
10 fondateurs IA : leurs paris pour 2026 et leurs peurs !
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Nous sommes en direct de Rise pour une émission spéciale de Silicon Carnet, avec Jérôme Lecat, fondateur de Scality. Scality est un pionnier français du stockage de données, fondé il y a 15 ans et devenu un leader mondial. L'entreprise a débuté simultanément à Paris, San Francisco et Tokyo. Jérôme, qui vivait à San Francisco, est revenu en France après le Covid, réalisant qu'un dirigeant d'une entreprise internationale pouvait résider n'importe où. Il est très impliqué dans la French Tech, soulignant l'importance pour la France et l'Europe d'avoir des champions technologiques pour peser sur la scène mondiale.
La souveraineté technologique est un sujet clé. Pour les entreprises, il s'agit de la capacité de maîtriser leur destin, notamment leurs infrastructures et leur valeur ajoutée. Alors que la valeur se déplace vers le digital, la question est de savoir si l'on peut choisir ses outils. Le problème n'est pas nouveau, des entreprises comme IBM, Oracle ou SAP ayant déjà exercé une pression. Ce qui est nouveau, c'est la pression géopolitique croissante. Les entreprises ont de plus en plus sous-traité, notamment avec le cloud public, perdant ainsi des compétences. Jérôme observe cette tendance, notamment avec des restrictions sur l'accès à certaines technologies pour les non-citoyens américains.
Scality est capable de gérer des projets critiques, ayant des contrats avec des gouvernements dans 35 pays et servant de grandes banques et hôpitaux. Cependant, en Europe, la commande publique ne privilégie pas suffisamment les acteurs locaux, contrairement à l'Arabie Saoudite, l'Inde ou les États-Unis. Souvent, les donneurs d'ordre européens passent par de grands intégrateurs qui, eux, se fournissent auprès d'acteurs américains. Il y a un manque d'attention à développer l'économie européenne. Technologiquement, Scality est compétitif face aux hyperscalers américains, offrant des solutions 30% moins chères. Leur technologie est utilisée par Iron Mountain, le cloud d'archives de l'État américain.
L'IA est une révolution aussi importante qu'Internet, qui a redéfini les rapports sociaux et le travail. Jérôme a vécu l'avènement d'Internet en 1994 et voit l'IA comme un changement similaire, transformant les interactions sociales. Il s'inquiète des dérives potentielles, comme les adolescents demandant des conseils à ChatGPT pour leurs relations. Il observe que les jeunes générations sont plus matures face à l'IA, moins impressionnées et plus habituées à ces évolutions. Il prédit des changements profonds, même s'il est difficile de les anticiper.
Concernant le stockage de données, Jérôme constate un retour en force de l'on-premise, où les entreprises veulent posséder leurs serveurs et leurs données, notamment pour l'IA. Pour l'instant, les entreprises manquent de data centers équipés de GPU et d'électricité. La tendance sera de louer des espaces de data centers privés avec les infrastructures nécessaires. Il note l'émergence de modèles open-source/open-weight, dont beaucoup sont chinois, et la volonté de Nvidia de lancer son propre modèle open-weight, Nemotron, pour concurrencer ces acteurs. La valeur ajoutée se déplace du modèle lui-même vers l'ensemble de l'écosystème (données, garde-fous).
Raphaël de Decoding Discontinuity, devenue un hedge fund, partage son analyse financière de l'IA. Elle définit une "discontinuité" comme une inflexion de valeur où une entreprise devient un objet différent, avec de meilleures marges et un modèle économique transformé. L'IA, et particulièrement l'agentique, change les règles économiques : la valeur n'est plus proportionnelle au nombre d'employés, et l'unité d'action passe de l'humain à l'agent. FedEx, par exemple, pourrait devenir une entreprise extraordinaire en exploitant le graphe vivant du commerce mondial.
Amazon est une position longue pour Raphaël, grâce à ses trois piliers : l'infrastructure cloud (AWS), sa verticalité dans les puces (20 milliards de potentiel) et les effets positifs de l'IA sur sa marketplace. Elle était "short" sur les sociétés de software en octobre dernier, anticipant le "SaaS apocalypse", où les valorisations élevées de nombreuses entreprises de software se sont effondrées. Elle évalue la valeur terminale des entreprises à 5 ans, et beaucoup de sociétés de software risquent de valoir zéro si elles ne se positionnent pas comme une couche d'infrastructure indispensable. Elle est "longue" sur des entreprises comme Datadog ou Figma, qui ont su s'adapter. Figma, par exemple, a transformé sa position en lançant un produit avec Anthropic, créant un effet de réseau entre les agents.
Les sociétés qui ne survivront pas sont celles qui ne peuvent pas faire cette conversion et redéfinir leur valeur, notamment les intermédiaires qui vendent du travail humain, de plus en plus abstrait par les agents.
Taric, pionnier de l'internet français, analyse la situation du salon Rise. Il y voit tous les "builders" et fabricants de pelles et pioches. Il note une maturité de l'écosystème et l'émergence d'une offre plus large que Nvidia et AMD. Il ne croit pas à la "souveraineté de l'IA" au sens strict, mais plutôt à l'autonomie cognitive, c'est-à-dire l'accès aux meilleurs modèles. Il s'étonne de l'absence de Mistral et OVH en tant qu'exposants, estimant qu'ils ne profitent pas de l'espace médiatique. La question n'est plus quel est le modèle le plus intelligent, mais comment construire une suite complète de produits (harness).
Les dirigeants du CAC 40 se concentrent sur la productivité de l'IA pour réduire les coûts (licencier des employés), mais ne savent pas comment l'utiliser pour créer plus de business et de valeur. Cela demande une refonte organisationnelle et RH. Les agents posent des questions de loyauté (à l'entreprise, au pays, aux designers). La valeur n'a jamais été dans le modèle lui-même, mais dans l'intention humaine. Taric travaille sur un projet appelé Human Intentions, qui vise à se concentrer sur l'intention humaine dans un monde où 99% de la valeur sera dans les modèles et les API. L'IA est une révolution technologique, mais aussi philosophique et organisationnelle. Il faut apprendre à travailler avec des agents autonomes et non-humains, et construire une symbiose.
Frédéric Mazzella, fondateur de Blablacar, est président non-opérationnel de l'entreprise, impliqué dans la stratégie et la vision. Blablacar est en transition vers le multimodal (covoiturage, bus, train), avec 85% de son activité hors de France (Brésil et Inde sont les plus grands marchés). Les États-Unis ne sont pas un marché propice au covoiturage en raison du faible coût de la voiture, du manque de réseaux de transport en commun développés et d'une préférence culturelle pour la solitude en voiture.
Frédéric a lancé Fred 24, un clone de son cerveau entraîné sur son expérience. Il reçoit des milliers de demandes d'entrepreneurs et Fred 24 peut répondre plus rapidement et efficacement, synthétisant des pensées et rappelant des exemples concrets de son livre "Mission Blablacar". Il ne s'agit pas de remplacer l'humain, mais de rendre son expertise disponible 24h/24. Il annonce également la sortie de "Robot premier", un roman d'anticipation sur une IA accédant au pouvoir.
Jonathan, responsable Europe pour Eleven Labs, une entreprise européenne fondée par des entrepreneurs polonais, basée à Londres, est un partenaire de Silicon Carnet. Eleven Labs est un acteur majeur de l'audio IA, concurrençant de grands noms américains. Leur succès repose sur une ambition élevée, une rapidité d'exécution et le recrutement de personnes passionnées. Ils sont "remote first" mais ouvrent des bureaux locaux pour rester proches des clients et partenaires. Leur capacité à aller vite à l'international est clé. La souveraineté est importante, avec des équipes locales comprenant les régulations comme le RGPD.
Eleven Labs est perçue comme une entreprise américaine en raison de sa qualité et de sa rapidité. Le succès s'explique par la qualité des équipes, la recherche, l'ingénierie, mais aussi les fonctions support. La culture d'entreprise valorise la passion et l'engagement, sans titres de poste rigides. Tout le monde, y compris le PDG, participe à la prospection. Jonathan souligne qu'il n'y a pas de magie : réussir à créer une entreprise valorisée à des dizaines de milliards demande beaucoup de travail.
Gautier, CEO de H Company, est un champion mondial du "computer use", une IA qui pilote les ordinateurs. H Company a levé 220 millions et s'est spécialisée sur ce créneau après une phase de démarrage plus large. Le "computer use" permet à l'IA d'interagir avec les logiciels existants (même anciens sans API) via l'interface graphique, comme un humain. Cela permet de créer des agents en quelques minutes, là où il fallait des mois auparavant. H Company est classée première sur les benchmarks de "computer use".
La stratégie d'H Company est de se spécialiser, évitant de concurrencer directement les modèles généralistes comme ceux d'OpenAI ou Anthropic, qui demandent d'énormes capitaux. Le "computer use" était une niche et devient central pour les entreprises. Les modèles d'H Company sont ultra-compacts, pouvant tourner sur un téléphone, contrairement aux grands modèles très coûteux des géants de l'IA. Pour les entreprises, l'important n'est pas le modèle le plus puissant, mais celui qui apporte le plus de valeur. H Company vise l'application layer avec des modèles spécifiques, se concentrant sur la compréhension du fonctionnement du travail en entreprise.
Le "computer use" libère les humains des tâches répétitives et administratives, leur permettant de se concentrer sur leur cœur de métier et des tâches à plus forte valeur ajoutée. Par exemple, des infirmières passant 80% de leur temps en tâches administratives peuvent se consacrer aux patients. Gautier est d'accord avec Alex Carp (son ancien patron chez Palantir) sur le fait que les modèles frontières sont une étape essentielle, mais que leur course à la puissance ne répond pas toujours aux besoins des entreprises, qui recherchent un retour sur investissement et une valeur réelle. Il y a un risque que ces modèles deviennent trop coûteux et que les entreprises perdent le contrôle de leurs données et savoir-faire. Gautier croit à la spécialisation et à une "team France de l'IA" regroupant des acteurs comme Mistral, Gradium, Amilab et H Company.
Philippe, CTO de Neo4j, explique que son entreprise est un leader mondial des bases de données orientées graphes, fondée en Suède. Neo4j permet de stocker des données sous forme de réseaux (nœuds et relations), reflétant mieux la complexité du monde réel (biologie, écologie, systèmes de paiement). Cela améliore la connaissance et la gestion des données. Avec l'IA, les graphes de connaissance permettent aux LLM de "moins halluciner" en leur fournissant un contexte riche et précis. L'ontologie, la manière dont les définitions des données sont structurées, est essentielle et n'est pas l'apanage de Palantir.
Les graphes permettent de gérer la mémoire à long terme et la mémoire procédurale des entreprises, capturant les concepts clés et leurs relations. Cela permet d'évoluer le schéma de la base de données et de s'adapter aux problématiques business changeantes. Les bases de données relationnelles classiques ne sont pas adaptées à l'IA car elles ne peuvent pas anticiper les besoins futurs en données.
Chloé Rouanga, cofondatrice de Black Fig, observe que le salon Rise est une excellente opportunité pour rencontrer clients et partenaires, et faire évoluer son offre. Black Fig s'adresse aux PME pour les accompagner dans leur transformation IA. Le ROI de l'IA est difficile à mesurer car la "baseline" n'est souvent pas calculée. Black Fig propose une méthodologie pour comprendre l