuvent former une foule virtuelle sur les réseaux sociaux, rendant la manipulation des foules plus aisée et les individus plus assujettis au conformisme. Il évoque les parallèles avec la société moderne, notamment les mouvements progressistes qui cherchent à remplacer le passé, et l'importance de comprendre ces dynamiques pour les stratégies d'enrichissement.
Le podcast met en lumière le risque accru de basculer dans la foule à cause de la digitalisation. Rémy insiste sur le fait que la foule donne du courage aux opinions faibles, alors que la constitution de capital exige la solitude d'un jugement et une position contrariante. La foule additionne les voix mais soustrait le jugement.
La discussion aborde la définition de la foule. Gustave Le Bon la caractérise par une incapacité de volonté durable et de pensée. L'unité mentale, où l'individualisme est retiré, et l'émergence d'un esprit commun, un dénominateur émotionnel partagé, sont les éléments clés qui la définissent. La foule abandonne l'intérêt personnel et la raison au profit de l'émotion.
Rémy et Hugo citent Le Bon : "Les foules ne pouvant penser que par des images ne se laissent impressionner que par des images." Ils soulignent que les hommes croient être convaincus par des arguments, alors qu'ils sont souvent saisis par des images, une réalité amplifiée par les réseaux sociaux. Celui qui veut transmettre doit condenser la vérité en image, mais celui qui veut décider doit résister aux images séduisantes et se concentrer sur le concept et la méthode. La capacité à suspendre son jugement pour une réflexion profonde et stratégique est une compétence entrepreneuriale primordiale, qui manque souvent aux foules.
Rémy insiste sur le fait que la plupart des gens n'ont pas conscience de leur inconscience, ce qui les empêche de s'enrichir. L'inconscience des phénomènes de masse et la perte de souveraineté individuelle sont des obstacles majeurs. Le Bon affirme que "les foules accumulent non l'intelligence mais la médiocrité", la médiocrité étant la moyenne. Rémy fait le parallèle avec la pauvreté capitalistique en France, où 99,9% des joueurs du jeu de l'argent sont financièrement pauvres, car ils n'ont pas de capitaux significatifs. Pour sortir de cette pauvreté, il faut cesser de penser en groupe.
L'intelligence de groupe est jugée inférieure à l'intelligence individuelle. Le Bon écrit que "les décisions d'intérêt général prises par une assemblée d'hommes distingués mais de spécialités différentes ne sont pas sensiblement supérieures aux décisions que prendrait une réunion d'imbéciles." Cette liberté d'expression, où l'on pouvait "insulter le peuple", est mise en contraste avec l'autocensure actuelle.
Les introductions en bourse (IPO) sont un exemple concret de phénomène de foule. Rémy mentionne l'IPO de SpaceX, qui a généré un "pop" de 19% le premier jour, mais rappelle que les IPO sous-performent structurellement le marché 365 jours après la cotation. La surmédiatisation attire les foules, et les banques d'affaires sous-valorisent souvent les titres pour assurer le succès de l'IPO. Les foules investissent sans connaître les performances moyennes sous-jacentes, et achètent des entreprises à des valorisations exorbitantes, comme 100 fois le chiffre d'affaires, en se basant sur des images marketing plutôt que sur la valeur intrinsèque. L'objectif est souvent de fournir de la liquidité aux investisseurs initiaux.
La foule abandonne l'intérêt personnel, investissant sur des projets sans discernement, espérant que cela sera différent. Une bonne technologie n'est pas forcément un bon investissement, et le capitaliste doit se positionner à l'inverse de la foule. Le marketing de réseau (MLM) est un autre exemple de manipulation de groupe, où les gens abandonnent leur intelligence pour la perspective d'un gain facile et rapide, alors que l'enrichissement est généralement un jeu de très long terme.
La majorité des joueurs sont émotionnels, voire émotifs, et sont prisonniers de leurs sentiments. "On ne peut pas être émotionnel et stratégique en même temps." Plus une décision est émotionnelle, plus elle est mauvaise. La plupart des gens ont un quotient émotionnel (QE) très faible, ce qui les rend émotifs. La vraie rareté n'est pas l'intelligence émotionnelle, mais la continuité intérieure nécessaire pour ne pas abandonner une vérité au premier changement d'humeur collectif.
La foule ne connaît pas la nuance et va aux extrêmes. Ses sentiments sont excessifs et binaires (euphorie ou panique), manquant de pensée complexe. Le capital, sujet transdisciplinaire, exige une pensée complexe. En bourse, Mister Market, à court terme, réagit avec émotion, tandis qu'à long terme, il évalue la valeur intrinsèque. Les marchés peuvent rester irrationnels plus longtemps qu'on ne peut rester solvable.
L'illiquidité de l'immobilier, par opposition à la liquidité des actions, est vue comme une vertu qui évite de s'emballer et de faire des erreurs. Les plus grands patrimoines sont illiquides, car les joueurs riches préfèrent les actifs illiquides, contrairement aux joueurs pauvres qui préfèrent le cash et les placements liquides. La complexité du capital doit être embrassée pour le comprendre.
Le prestige est un outil de manipulation des foules. Le Bon le définit comme une domination qui paralyse les facultés critiques et remplit l'âme d'étonnement et de respect. Les réseaux sociaux sont remplis d'imposteurs qui vendent du prestige, comme le montre l'exemple de l'arnaque de Bernard Madoff. Le jeu du statut est un jeu de perdants, et la recherche de prestige freine l'accumulation du capital.
Le podcast conclut sur l'importance de l'éducation et du capital humain. Les gens naissent pauvres (capitalistiquement) et le restent s'ils n'ont pas le discernement, la pensée complexe et la discipline nécessaires pour s'extraire de la foule. La psychologie est la colonne vertébrale de l'argent, et il est crucial de faire attention à sa propre psychologie et à celle du groupe. Le seul contrepoids à la foule commence à l'échelle individuelle, par une volonté durable, une méthode qui résiste aux images et une discipline froide face au bruit. Le livre de Gustave Le Bon reste un chef-d'œuvre intemporel, car la psychologie humaine, face aux phénomènes de foule, ne change pas fondamentalement, quels que soient les contextes sociaux ou démographiques.