
Are These Two The Future Of Music?
AI Summary
Rick Bat interviewe Domi et JD Beck, deux jeunes musiciens talentueux, sur leur nouvel album et leur style unique. Ils expliquent leur processus créatif et les défis rencontrés.
**Le nouvel album : un projet orchestral ambitieux**
Le nouvel album est décrit comme "chaotique" et "plein de notes". Trois des chansons comportent un orchestre complet. L'intégralité de l'album a été écrite à l'aide de Sibelius, un logiciel de notation musicale. Domi, bien qu'elle ne sache pas lire la musique, a appris à maîtriser le logiciel, tandis que JD Beck la qualifie de "gourou" dans son utilisation. Ils ont enregistré chaque instrumentiste séparément à Los Angeles, en utilisant un seul microphone binaural Neumann en forme de tête de mannequin, à l'exception d'un microphone pour la grosse caisse. Ce microphone, leur seul possession à l'époque, reproduit le son tel qu'il est perçu par l'oreille humaine. Le processus d'enregistrement a duré 110 heures.
Les parties orchestrales sont extrêmement complexes, les musiciens ayant déclaré que c'était parmi les musiques les plus difficiles qu'ils aient jamais jouées, principalement en raison des rythmes inspirés par Steve Reich et Stravinsky. Ils n'ont pas cherché à simplifier les lignes pour les musiciens, écrivant d'abord l'intégralité des parties, puis les distribuant pendant les sessions d'enregistrement. L'utilisation d'un microphone binaural a rendu le mixage "un cauchemar" en raison de l'omniprésence de la stéréo. Même les voix, enregistrées directement dans le nez du mannequin, ont dû être réduites en mono pour un meilleur rendu.
**Enregistrement des parties et processus de composition**
JD Beck a enregistré ses parties de batterie en premier, dans le studio de ses parents à Dallas, en utilisant un Neve BCM10 et des ATC. Il a enregistré chaque chanson en une seule prise, faisant des milliers de tentatives pour obtenir le résultat souhaité. Domi explique qu'ils ont passé quatre mois à composer l'album sur Sibelius, sans aucun instrument, juste un ordinateur portable. Ce n'est qu'après cette phase qu'ils ont dû apprendre à jouer leur propre musique. Domi, qui joue la basse de la main gauche, a dû réorganiser les voicings pour une seule main, car les accords qu'ils écrivent sont souvent "grands et denses", difficiles à atteindre.
**Leur style musical et leurs influences**
Ils jouent ensemble depuis janvier 2018 et leur nouvel album est publié chez Blue Note. Leur musique est une "fusion" de tous les genres qu'ils aiment. Domi a grandi avec le jazz et la musique classique, tandis que JD Beck a été influencé par le rock et le hip-hop, avant de découvrir le jazz et la musique électronique.
Domi a commencé le piano à trois ans, apprenant Bach et le jazz simultanément. Son père, non musicien, la faisait pratiquer cinq heures par jour pour lui donner une compétence personnelle et créative. À 15 ans, elle avait accumulé 25 000 heures de pratique. JD Beck a commencé la batterie à cinq ans, après avoir réalisé qu'il aimait la musique mais pas le piano. Il a joué tous les jours, sans la même rigueur que Domi, mais par passion.
**L'esthétique visuelle et la création des vidéos**
L'esthétique visuelle de leurs vidéos est inspirée par les films "Barry Lyndon" de Stanley Kubrick et "Rêves" d'Akira Kurosawa. Ils voulaient un décor naturel et grandiose, un "vaste paysage" qui évoque des sentiments et sert de toile de fond à leur musique. Ils ont utilisé l'intégralité du budget de l'album pour les vidéos, travaillant avec la cinéaste Teahila (qui a tourné en 16 mm) et le décorateur Carlos. Ils ont construit quatre décors distincts dans un entrepôt de Burbank, dont une cabane éclairée aux chandelles, en hommage à "Barry Lyndon".
Avant même d'écrire les paroles ou d'enregistrer, ils ont créé une histoire complète pour l'album, comme un scénario de film. L'illustrateur McKay a storyboardé cette histoire. Les vidéos sont toutes jouées en direct sur les pistes de l'orchestre, Domi improvisant ses solos pendant que la basse et les claviers préenregistrés de l'album se déclenchent.
**Leurs influences musicales et leur vision du son**
Leurs influences récentes incluent Hella (Zach Hill), Björk (notamment l'album "Utopia" pour ses flûtes et cymbales), et la musique électronique africaine appelée Singeli, caractérisée par des tempos très rapides (plus de 180 BPM) et des rythmes africains. Ils apprécient également Stravinsky (Orphée, Dumbarton Oaks) et des artistes de rock classique comme The Police et The Who (Quadrophenia). Ils cherchent toujours un élément distinctif dans chaque musique qu'ils écoutent, même dans les morceaux les plus inattendus. Ils citent également Wayne Shorter et Gonzalo Rubalcaba (l'album "Antiguo").
**Le concept de "maximalisme"**
Le terme "maximaliste" est souvent utilisé pour décrire leur musique, car elle semble "beaucoup" et "submergante" pour la plupart des gens. Cependant, ils ne se sentent pas personnellement maximalistes. Pour eux, le maximalisme peut être positif, cherchant à tirer le maximum de leur musique. Ils reconnaissent que la perception est subjective et dépend de l'ouverture d'esprit de l'auditeur. Leurs partitions sont effectivement très denses.
**Leurs goûts musicaux d'enfance**
Le père de Domi écoutait beaucoup Keith Jarrett (le "Köln Concert"), Pat Metheny, Oscar Peterson, Bach, le Requiem de Mozart et le Concerto pour piano n°5 de Beethoven. Il aimait aussi le rock (Rolling Stones, Led Zeppelin). Le père de JD Beck écoutait The Beatles, Led Zeppelin, The Who, du metal et Earth, Wind & Fire. Sa mère écoutait de la pop des années 80 et du hair metal (Def Leppard). Ses frères et sœurs avaient des goûts variés, allant de l'emo au hip-hop. JD a découvert le jazz par le côté fusion, avec des artistes comme Tony Williams et Weather Report.
**Le processus de mixage et les leçons apprises**
Le mixage de l'album a été un processus long et difficile, avec environ 150 versions différentes. Ils ont appris beaucoup de leçons, notamment l'importance de la production et de la post-production. Au début, ils avaient une approche "puriste", ne voulant pas altérer le son enregistré, mais ils ont réalisé qu'un album est différent d'une performance live et qu'il faut faire ce qui est bon pour la musique, indépendamment de leurs propres habitudes de jeu. Ils ont ajouté des effets sur les voix, mais ont gardé l'orchestre très "pur", sans réverbération ni égalisation, juste le son du microphone binaural.
Le mixage a été réalisé par eux-mêmes et J Lazo, Domi et JD se concentrant sur les instruments et J Lazo sur les voix. Ils ont découvert les outils d'édition et de mixage de Pro Tools, qu'ils ne maîtrisaient pas auparavant. Ils ont utilisé différents DAW (Luna pour les batteries de JD, Ableton pour les parties de Domi, Logic pour le sound design avec Zach Hill, et Pro Tools pour l'orchestre et l'édition).
Une erreur majeure a été de ne pas avoir de mixage préliminaire avant le mixage final, ce qui a entraîné des mois de travail supplémentaire. Ils ont également dû faire face à une date limite pour le vinyle, ce qui a conduit à une version légèrement différente, plus "brute", pour les acheteurs de vinyles.
Ils ont appris qu'ils ne referaient plus jamais un album entier de cette manière, préférant travailler chanson par chanson. Ils ont travaillé sans relâche pendant des mois, 12 heures par jour, sans prendre de pause, ce qui s'est avéré contre-productif.
Domi et JD Beck sont enthousiastes et un peu nerveux pour leur prochaine tournée nord-américaine en septembre.