
Comprendre votre énergie - Dialogue avec Marie Pierre Dillenseger
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Marie-Pierre Dilon Seger, philosophe et écrivain, propose dans son livre "Oser s'accomplir" une approche révolutionnaire de la réussite, la définissant non pas comme l'atteinte d'objectifs extérieurs, mais comme un cheminement vers soi, un alignement avec ce que notre âme est venue chercher dans cette vie. Elle souligne que nous nous posons souvent la mauvaise question face aux difficultés, cherchant des solutions immédiates plutôt que de nous interroger sur notre "bonne place". Si nous sommes à la bonne place, les réponses et les solutions émergent naturellement, les difficultés s'estompent.
Ce concept d'être à la bonne place nécessite une écoute fine des rythmes du monde et de soi. L'accomplissement, ou l'incarnation, selon Marie-Pierre, est une équation à trois paramètres : le moment de notre vie, le lieu où nous nous déployons, et qui nous sommes profondément. Se concentrer uniquement sur le bon moment ou le bon endroit est insuffisant si nous ne sommes pas sur notre propre chemin. Le livre vise à aider à repérer les freins et obstacles sociétaux qui nous empêchent d'affirmer notre identité, car plus nous sommes à notre place, moins il y a de frictions et plus la vie devient fluide.
Fabrice Midal, qui interviewe Marie-Pierre, souligne que cette perspective est un véritable bouleversement par rapport à l'éducation que nous recevons, qui nous pousse à nous dépasser et à exceller selon des codes extérieurs. Marie-Pierre critique cette injonction à "se dépasser", qui revient à "se laisser derrière" et à tenter de devenir ce que l'on n'est pas, au prix d'une immense souffrance. Elle observe un niveau de souffrance individuel et collectif alarmant, malgré l'abondance de méthodes et solutions, car ces tentatives de complaire et de suivre des codes extérieurs nous éloignent de nous-mêmes.
"Oser s'accomplir" invite à repérer les souffrances et obstacles non pas comme des signes d'incompétence, mais comme des indicateurs que nous tentons trop de complaire ou d'accepter des modèles "gagnants" qui ne nous correspondent pas. Accomplir beaucoup au détriment de notre vitalité n'est pas s'accomplir. L'accomplissement est un rapprochement tangible avec des lieux, moments, personnes et activités en phase avec notre être profond. Le titre initial du livre, "Oser s'incarner", reflète cette idée de déploiement lent et continu de notre être fondamental dans le temps, un processus que la société ne nous enseigne pas.
La pensée chinoise, qui est le fondement du travail de Marie-Pierre, établit un lien fort entre la santé et l'accomplissement de soi, contrairement à notre monde occidental qui dissocie corps et esprit. L'idée que la souffrance est normale, voire nécessaire ("il faut souffrir pour être beau", "on n'a rien sans rien"), est remise en question. Les frictions et souffrances ne sont pas des malédictions, mais des guides sur notre chemin. Une douleur récurrente, une allergie, une critique, sont des informations à décoder pour comprendre ce qui ne nous est pas vertueux, c'est-à-dire ce qui ne nourrit pas notre être.
Lorsque nous nous occupons de ces frictions et nous rapprochons de situations qui ne les créent pas, des synchronicités et des opportunités apparaissent. Il ne s'agit pas de vivre en ermite, mais de s'aligner avec son énergie vitale, son corps, son esprit, son âme et son cœur. Cette fluidité n'est pas le fruit du hasard, mais d'une conscience et d'un amour de ce qui nous anime. Le livre milite pour une relecture de codes sociétaux, comme la perfection, qui ne servent pas une âme apaisée.
L'âme, indéfinissable, est cette part de nous qui, dans la lecture de Marie-Pierre, survit à notre décès. Elle a besoin de sens, surtout dans une période où les repères manquent et où l'on est tenté de croire que nous sommes devenus des machines. Pour elle, l'humanité a plus que jamais la responsabilité de s'aligner, de renforcer la conscience entre âme, esprit, corps et cœur. La fatigue, par exemple, est souvent un signal de l'âme indiquant que nous allons à contre-courant de nous-mêmes, non un simple problème physique ou de gestion du temps.
Un exercice proposé pour retrouver cet alignement est de dire "non" à tout pendant une semaine. Cela permet de se réapproprier le gouvernail de sa vie et de discerner à quoi dire "oui" et à quoi dire "non". S'aligner avec qui nous sommes est révolutionnaire et potentiellement désorganisateur pour une société, mais cela conduit à une société vivante, composée d'individus en pleine vibration, non en survie.
Le corps est souvent plus lucide que le mental car il est un capteur énergétique, une antenne essentielle qui reçoit des informations que notre cerveau rationnel a tendance à ignorer. L'intuition, bien que non destinée à remplacer l'intelligence, est un outil précieux. Ignorer notre boussole interne use notre vitalité. La longévité, selon la pensée chinoise, n'est pas de vivre le plus longtemps possible, mais de vivre le plus longtemps possible dans le meilleur état possible. Le corps est notre vaisseau d'incarnation, notre potentiel de réalisation et notre limite.
L'incarnation est un travail de toute une vie, jamais achevé, qui consiste à accueillir les parts de nous-mêmes non encore révélées. C'est une expérience de liberté, car si le ciel donne la trame, c'est à nous de tisser le film de notre vie. Nous arrivons avec des qualités et des talents dont le déploiement est sous notre responsabilité. Discerner la trame de notre vie nous permet d'agir mieux, de libérer ce qui est bloqué plutôt que de nous laisser déterminer.
Il faut aussi apprendre à discerner l'impossible à accepter. Par exemple, vouloir être championne du monde d'haltérophilie si l'on n'est pas doué pour cela. Mais il faut aussi s'interroger si l'on renonce par manque de courage ou à cause de jugements extérieurs. La joie est un bon signe que l'on est à sa place, tandis que la souffrance, la tristesse ou l'amertume indiquent que des choses ne sont pas réglées ou que l'on donne trop d'énergie à une chimère de soi.
L'impatience est un piège contemporain qui nous égare et crée de l'éphémère. Dans une culture qui favorise le rapide et le court terme (TikTok, recyclage continuel), le durable donne du sens. L'impatience nous pousse à une surproduction constante, épuisant nos forces et nous empêchant le recul, la pause, la respiration nécessaires à la création et au renouvellement. Le défaut de la patience est l'inertie, mais la qualité de l'impatience est parfois de pouvoir dire non. Il faut articuler les deux.
Les solutions rapides que la société promeut sont un piège. Marie-Pierre valorise les solutions qui durent, un travail sur la durée. Être cohérent avec soi-même signifie l'absence de contradiction entre ce que l'on pense, ressent et fait. Le corps, tel que décrit dans "Le corps n'oublie rien", est une antenne essentielle pour nous guider. Il faut apprendre à écouter ses signaux plutôt que de suivre des injonctions extérieures, comme des régimes qui ne nous conviennent pas.
Aimer ses kilos, par exemple, plutôt que de chercher à les transformer avec haine, est une étape fondamentale. Notre corps est notre allié, notre vaisseau d'incarnation. Développer une relation de bienveillance avec lui, même en lui parlant, peut avoir des effets surprenants et libérateurs, comme l'exemple de la femme qui a écrit à sa cellulite. De même, écrire à ses ancêtres peut aider à se défaire des injonctions et croyances qu'ils nous ont transmises, permettant de retrouver autonomie et liberté.
Le repli permet l'avancée. Un exercice simple pour évaluer sa cohérence est d'imaginer sa situation dans un an : si cela ne nous rend pas heureux, c'est un signal qu'il faut changer. Les petits gains, accumulés, mènent à la victoire. Une place pour chaque chose, que ce soit les objets ou les aspects de notre vie, allège notre mental et nous procure un sentiment d'apaisement et de sécurité. Lorsque l'univers nous envoie du vide (attente, absence de réponse), c'est une opportunité de nous occuper de notre environnement, de créer de l'espace pour le nouveau. Le vide appelle le plein.
Marie-Pierre Dilon Seger a été initiée à la pensée chinoise dès son enfance, par l'acupuncture et des objets familiaux. La découverte du Yi King à 17 ans a approfondi son intérêt. C'est un diagnostic médical sévère, lui laissant trois mois à vivre, qui l'a poussée à embrasser pleinement cette passion et à en faire sa voie professionnelle. La pensée chinoise lui a offert des outils pour nommer l'invisible et l'indicible, confirmant ses intuitions. Elle a trouvé un maître chinois à Toronto et a réalisé que la lecture du monde en Chine était cyclique et non linéaire.
Accepter l'aide du ciel, selon Marie-Pierre, c'est oser faire confiance à notre potentiel d'incarnation. Une fois que nous arrêtons de nous forcer à être ce que nous ne sommes pas, cette confiance ouvre des portes inattendues. L'univers, que Marie-Pierre personnifie, soutient ceux qui s'alignent avec eux-mêmes.
Le "vampirisme" est un concept clé : des injonctions anciennes, des critiques intériorisées, ou des personnes qui nous demandent constamment de donner de nous-mêmes peuvent nous vampiriser. Il ne s'agit pas d'égoïsme, mais de la nécessité de se prioriser pour être disponible pour les autres à long terme. Les réseaux sociaux sont une forme contemporaine de vampirisme. La victimisation, qui consiste à toujours rejeter la responsabilité de ses problèmes sur autrui, est une forme d'aliénation qui empêche de cultiver son propre terrain.
Marie-Pierre conclut en affirmant qu'il n'y a pas de "petite personne" ; chacun a un potentiel à cultiver. En allant jusqu'au bout de ce que nous sommes, en sortant de la comparaison, nous pouvons accéder à ce que la vie a en réserve pour nous, qui n'est pas que de la souffrance.