
Piloter un groupe qui génère 44 MILLIARDS D'€ de CA - Estelle Brachlianoff - CEO Veolia
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Estelle Brachlianoff, directrice générale de Veolia, partage sa vision de l'eau comme actif stratégique, soulignant la nécessité d'innover et de déployer rapidement des solutions face au dérèglement climatique. Elle insiste sur l'urgence d'agir avant les crises, citant l'été 2026 comme potentielle nouvelle norme climatique.
La relation avec Antoine Frérot, ancien PDG et actuel président de Veolia, est décrite comme fluide et bénéfique, permettant à Estelle de tirer parti de son expérience tout en conservant son autonomie décisionnelle. Elle perçoit son rôle comme solitaire et valorise la perspective de son prédécesseur. Le conseil d'administration de Veolia inclut des représentants du personnel, reflétant une vision de l'entreprise au-delà des seuls actionnaires, englobant clients, société et salariés.
Estelle, initialement attirée par l'astrophysique, a trouvé une vocation noble dans la gestion des déchets et des ressources, transformant les déchets en ressources et protégeant la santé publique. Ses études scientifiques lui ont inculqué une approche axée sur la résolution de problèmes, où "il n'y a pas de problème, il n'y a que des solutions", même si elles ne sont pas immédiatement apparentes.
Elle souligne l'importance de la diversité des profils au sein de l'entreprise, reconnaissant que des approches intuitives complètent les analyses d'ingénieurs. Veolia, présente dans 45 pays, est leader mondial dans ses métiers de l'eau, de l'énergie et des déchets. En France, l'entreprise fournit un verre d'eau sur trois, collecte une tonne de déchets sur cinq et produit de l'énergie pour l'équivalent de 3 millions d'habitants. Les États-Unis représentent un marché à fort potentiel de croissance pour Veolia, notamment dans l'eau et les déchets dangereux où elle est numéro deux.
L'histoire de Veolia remonte à la Compagnie Générale des Eaux, fondée au 19e siècle à Lyon, avec l'intuition de Louis Pasteur sur l'importance de l'eau saine pour la santé. Aujourd'hui, cette mission s'étend à la gestion des nouveaux polluants comme les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) et à l'économie circulaire.
La gestion de l'eau, des déchets et de l'énergie est devenue un enjeu stratégique de souveraineté et de sécurité écologique. Estelle cite des exemples de conflits géopolitiques liés à l'eau et des dépendances aux ressources critiques. Elle met en avant la contribution de Veolia à l'indépendance nationale grâce à des sources d'approvisionnement locales et renouvelables.
Concernant la gestion de l'eau, Estelle explique que 70% de l'eau mondiale est consommée par l'agriculture, 20% par l'industrie et 10% par les populations. Les solutions pour lutter contre le stress hydrique sont multiples : éviter le gaspillage (réduction des fuites dans les réseaux, irrigation au goutte-à-goutte, process industriels plus efficaces), trouver de nouvelles sources d'eau (recyclage des eaux usées, désalinisation de l'eau de mer). Elle souligne que la France, bien que "bénie des dieux", a connu des restrictions d'eau en 2022 et que l'anticipation est cruciale. La désalinisation, bien que coûteuse en énergie, a vu sa consommation réduite par cinq en 20 ans grâce à l'innovation, la rendant plus abordable et vertueuse.
Les "mégabassines" et le stockage d'eau sont des sujets complexes. Estelle propose de recharger les nappes phréatiques avec de l'eau de pluie hivernale ou des eaux usées retraitées, transformant le sous-sol en "bassine" pour éviter l'évaporation.
Dans le domaine des déchets, Veolia vise à transformer les déchets en ressources, produisant de l'énergie et des matières premières recyclées. L'énergie issue des déchets est renouvelable et offre une stabilité des prix sur le long terme, un avantage majeur face aux fluctuations du marché énergétique. L'entreprise récupère également la chaleur fatale des industriels et développe des réseaux de chaleur et de froid urbains, comme à Saclay, utilisant des nappes phréatiques profondes pour une climatisation réversible naturelle et collective.
Estelle aborde les critiques des écologistes en soulignant la recherche du progrès plutôt que de la perfection immédiate. Elle affirme que Veolia est une entreprise dont la réussite est intrinsèquement liée à son impact positif sur la planète et la société.
Sur le plan du management, Estelle met l'accent sur la cohérence, la considération envers tous les employés et l'importance de l'engagement. Elle révèle que 50% de la rémunération variable des cadres de Veolia est basée sur des objectifs non financiers, tels que la réduction des émissions de CO2, l'économie d'eau et la satisfaction des employés. Elle est fière du taux d'engagement de 89% des 220 000 salariés de Veolia, y compris les éboueurs, qui se sentent utiles et contribuent à la transformation écologique.
Concernant le modèle économique, Estelle défend un capitalisme qui sert l'ensemble des parties prenantes, et non uniquement les actionnaires. Elle cite l'exemple de Thames Water en Angleterre, où un déséquilibre dans la répartition de la richesse a conduit à des problèmes environnementaux. Elle prône un partenariat public-privé où l'État fixe les règles et les objectifs, et le secteur privé apporte son savoir-faire et son innovation pour une mise en œuvre efficace. Les prix de l'eau dans les contrats privés ont d'ailleurs augmenté trois fois moins vite que dans les gestions directes par les villes.
Les plus grands chantiers d'Estelle en tant que DG ont été la transformation accélérée du portefeuille d'activités du groupe vers l'international, l'innovation et la technologie. 25% du groupe aura changé en 4 ans. Elle décrit l'entreprise comme un bateau avec une "quille" (les infrastructures, résilientes mais à croissance lente) et des "voiles" (les activités plus technologiques, à croissance rapide mais plus volatiles).
L'intelligence artificielle (IA) est un outil clé pour Veolia, utilisée pour la détection des fuites d'eau, l'optimisation des usines (comme "Talk to my plant" pour les agents de maintenance) et la recherche de nouveaux matériaux pour le traitement de l'eau. L'entreprise utilise également l'IA pour la capture et le recyclage du carbone, répondant ainsi aux besoins de l'industrie agroalimentaire en CO2 de haute qualité.
Estelle reconnaît l'importance croissante de l'eau pour les data centers et autres industries énergivores. Veolia propose des solutions pour rendre ces installations plus durables, comme le recyclage des eaux usées pour le refroidissement et la récupération de la chaleur fatale pour chauffer les villes avoisinantes.
Enfin, concernant son style de leadership, Estelle se décrit comme intuitive, vérifiant ses intuitions par les faits. Elle valorise les brainstormings, l'ouverture aux idées les plus folles et l'engagement. Elle apprend à mieux gérer son temps et à être moins impatiente, reconnaissant la nécessité de laisser mûrir les sujets. En tant que femme dirigeante, elle encourage à suivre son instinct et son envie, plutôt que de cocher des cases, et à oser. Elle souligne que la diversité des parcours de vie est une richesse pour l'entreprise.