
Žižek: Anil Seth Is Missing the Mark on Consciousness
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La liberté la plus radicale implique de réinventer le contrat social, voire d'atteindre un niveau de "folie" que Freud nomme pulsion de mort. Cette pulsion ne signifie pas le suicide, mais une tendance autodestructrice persistante, au-delà du principe de plaisir, où l'on fait quelque chose de terrifiant sans raison positive. C'est un choix vide, suicidaire, qui représente pour moi la liberté humaine la plus profonde. Schelling et Hegel l'abordent, Hegel parlant de la "nuit du monde", une réduction à zéro où il faut choisir d'appartenir à la société, même si l'on en est issu.
Je distingue trois niveaux de liberté. Cependant, ce qui m'intéresse chez Schelling, c'est l'idée que les actes véritablement libres sont vécus dans notre conscience comme une nécessité. Par exemple, tomber amoureux n'est pas une décision consciente ; on réalise soudainement qu'on l'est déjà, et ce choix non conscient détermine notre vie. C'est la liberté la plus radicale dans notre quotidien.
Concernant la conscience, j'apprécie la notion d'Anil Seth de "hallucination contrôlée". Je suis un matérialiste, rejetant les liens entre la physique quantique et la sagesse orientale. L'émergence de la conscience, ou plutôt de la conscience de soi, se produit lorsque nous, enfants, confrontons les attentes énigmatiques des autres : "Que veulent-ils de moi ?". Cette question fondamentale, que Freud et Lacan appellent la question hystérique ("Pourquoi suis-je ce que vous dites que je suis ?"), est le site originel de la conscience.
Le monde est construit pour répondre à ces dilemmes, la paranoïa étant une réponse ultime, bien que folle, qui prétend savoir ce que les autres veulent. L'énigme de l'autre est essentielle à l'individualité, à la conscience de soi et à la liberté. Nous sommes libres quand l'autre reste non transparent ; s'il était transparent, nous serions réduits à un objet.
À propos de la théorie d'Anil Seth, je suis en désaccord avec sa prémisse selon laquelle le désir de survie et de reproduction est le fondement de la conscience. Ce qui nous rend humains, c'est précisément la pulsion de mort, une indécision radicale, la capacité de se retirer, de se tuer, de ne pas se soucier. La moralité sociale, cette volonté de sacrifier sa vie, découle de cette capacité primordiale de se sacrifier, qui est ensuite réintégrée pour servir la société. Notre bonté apparente est le résultat d'une réintégration réussie d'une dimension autodestructrice terrifiante.