
Leur avance est réelle : les robots chinois vs Tesla !
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Les "World Humanoï Robot Games" à Pékin ont mis en scène des robots humanoïdes accomplissant des prouesses spectaculaires, notamment un sprint sur 100 mètres en moins de 10 secondes, soulevant la question de l'intérêt et des bénéficiaires de ce spectacle technologique. L'émission "Silicon Carnet" explore cet événement avec ses habitués : Fanny, passionnée de robotique, Lucas Gumard, patron de Corben Robotics, et Richard Détente, expert en IA.
L'événement, qui a réuni plus de 2000 robots et 51 épreuves sur cinq jours, a présenté diverses disciplines, de l'athlétisme au football robotique, ce dernier s'avérant pour l'instant assez rudimentaire. La cérémonie d'ouverture, avec une centaine de robots défilant au son d'un orchestre, a été décrite comme un "pur moment chinois". Le robot "Lightning" a fait sensation en parcourant le 100 mètres plus vite que Usain Bolt, selon les médias d'État chinois. La société H1UIT a dominé l'athlétisme avec quatre médailles d'or.
Lucas Gumard précise que la compétition était exclusivement chinoise, soulignant une orchestration visant à démontrer la suprématie technologique du pays. Fanny ajoute qu'il s'agissait de la deuxième édition de ces jeux, l'édition précédente étant moins médiatisée. Elle rappelle les prédictions de Bruno Maisonnier en 2006-2007 sur une coupe du monde de football robotique en 2018, un objectif encore lointain, le football étant l'une des épreuves les plus complexes.
Derrière ce spectacle, se cache un marché en pleine expansion. Unitree, une entreprise chinoise de robots humanoïdes, a connu une introduction en bourse fulgurante, avec une augmentation de 629% en séance et 460% à la clôture. Morgan Stanley estime que le marché des robots humanoïdes atteindra 7500 milliards de dollars d'ici 2050. Lucas Gumard nuance ces chiffres en soulignant la décorrélation entre la valorisation boursière d'Unitree et son chiffre d'affaires réel. L'entreprise vend environ 5000 humanoïdes par an pour un chiffre d'affaires estimé autour de 200 millions de dollars, alors que sa valorisation atteint 9 milliards de dollars. Le marché achète donc le potentiel futur, à l'image de l'IA, où les revenus sont souvent décorrélés de la valorisation. Les cas d'usage actuels des robots humanoïdes sont encore limités, et les démonstrations lors des Jeux Olympiques de robots relèvent davantage de tests et d'opérations de "soft power" pour la Chine. La Chine cherche à affirmer sa domination dans ce secteur, multipliant par quatre le nombre de types de robots présentés par rapport à l'année précédente.
Parallèlement, aux États-Unis, Tesla repousse la présentation de son Optimus V3, sans chiffres de production annoncés. Des entreprises comme Figure, OneX et Agility se concentrent sur des déploiements industriels, notamment dans les entrepôts.
Le spectacle des Jeux Olympiques de robots a été marqué par des moments contrastés : la performance du sprint filmée sous tous les angles, et un robot s'encastrant dans un mur, scène que Lucas Gumard qualifie de scénarisée. La Chine contrôle l'information diffusée, utilisant ces incidents pour montrer que la technologie, bien que performante, n'est pas encore parfaite, renforçant l'idée d'une opération marketing. Ces démonstrations visent à montrer les progrès réalisés, comme la capacité à courir vite et droit, tout en reconnaissant les défis liés au poids, à l'énergie et à la chaleur des moteurs. La Chine excelle dans le hardware, et les prochaines avancées porteront sur l'optimisation, les batteries et l'intelligence embarquée. L'ajout d'obstacles et de comportements anormaux rend la tâche beaucoup plus complexe, à l'instar des voitures autonomes.
Un autre élément du spectacle a été les "brancardiers" robotiques, interprétés par Richard Détente comme une recherche d'anthropomorphisme et une façon de présenter les robots comme des êtres méritant attention et émotion. Il explique que la forme humanoïde est choisie pour faciliter l'intégration dans des usines conçues pour les humains, mais elle suscite aussi l'empathie. L'idée de ne pas torturer des robots humanoïdes renvoie à des considérations psychologiques. Il compare ces démonstrations aux débuts de Boston Dynamics en 2015, soulignant que ces shows construisent la fierté de demain et une capacité à montrer les progrès réalisés, même les échecs.
Lucas Gumard précise qu'il est encore loin d'avoir un robot domestique capable de tâches quotidiennes comme plier une chemise. Cependant, il estime que les premiers cas d'usage industrialisables arriveront dans les deux ou trois ans, grâce aux progrès en IA et aux "world models". Il rappelle que Der Spiegel a qualifié ces jeux d'olympiques de "super, tous ces robots, ils savent courir, ils savent plein de trucs mais en fait ils savent rien faire au final". Il souligne cependant que des épreuves de manipulation plus fines existaient, moins médiatisées mais révélatrices de recherches visant l'industrialisation, notamment sur l'habileté des mains.
La question de la comparaison avec Usain Bolt est abordée : si ce dernier est une star du spectacle et du business, les robots le sont aussi, générant du divertissement et attirant les foules. Fanny mentionne que le principal cas d'usage actuel des robots humanoïdes est le show et la location pour des événements, une réalité qu'elle observe avec ses propres robots, qui font sensation mais n'ont pas fondamentalement évolué en termes de fonctions depuis 20 ans. L'IA qui arrive et les batteries restent les défis majeurs. L'autonomie des batteries est un problème critique, les meilleurs robots ayant environ 2 heures d'autonomie. L'efficacité énergétique humaine est comparée à celle des robots : un humain au repos consomme 60W, contre 100W lorsqu'il est énervé, tandis qu'un cerveau humain consomme 20W. Les data centers consomment des mégawatts. La Chine innove également dans la collecte et la standardisation des données des robots industriels, s'appuyant sur l'IA, ce qui rappelle les stratégies de standardisation dans d'autres domaines.
La planification chinoise dans le domaine de la robotique est soulignée. Les robots avec 2 heures d'autonomie, couplés à une IA performante, pourraient déjà accomplir des tâches. L'idée que nos enfants deviendront plombiers ou jardiniers dans 10 ans est remise en question, avec une prédiction de changements significatifs dès 5 ans. La bataille se joue dans les mains, et les États-Unis pourraient ne pas être totalement largués, avec des entreprises comme OneX développant des mains robotiques avec une grande amplitude de mouvement. L'analogie d'un humanoïde comme un ordinateur dont les interfaces sont ses mains est avancée. La capacité à brancher un câble USB-C ou à remonter une fermeture éclair est jugée plus difficile que de courir.
Sur la question de l'avance technologique des mains, les États-Unis sont jugés "complètement paumés" par rapport à la Chine. Genesis AI, une entreprise hybride (fondateurs français, américain et chinois, fonds américains, technologie chinoise, compétences software européennes et françaises), illustre cette dynamique. L'entreprise, initialement axée sur un humanoïde complet, a dû revenir à un modèle sur roulettes en raison de la complexité de la stabilité et de l'équilibre, renonçant à la forme anthropomorphe.
Concernant Elon Musk et Tesla, l'annonce d'un million de robots par an pour Optimus V3 n'a pas encore été concrétisée. Lucas Gumard explique que le défi réside dans le logiciel et le système d'exploitation propriétaire que Tesla souhaite développer. L'impossibilité actuelle d'avoir des robots totalement autonomes explique les retards. Ce pivot vers la robotique humanoïde représente un pari audacieux pour Tesla, dont la rémunération d'Elon Musk est en partie liée à ce projet. La vision d'Elon Musk d'un futur d'abondance où chaque individu aura son robot est discutée. Larry Fink interroge Musk sur la coexistence de l'abondance et du sens de la vie, ce à quoi Musk répond que cela est impossible, l'abondance impliquant une perte de liberté, comparable à celle d'un animal domestique. L'idée que le manque de contraintes et de but peut mener à une perte de sens est évoquée, un phénomène appelé "l'ormèe" où les êtres humains se ramollissent en l'absence de défis.
Une plateforme open source importante pour l'entraînement de robots, "Le Robot", dirigée par le Français Rémy Cadoret, est mentionnée. Cadoret, après avoir travaillé sur Optimus chez Tesla, a rejoint Hugging Face, rachetée par Nvidia. Le manque d'investissement français et européen dans des entreprises comme Hugging Face est regretté, malgré leur potentiel. Les investisseurs français seraient formatés à des thèses et des équipes spécifiques, favorisant les diplômés de grandes écoles, contrairement aux marchés anglo-saxons qui privilégient le background opérationnel.
Fanny présente son nouveau robot, "Richy", issu de la collaboration entre Hugging Face et Pollen Robotics. Ce robot open source lui permet d'expérimenter avec des LLM (grands modèles de langage) comme Claude ou ChatGPT, voire de créer des podcasts. L'assemblage, bien que parfois complexe, a été une expérience ludique. Elle souligne l'importance de suivre le manuel et de vérifier les connexions. Hugging Face a également annoncé un nouveau robot, le "Micro Duck", équipé de rollers, prévu pour Noël et déjà vendu pour un million de dollars, représentant environ 2000 unités. L'émission conclut sur l'enthousiasme pour ces nouvelles technologies robotiques.