
Saylor a vendu, et voici ce qu'on ne vous dit pas !
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Pendant six ans, Michael Saylor a prôné le "Never sell Bitcoin", se positionnant comme le défenseur ultime de la cryptomonnaie. Cependant, la semaine dernière, Strategy a vendu une partie de ses avoirs en Bitcoin, un événement qui a surpris le marché. Bien que la quantité vendue soit minime (32 Bitcoin, représentant 0,004% de leurs réserves), la réaction du marché a été disproportionnée, l'action Strategy chutant de près de 6% et le Bitcoin reculant dans la foulée.
Cette vente, d'une valeur d'environ 2,5 millions de dollars, visait à payer les dividendes versés sur les actions préférentielles de l'entreprise (STRC), une gestion de trésorerie classique et non une panique. Parallèlement, Strategy a levé 128 millions de dollars en vendant des actions ordinaires, indiquant qu'ils restent acheteurs nets de Bitcoin, leur dernier achat significatif étant de près de 25 000 BTC à la mi-mai. De plus, ces 32 Bitcoin ont été vendus en plus-value, avec un prix d'achat moyen autour de 75 700 dollars et un prix de vente avoisinant les 77 500 dollars, générant ainsi un bénéfice.
Le paradoxe réside dans la réaction du marché face à une vente apparemment insignifiante. L'argument de Saylor, "on n'achète pas pour revendre, on empile et on garde à vie", a créé un problème : les agences de notation considéraient leurs énormes réserves de Bitcoin comme illiquides, les valorisant potentiellement à zéro. La vente de ces 32 BTC prouve la liquidité et la valeur réelle de leurs avoirs, démontrant qu'ils peuvent les convertir en liquidités au prix du marché si nécessaire. C'est une démonstration de force déguisée en vente anodine. Michael Saylor a résumé cela en disant que vendre un Bitcoin pour en racheter dix revient économiquement à en acheter neuf de plus.
La vente n'est pas forcée. Le scénario redouté serait une spirale infernale où la baisse du marché obligerait Strategy à brader ses actifs. Cependant, leur dette est étalée et ils se sont financés principalement par émission d'actions. Michael Saylor a récemment remboursé 1,5 milliard de dollars de dettes arrivant à échéance en 2029, signalant une gestion prudente. La vente de ces 32 BTC est un choix de gestion, pas une contrainte, et une vente paniquée ne serait pas annoncée plusieurs semaines à l'avance. Cet argent, auparavant dormant pour rassurer les agences de notation, peut être converti en Bitcoin acheté à bas prix.
Cependant, en prenant de la hauteur, le tableau devient moins rassurant. La vente de Bitcoin brise le mantra "Never sell" qui a défini l'identité de Strategy et galvanisé sa communauté. La dernière fois que Strategy a vendu des Bitcoin, c'était en décembre 2022, au plus bas du cycle du marché. La question se pose donc de savoir si cette vente actuelle n'est pas un signal de fond.
De plus, la réserve de cash utilisée pour payer les dividendes, qui garantit le versement du STRC à 11,5% par an, a fondu, passant de 1,44 milliard de dollars à 900 millions. Cette réserve a perdu un tiers de sa valeur en quelques mois, soulevant des questions sur la pérennité des dividendes.
Le marché global ajoute à cette inquiétude. Au moment de la vente, les ETF Bitcoin enregistraient leur plus longue série de retraits, signalant un désengagement institutionnel. Le grand public s'oriente vers les actions liées à l'IA, et les institutionnels suivent cette tendance. Strategy affiche une perte latente de 10,8 milliards de dollars sur ses avoirs en Bitcoin, soit une perte de 17% sur 6 ans, tandis que le S&P 500 a plus que doublé sur la même période. L'action Strategy a perdu 77% depuis son sommet.
Ces 32 BTC ne sont pas le problème principal, mais un symptôme d'un modèle en mutation. Le modèle de Strategy reposait sur la survalorisation de son action par rapport au Bitcoin qu'elle détient, permettant de lever des fonds pour acheter plus de Bitcoin. Ce modèle nécessite un élan et des marchés de capitaux ouverts. Lorsque le Bitcoin baisse et que la prime se comprime, le moteur commence à peiner.
Michael Saylor change d'objectif, visant à faire de ses produits financiers le meilleur instrument de crédit mondial, transformant le Bitcoin en une machine à rendement pour attirer les investisseurs. Ce changement de stratégie modifie le profil de risque de l'entreprise, passant d'un pari sur le Bitcoin à une entreprise avec des obligations de dividendes, de dette à refinancer, et des engagements récurrents, dépendant de la santé des marchés de capitaux et de la demande de rendement.
Michael Saylor a déjà connu des pertes importantes par le passé, notamment durant la bulle