
Le secret pour rester DISCIPLINÉ même quand on a envie d’abandonner
Audio Summary
AI Summary
La force mentale, loin d'être innée, se construit par l'épreuve et le dépassement. C'est la philosophie de vie et de carrière de Mathias Dendois, multiple champion du monde de BMX Flatland, qui partage son parcours exceptionnel dans cet épisode du podcast "Le Déclic". Son histoire est celle d'une passion dévorante, d'une discipline sans faille, mais aussi d'une capacité à se réinventer et à transformer les obstacles en opportunités.
Tout commence à l'âge de 12 ans, un après-midi devant l'émission "C'est mon choix" où il découvre le BMX. Ce fut le déclic. Noël 2002 marque la réception de son premier vélo, et un heureux concours de circonstances le met en contact avec un ancien champion du monde, Carlos Léal, qui devient son premier coach. Ce dernier lui enseigne les bases pendant deux ans, forgeant une passion qui se concrétise par une première victoire en compétition amateur à 14 ans. Cette sensation du podium, des applaudissements, est une révélation, un "shoot de drogue" qui le motive à poursuivre.
À 16 ans, il fait sa première compétition professionnelle, qu'il remporte. Le BMX devient alors plus qu'une passion, une véritable obsession. Il délaisse l'école, bien qu'aidé par une facilité d'apprentissage, pour s'entraîner sans relâche. Le deal avec ses parents est clair : obtenir son bac pour pouvoir ensuite tenter de vivre du BMX.
En 2007, il obtient son bac et déménage à Paris. C'est là que la réalité économique frappe. Avec un petit contrat chez Adidas et le soutien de ses parents, il peine à joindre les deux bouts, vivant avec 1400€ par mois pour couvrir toutes ses dépenses liées à sa carrière. Cette période de galère financière culmine en avril 2008 avec le quatrième déclic : Red Bull arrive en France et le signe, devenant ainsi le premier athlète Red Bull français. Ce contrat, avec un budget voyage illimité, résout ses problèmes financiers et lui permet de vivre de sa passion, même si l'entrepreneuriat n'est pas encore dans sa ligne de mire.
Ses parents, loin de s'opposer à son choix, le soutiennent pleinement, lui laissant la liberté de poursuivre sa voie. Ils n'avaient pas les moyens de financer sa carrière, le plaçant ainsi devant ses responsabilités : réussir par lui-même ou se réorienter vers des études. Il s'inscrit alors à la Sorbonne et en STAPS, mais sans jamais vraiment y assister, le BMX occupant désormais toute la place.
Le partenariat avec Red Bull s'avère déterminant. L'entreprise, historiquement pionnière dans le sponsoring des sports extrêmes, voit en lui un potentiel à développer. Ils lui offrent un cadre structurant, un pari sur l'avenir. Ce soutien lui permet de participer à toutes les étapes de la Coupe du monde, une première pour lui. En 2008, il remporte son premier titre mondial, une victoire marquante contre un favori anglais lors de la dernière étape au Japon. S'ensuivent deux autres titres mondiaux consécutifs en 2009 et 2010.
Cependant, une période plus sombre survient en 2013-2014. Une vie festive et un manque d'hygiène de vie le conduisent à dériver. La blessure à la cheville en 2014 marque un coup d'arrêt brutal. C'est là que Red Bull déploie tout son arsenal : un séjour au "Athlete Performance Center" en Autriche, un centre d'excellence doté des meilleurs spécialistes (kinés, nutritionnistes, psychologues). Ce programme de réathlétisation de haut niveau lui permet de revenir sur son vélo en six mois. Red Bull prend alors en charge son encadrement complet : coach physique, kiné, nutritionniste et coach mental. Ce soutien lui permet de retrouver un niveau de performance supérieur, physiquement et mentalement, et de remporter son neuvième titre mondial en 2021, juste après la pandémie.
En 2024, à 35 ans, il vise le dixième titre mondial, un objectif "chaud" face à de jeunes concurrents. Après une blessure à la cheville en 2023, il se prépare pour sa dernière compétition à Abu Dhabi. Il annonce sa retraite avant l'événement, subissant une pression immense mais la transformant en moteur. Il remporte ce dixième titre, terminant ainsi sa carrière au sommet, numéro un mondial.
La discipline, pour Mathias, est intrinsèquement liée au plaisir. Il répète qu'il ne s'agit pas de contrainte, mais de kiff. Quand on aime ce que l'on fait, la discipline devient une évidence, une partie intégrante de sa vie. Il a toujours cherché ce qui le faisait vibrer, délaissant les projets qui ne le motivaient pas, même s'ils étaient financièrement plus lucratifs.
Son parcours entrepreneurial débute avec deux déclics majeurs. Le premier est la question récurrente des journalistes : "Qu'est-ce que tu feras après le BMX ?", qui le pousse à réfléchir à son avenir. Le second est l'influence de son agent, Guillaume Valado, qui lui inculque la règle de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier et l'aide à structurer sa carrière financièrement et légalement.
En 2018, il fonde sa société de production, "I Prod", avec son agent. Face à la demande croissante de contenu visuel de la part de ses sponsors, il décide de créer sa propre structure. Cela lui permet de contrôler la qualité et l'esthétique de ses productions, tout en offrant des opportunités à des amis réalisateurs et photographes. Ce premier pas entrepreneurial est directement lié à sa carrière sportive, renforçant ainsi sa légitimité.
La gestion de la pression, la douleur et le dépassement de soi sont des constantes dans sa carrière. Il décrit le combat entre le corps et le cerveau, la nécessité de surmonter la peur, non pas en la niant, mais en la transformant. Les chutes, les blessures font partie intégrante de son sport. Il a fallu apprendre à se relever, à dépasser le blocage mental que la douleur peut engendrer, à visualiser ses figures, à s'entraîner sans relâche, en utilisant les outils modernes comme les bacs à mousse pour minimiser les risques.
La flamme olympique qu'il a portée à Paris en 2024 représente un moment particulièrement intense. C'est un pied de nez à la fédération française de cyclisme, qui a tardivement intégré le BMX freestyle et a manqué de soutien pendant de nombreuses années. Cette reconnaissance tardive est symbolique de son parcours atypique, construit sans l'aide des institutions traditionnelles.
Le livre autobiographique "Figure du bitume", publié chez Flammarion, est né d'une proposition de l'éditeur avant les Jeux Olympiques. Ce travail d'introspection, mené avec le journaliste Frank Berto, lui a permis de prendre conscience de l'ampleur de son parcours et de ses réalisations. Il y trouve la clé du bonheur dans le contentement, la capacité à apprécier ce que l'on a tout en continuant à avoir des projets.
Sa vision de la force mentale est résolument pragmatique : elle ne s'acquiert pas d'un coup, mais se construit par paliers, en se relevant après chaque chute. Les bons entrepreneurs, tout comme les sportifs de haut niveau, deviennent forts mentalement en surmontant les embûches. Il souligne l'importance de l'entourage, que ce soit pour un athlète ou un entrepreneur, la nécessité de s'entourer de personnes aux compétences complémentaires et en qui l'on a confiance.
Ses deux projets actuels, "La Farm", un complexe sportif et événementiel en Champagne, et sa société de production, démontrent sa capacité à se réinventer et à créer de la valeur. "La Farm" est un lieu hybride destiné à accueillir séminaires, stages sportifs, mariages, offrant des opportunités à d'autres athlètes de haut niveau. La production vidéo lui permet de continuer à créer du contenu, de faire vivre son écosystème et de soutenir des amis.
Le parallèle entre sportifs de haut niveau et entrepreneurs est constant. Les deux nécessitent discipline, résilience, gestion de la pression et une équipe solide. Mathias Dendois incarne cette fusion, démontrant que la réussite, qu'elle soit sportive ou entrepreneuriale, repose sur des valeurs communes : passion, persévérance, et une capacité à se dépasser sans cesse. Son parcours est une leçon d'humilité, de détermination et de la puissance du plaisir comme moteur essentiel.