
Le producteur du Compte de Monte-Cristo dévoile TOUS les secrets du cinéma français - Dimitri Rassam
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Dimitri Rassam, producteur de cinéma, partage son parcours et sa vision de l'industrie cinématographique, soulignant l'importance de l'internationalisation, de l'alignement des intérêts et de la sincérité. Il explique que des films comme *Monte Cristo* ont eu un succès national considérable, mais pas toujours international, car ils ne sont pas perçus comme des événements partout. Pour lui, la qualité d'un film est essentielle, mais pas suffisante.
Rassam, dont le grand-père est originaire du nord de l'Irak et son père est né à Beyrouth, a des racines levantines et une histoire familiale marquée par l'engagement francophile de son grand-père dans la Résistance. Il découvre tardivement qu'il n'était pas baptisé et choisit de le faire à l'âge adulte, renouant ainsi avec une part de son identité et de son histoire familiale. Il souligne l'importance de la curiosité et de l'esprit critique, notamment vis-à-vis des opinions conformes, et la nécessité de s'informer réellement sur les sujets avant de formuler des jugements. Il mentionne aussi un ancêtre, Hormuz Rassam, archéologue assyrien, qui a découvert les tablettes de Gilgamesh, une figure qui l'inspire pour des voyages futurs.
Il constate que l'industrie du cinéma est en constante évolution technologique et que les producteurs doivent comprendre ces nouveaux outils comme des opportunités. Il observe un retour aux fondamentaux du cinéma indépendant, où le rapport au risque est central. Il cite Jake Eberts, producteur légendaire, dont le livre *My Indecision is Final* sur le cinéma indépendant des années 90 reste pertinent. Rassam souligne la segmentation culturelle actuelle, où les publics sont de plus en plus fragmentés, ce qui rend difficile la création de rendez-vous culturels communs. Pour lui, le cinéma en salle est un vecteur d'empathie et un espace commun où les films s'impriment dans l'inconscient collectif, justifiant l'effort de se déplacer.
Il explique le financement des films en France, un système unique de préfinancement où les diffuseurs (chaînes de télévision, plateformes de streaming) s'engagent à investir en amont. Cela permet aux jeunes producteurs, même avec un capital social limité, de réunir les fonds nécessaires grâce aux garanties de préachat et aux crédits d'impôt. Les distributeurs, qui prennent un risque direct sur la performance du film en salle et à l'international, jouent un rôle crucial. Rassam insiste sur le fait que le métier de producteur est avant tout un métier d'entrepreneur, basé sur la confiance, la capacité d'exécution et l'alignement des risques. Un producteur doit être associé au succès du film, sinon il devient un simple prestataire.
Il raconte son expérience avec le film *Le Prénom*, son premier grand succès en tant que producteur, et les échecs formateurs comme *Papa ou Maman 2*, qui lui ont appris l'importance de ne jamais faire de mauvais compromis et de toujours se remettre en question. Il souligne que le succès n'est jamais un accident et qu'il est le fruit d'années de travail acharné.
Concernant l'international, Rassam souhaite créer des passerelles entre le système européen et le système américain. Il ne cherche pas à concurrencer frontalement les superproductions américaines (plus de 100 millions de dollars), ni les petits budgets de genre (moins de 10 millions), mais à investir le segment intermédiaire (20 à 80 millions de dollars), délaissé par Hollywood. Pour cela, il mise sur les talents européens, y compris des réalisateurs danois et des acteurs stars, souvent anglophones, pour attirer un public international. Il cite l'exemple de *Monte Cristo* qui, malgré son succès en France (9,5 millions d'entrées), n'a fait que 4,5 millions d'entrées hors de France, faute d'être perçu comme un événement international et de disposer d'un casting et d'une stratégie marketing adaptés à chaque territoire.
Il évoque l'aventure du *Petit Prince* en animation, un projet de 10 ans qui a coûté 60 millions d'euros. Le film a connu un succès international mitigé et a été marqué par la décision du studio américain de le vendre à Netflix juste avant sa sortie en salle aux États-Unis, une décision qu'il a vécue comme une dépossession. Cette expérience l'a conduit à créer "Plus Qu'à", un mini-studio qui vise à financer et distribuer des films en Europe, en s'inspirant des meilleures pratiques américaines tout en cultivant la liberté créative. Il a levé 60 millions d'euros auprès d'investisseurs variés, y compris des assureurs et la BPI, pour financer une quinzaine de films. Son objectif est de créer des *blockbusters d'auteur*, des films avec un point de vue fort et une sincérité, capables de toucher un large public tout en prenant des risques créatifs.
Rassam insiste sur l'importance de l'alignement des intérêts entre les producteurs, les réalisateurs et les acteurs. Il explique que les acteurs stars sont essentiels non seulement pour leur talent, mais aussi pour leur capacité à promouvoir le film et à créer une relation de confiance avec le public, comme Leonardo DiCaprio ou Timothée Chalamet. Il déplore que les acteurs français soient moins enclins à faire de la promotion à l'international, à l'exception de Pierre Niney.
Il partage des anecdotes sur des tournages difficiles, comme celui d'*Upside Down*, où des erreurs de gestion, des problèmes de taux de change et des frais juridiques imprévus ont mis le film en péril. Ces expériences l'ont renforcé dans sa conviction qu'il faut être rigoureux dans la préparation, ne jamais faire de compromis artistiques par contrainte financière, et savoir dire "stop" si le projet n'est pas prêt. Il souligne l'importance d'avoir des équipes solides et exigeantes, capables de remonter les problèmes en amont pour éviter les catastrophes.
Rassam exprime son admiration pour Luc Besson et EuropaCorp, qui ont montré la voie pour la production de films français à ambition internationale, en acceptant de recommencer en bas de l'échelle à Hollywood. Il admire la capacité de Besson à prendre des risques et à produire des films ambitieux, même si le modèle d'EuropaCorp ne lui correspond pas entièrement.
Enfin, il insiste sur le fait que le cinéma est une industrie sérieuse, loin du "casino" que certains décrivent. C'est un métier de passionnés, où la sincérité artistique et les impératifs commerciaux peuvent coexister. Il souhaite que "Plus Qu'à" devienne un centre de gravité pour les meilleurs talents européens, offrant un cadre où la vision des créateurs est préservée et où les risques sont partagés de manière intelligente. Il rêve d'adapter *Les Rois Maudits* au cinéma, une franchise littéraire majeure qui a inspiré *Game of Thrones*, et pour laquelle il a déjà acquis les droits des sept volumes.