
Dette française : le piège des taux se referme
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Bienvenue à ce débrief hebdo en mode nature peinture. Cette semaine a été marquée par trois points clés : la dette française qui franchit un nouveau seuil, les interrogations croissantes autour de l'intelligence artificielle (IA) et son financement, ainsi que le comportement de l'or.
Premièrement, la France emprunte désormais plus cher que les États-Unis, l'Espagne et l'Italie. Le taux d'intérêt à 10 ans sur la dette française a dépassé les 5 %, un niveau inédit depuis 2002, atteignant même 5,10 %. Cette situation se reflète dans l'écart avec l'Allemagne (le "spread"), qui s'établit à près de 170 points de base, le plus haut depuis 2011, période de crise de la dette. La France emprunte désormais 0,4 point de plus que l'Italie, alors qu'en janvier, les taux étaient identiques. Par rapport aux États-Unis, la France paie plus cher son financement, un niveau jamais vu depuis 2013. Ces inquiétudes proviennent en partie du contexte social français, marqué par des manifestations, des pillages et des interpellations, qui suscitent l'appréhension des investisseurs étrangers. Le gouvernement français voit ses marges de manœuvre se réduire considérablement, tant pour les dépenses que pour la baisse des impôts. De plus, le budget 2027 n'est toujours pas voté.
Il est important de noter que le coût actuel élevé des emprunts ne se répercute pas immédiatement sur l'ensemble de la dette, celle-ci étant refinancée sur plusieurs années, en moyenne 8 ans. Ce sont les nouveaux emprunts qui subissent le taux élevé. Cependant, l'accumulation de ces nouveaux emprunts à des taux plus hauts pèse de plus en plus. Depuis début janvier, le taux à 10 ans a augmenté d'environ 1,5 point. Cela représente un surcoût de 5 milliards d'euros la première année, qui devrait atteindre 50 milliards par an à terme. Pour donner une perspective, la charge de la dette prévue pour 2027 s'élève à 73 milliards d'euros. En 2027, l'État devra lever environ 304 milliards d'euros sur les marchés. Cette situation impacte également les ménages et les entreprises. Les crédits immobiliers à 20 ans dépassent les 3,5 %, et les courtiers anticipent une hausse à 3,70 % voire 4 %. Cela se traduit par une capacité d'emprunt réduite et un coût de crédit plus élevé, tant pour les particuliers que pour les entreprises, ainsi que pour l'État lui-même. L'agence de notation Moody's doit également rendre son verdict sur la dette française, actuellement notée A à A3 avec une perspective négative, ce qui pourrait avoir un impact supplémentaire sur les marchés.
Contrairement aux semaines précédentes où le CAC 40 accusait le coup tandis que les marchés américains atteignaient des sommets, cette semaine a vu une inversion partielle. Le Nasdaq a connu sa pire séance depuis juin, perdant 3 % sur une journée, tandis que le CAC 40 a montré une certaine résilience. Concernant le CAC 40, la stratégie reste la même : acheter bas et vendre haut, dans une fourchette comprise entre 7600 et 8200-8300 points. L'idée est de racheter progressivement autour de 7600 points, plutôt que d'accumuler sans cesse, en privilégiant une approche par paliers ("investing by level" - IBL). Les meilleures entrées se font souvent lorsque le sentiment général est négatif.
Le deuxième point central de la semaine concerne l'IA. Un doute grandissant plane sur la rentabilité et le financement des investissements massifs dans ce secteur. Le Nasdaq a chuté de 3 % suite aux résultats de Meta. Bien que l'activité de Meta soit en croissance (chiffre d'affaires de 32,8 milliards de dollars, +26 %), l'entreprise a enregistré un flux de trésorerie négatif de plus de 2 milliards de dollars au dernier trimestre, car ses investissements (data centers, puces, serveurs) ont dépassé ses revenus. Meta puise dans sa trésorerie, qui a diminué de plus de 10 milliards de dollars par rapport à l'année précédente. Les investissements prévus pour l'année s'élèvent à 140 milliards de dollars, dont 50 à 60 milliards au quatrième trimestre, soit une fois et demie le trimestre précédent. Les engagements concernant les data centers ont également augmenté. De plus, Meta n'a procédé à aucun rachat d'action depuis janvier, alors que l'année précédente, 26 milliards de dollars avaient été consacrés à cette fin. L'entreprise a également créé une nouvelle catégorie d'actions sans droit de vote, perçue par le marché comme une dilution potentielle, bien que Meta dispose encore de 82 milliards de dollars de trésorerie.
Meta n'est pas seule dans ces investissements massifs. Amazon, Microsoft, Alphabet, Oracle et d'autres y consacrent également des sommes considérables, totalisant environ 750 milliards de dollars d'investissements annuels pour les géants de la tech. Pendant des années, ces dépenses étaient couvertes par leurs cash-flows. Désormais, la proportion de ces investissements financée par la dette nouvelle est passée de 9 % en 2024 à 32 %. Cette évolution suscite des interrogations quant à la pérennité du modèle. De plus, OpenAI recherche 30 milliards de dollars supplémentaires.
Un autre facteur impactant est le ralentissement dans la fabrication de machines à puce, comme l'a montré ASML. Malgré des marges records et des perspectives au-dessus des attentes, le principal frein reste le "goulot d'étranglement". Les prévisions pour 2027 indiquent des coûts plus élevés, des problèmes d'approvisionnement et une incapacité à répondre à la demande. L'IA devient donc de plus en plus coûteuse, d'autant plus que les taux d'intérêt augmentent, pesant sur la rentabilité. Cette situation explique en partie la baisse observée cette semaine. L'or, quant à lui, montre des signes de retracement. Il est tombé sous les 4000 dollars, alors qu'il avait atteint des sommets cet été. Plusieurs raisons expliquent cette baisse malgré un contexte géopolitique tendu (hausse des prix du pétrole, tensions au Moyen-Orient, situation en France). Premièrement, avec des taux d'intérêt autour de 5,5 %, les obligations offrent un rendement bien supérieur à celui de l'or, qui ne rapporte rien en soi. L'or perd son statut de valeur refuge face à des placements plus rémunérateurs. Deuxièmement, la Réserve fédérale américaine pourrait encore relever ses taux en décembre, maintenant une pression sur les taux d'intérêt. Troisièmement, certains investisseurs vendent leurs actifs, y compris l'or, pour récupérer du cash et se constituer une réserve de sécurité ou saisir des opportunités sur d'autres marchés. L'argent se redirige également vers la dette américaine, qui est devenue plus rémunératrice.
UBS parle d'une consolidation plutôt que d'une correction majeure, tandis que certains analystes visent des niveaux plus élevés à moyen terme. La zone des 4000 dollars avait servi de zone d'entrée cet été. La semaine prochaine s'annonce cruciale avec la publication de l'inflation PCE, les décisions des banques centrales (BCE et Fed attendues stables), et les résultats des géants de