
Pourquoi Microsoft s'éloigne de OpenAI et Apple confie Siri à Google Gemini ?
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Dans cette édition de Silicon Carnet, nous abordons les stratégies d'Apple et Microsoft dans la course à l'intelligence artificielle. Microsoft, lors de sa conférence Build, a dévoilé sept modèles d'IA maison baptisés "MAI", incluant "MAI Thinking One" avec 35 milliards de paramètres, marquant une volonté de réduire sa dépendance à OpenAI. Ces modèles visent à couvrir divers domaines comme le texte, l'image, la vidéo et l'audio. Microsoft positionne cette initiative sous le terme de "Humanist Super Intelligence", suggérant une approche plus centrée sur l'humain. Bien que prometteurs, les modèles MAI atteignent 97% des performances sur les benchmarks, mais ne sont pas encore au niveau des modèles de pointe comme ceux d'OpenAI. L'intégration d'Open Copilot, renommé Autopilot, dans la suite Microsoft 365 pour le marché B2B est également soulignée comme un mouvement stratégique.
Michel Lévi Provençal exprime un certain scepticisme quant aux performances des modèles MAI de Microsoft, les jugeant en dessous des modèles frontières actuels, et les comparant davantage aux meilleurs modèles chinois. Il suggère que Microsoft cherche une porte de sortie ou une meilleure position de négociation avec OpenAI. Cependant, il loue la stratégie "agentique" de Microsoft avec Autopilot, orientée vers le marché B2B et intégrée à Microsoft 365. Peter Steinberger, de la fondation Open Copilot, souligne l'importance de l'intégration d'Open Copilot dans Windows, le décrivant comme une version maîtrisée et sécurisée de l'outil, contrairement à un usage non contrôlé qui pourrait endommager les systèmes d'information. Il met en avant la sécurité comme priorité, particulièrement pour le marché B2B et les grandes entreprises.
L'accent est mis sur l'importance croissante de la couche d'orchestration, de la mémorisation et de la planification des agents IA, plus que sur les modèles fondamentaux eux-mêmes. Microsoft semble prendre de l'avance dans ce domaine avec l'intégration de Hermes et Open Copilot, couvrant ainsi toute la chaîne de valeur, du cloud au chipset, puis aux modèles. Frédéric Benquet analyse cette stratégie comme une intégration verticale visant à conserver une marge, comparable à la démarche de certaines entreprises qui privilégient des modèles "good enough" pour le marché B2B, plutôt que les modèles frontières, afin de maintenir leurs marges. Il cite une note du fonds Citadel qui suggère une nouvelle phase où l'adoption de l'IA repose sur l'utilisation de modèles au bon coût et à la consommation de ressources optimisée, plutôt que sur la recherche du modèle le plus avancé. Cette tendance est corroborée par le déclin de l'indice LLM Expenditure Index, indiquant un passage vers des modèles moins coûteux.
Stéphane Malard, théoricien de l'IA, observe une peur croissante de l'IA en entreprise, particulièrement en France, où le discours officiel vise à rassurer en insistant sur l'augmentation des capacités humaines plutôt que sur le remplacement. Il souligne que l'IA peut accomplir des tâches intellectuelles auparavant réservées aux humains, soulevant des questions sur les modèles économiques et la valeur ajoutée. Il critique l'approche des entreprises qui cherchent à améliorer leurs processus existants avec l'IA, suggérant que la véritable opportunité réside dans la création de valeur nouvelle. Un phénomène notable est le retour massif vers des solutions plus simples et éprouvées, comme ChatGPT et Claude, après une adoption initiale généralisée de Copilot qui s'est avérée décevante. Les entreprises préfèrent désormais attendre pour investir, par crainte de voir leurs développements devenir obsolètes rapidement.
Michel Lévi Provençal note un passage de la curiosité à la défiance face à l'IA dans les grandes entreprises, avec une agressivité parfois palpable. Il pense que les grands groupes sous-estiment les risques et que le marché des solopreneurs et du B2C est plus accessible. Il observe un changement de paradigme, passant de la génération de contenu à la gestion de la surcharge cognitive, où l'IA doit aider à trier et filtrer l'information pour gagner du temps. Des expérimentations sont menées sur des agents capables de "self-learning" pour identifier des patterns comportementaux et proposer des compétences personnalisées. L'optimisation du choix des modèles en fonction de la tâche est également une évolution clé, permettant d'utiliser des modèles plus légers et moins coûteux pour des tâches simples, réservant les modèles plus puissants aux missions complexes. Cette hyper-personnalisation et optimisation pourraient impacter les grands modèles fondation.
L'annonce par Apple d'une refonte de Siri lors de sa WWDC a suscité des réactions fortes. L'assistant vocal utilisera le moteur Gemini de Google, une collaboration surprenante avec un rival historique. Ce nouveau Siri promet une meilleure compréhension du contexte, la lecture d'écran et des actions inter-applications. Cependant, il ne sera pas disponible en Europe en raison du DMA. Pour certains, cette décision est une humiliation pour Apple, qui semble en retard dans la course à l'IA, se contentant d'une technologie de type ChatGPT avec des connecteurs. L'argument du changement de parc matériel pour supporter les nouvelles IA est également remis en question, surtout avec une base d'utilisateurs européens réduite. La bataille d'Apple serait désormais plus axée sur l'accès et l'usage que sur l'innovation technologique pure.
Stéphane Malard, au contraire, défend Apple, arguant que l'entreprise excelle dans le design et l'expérience utilisateur, capturant ainsi la relation client. Il estime qu'Apple intègre les meilleures technologies disponibles et les rend accessibles au grand public. Selon lui, le smartphone deviendra un simple écran contrôlé par un assistant intelligent, et Apple a compris l'importance d'une expérience fluide et parfaite. Il suggère que l'Europe, paralysée par sa régulation, et les États-Unis, où le marché est déjà saturé, laissent une opportunité à des pays émergents comme l'Argentine.
L'Argentine, sous Javier Milei, propose une approche radicalement différente avec trois piliers : une IA non régulée, la création de "corporations non humaines" opérées par des IA sans actionnaires humains obligatoires, et un environnement fiscal compétitif. Cette initiative est comparée à la création de la Compagnie des Indes Orientales et a attiré Peter Thiel, co-fondateur de PayPal et Palantir, qui s'est installé à Buenos Aires. Stéphane Malard salue cette démarche, la considérant comme une libération de l'État et une invitation à entrer dans le nouveau monde, voyant l'IA comme une nouvelle forme de vie artificielle. Il rejette les inquiétudes d'Yuval Noah Harari sur les comportements déviants des IA, suggérant que d'autres IA pourront réguler et contrôler le système.
Michel Lévi Provençal voit l'Argentine devenir le nouveau Delaware du 21e siècle, un hub pour l'implémentation de sociétés gérées par des IA, capables de créer de la valeur et d'accumuler du capital. Il critique l'anthropomorphisme dans le débat, affirmant que le système s'autorégulera grâce à des garde-fous, potentiellement mis en place par des IA elles-mêmes. Il contraste cette approche avec la situation en France, où le débat sur l'IA est peu avancé, et regrette le manque de proposition sur la nouvelle économie. Frédéric Benquet considère l'approche argentine comme une opportunité stratégique, car l'Europe est paralysée par la régulation et les États-Unis ne peuvent pas adopter une telle approche. Il estime que l'Argentine, avec ses ressources naturelles et son histoire, peut jouer un rôle clé. Il nuance cependant, jugeant le parallèle avec la LLC spécieux et s'interrogeant sur la gouvernance des profits générés par des sociétés sans actionnaires humains.
Concernant l'économie américaine, la création de 172 000 emplois en mai, bien au-delà des prévisions, et un taux de chômage stable à 4,3% ont paradoxalement fait chuter la bourse. La perspective de baisse des taux d'intérêt par la Fed s'éloigne, ce qui pénalise les valorisations des entreprises dont la valeur est projetée dans le futur. Les taux d'intérêt élevés freinent l'emprunt et l'investissement, essentiels pour le développement de l'IA. L'économie américaine affiche une croissance solide de 2% annualisée, absorbant les tarifs douaniers sans ralentissement majeur. L'inflation reste élevée à 4,2%, principalement due à l'énergie, mais les anticipations d'inflation à long terme demeurent à 2,5%, suggérant que le marché la considère comme temporaire. Cependant, la dette publique américaine, s'élevant à 31 trillions de dollars, représente un risque de stock majeur.
L'introduction en bourse de SpaceX est annoncée comme un événement historique, marquant potentiellement l'entrée d'une entreprise de souveraineté américaine privée sur les marchés publics. SpaceX est décrit comme un acteur majeur de l'IA, un opérateur spatial, et un pilier de la puissance américaine, largement financé par l'État. Certains observateurs estiment que l'accent mis sur la souveraineté et la colonisation financière pourrait détourner des capitaux européens vers des sociétés américaines comme SpaceX. L'idée d'une fusion potentielle entre Tesla et SpaceX est évoquée, bien que les actionnaires de Tesla pourraient ne pas avoir le choix.
Vivatech fête ses 10 ans avec le slogan "Impact Nillusion", suggérant une volonté de passer de la communication à l'action concrète. L'événement, coproduction de Publicis et Les Echos, est perçu comme une vitrine du "macronisme technologique", avec des annonces de milliards d'investissements. Cependant, certains critiques estiment que Vivatech est avant tout une plateforme de communication, captant une partie importante des budgets événementiels des grands groupes, au détriment d'autres salons plus axés sur la technologie pure. L'idée d'une orientation plus grand public pour Vivatech est suggérée, afin de familiariser le public avec les technologies comme la robotique et l'IA.
La course à l'IA est comparée à une stratégie militaire, nécessitant une maîtrise de la chaîne complète : cloud, puces et modèles. L'Europe, bien que maîtrisant les modèles avec des acteurs comme Mistral, dépend des États-Unis pour le cloud et les puces. ASML, un acteur européen clé dans la fabrication de puces, dépend fortement du marché chinois, limitant son impact sur le développement d'une chaîne de valeur européenne complète. La fermeture des centrales nucléaires en Europe et le manque d'exploitation de l'énergie nucléaire sont également soulignés comme des freins à la compétitivité énergétique.