
Comment elle a bâti une agence de créatrices en 2 ans
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Anastasia, 24 ans, est manager de créatrices de contenu sur des plateformes privées et les réseaux sociaux, et gère également une activité de coaching pour former d'autres personnes à faire ce qu'elle fait. Anciennement étudiante en droit pendant quatre ans, spécialisée en droit des sociétés et des contrats à Saint-Étienne, elle a toujours su qu'elle ne voulait pas travailler pour quelqu'un d'autre, aspirant à son propre business. Elle a commencé son activité en septembre 2024 (deux ans auparavant), après avoir découvert qu'il y avait peu de femmes dans ce domaine. Elle s'est lancée en prospectant sur Instagram, en cherchant des profils de femmes aimant déjà poser en lingerie, pour les guider sur les plateformes privées.
Ses débuts ont été rapides ; après avoir envoyé entre 200 et 300 messages, elle a trouvé sa première modèle en deux semaines, puis deux autres en un mois et demi. Elle a vite compris que les modèles devaient s'adapter à ses stratégies, et non l'inverse. Ses stratégies se basent sur la compréhension des algorithmes des réseaux sociaux pour générer du trafic et devenir virale, notamment via des reels, des lives, des stories et des carrousels. Elle insiste sur l'importance d'une analyse rigoureuse : noter l'heure, le jour, le hook, la description et les hashtags de chaque publication pour optimiser la visibilité.
Selon Anastasia, le nouvel algorithme de Meta (Instagram) exige désormais trois reels par jour pour être considéré comme un créateur actif et être poussé. Si l'on ne poste pas trois reels, on fait partie de l'algorithme mais on n'est pas propulsé. Elle suit attentivement les mises à jour du PDG d'Instagram, qui communique régulièrement sur les changements d'algorithme. Par exemple, les posts classiques sont désormais moins efficaces que les carrousels, et les vues ne sont plus l'indicateur principal de performance, l'engagement (likes, commentaires, partages, enregistrements) étant désormais privilégié.
Elle utilise Telegram comme "niche" pour regrouper les abonnés de ses modèles, afin de se prémunir contre les bannissements fréquents sur d'autres plateformes. Si un compte est supprimé, elle peut facilement rediriger sa communauté vers un nouveau lien. Elle a déjà eu recours à des services pour récupérer un compte Instagram banni, mais considère que le coût (2000-3000€) sans garantie de succès n'est pas viable à long terme.
Son business a décollé rapidement, avec des premières ventes significatives dès le début. Elle a géré une cinquantaine de modèles au fil du temps, mais n'en a que quatre actuellement, car elle est très exigeante et met fin aux contrats si les créatrices ne respectent pas leur part du marché. Le temps est de l'argent, et elle préfère investir son énergie sur des modèles motivées.
Concernant l'intelligence artificielle, Anastasia espère qu'une IA performante pourra un jour gérer le "chatting" (dialogue avec les abonnés), car les solutions actuelles sont "catastrophiques" en raison de la complexité des interactions humaines. Chaque abonné est différent et nécessite des réponses personnalisées.
Son équipe est composée de son associé, d'un manager de chatter, d'un manager d'assistants virtuels (VA), et d'une dizaine de personnes au total, le nombre variant selon le flux de travail.
Le lancement de son business a été un sujet délicat avec sa famille. Ses parents, issus d'une autre génération, ne comprenaient pas son choix d'arrêter ses études pour un business en ligne. Son père, plus ouvert, l'a encouragée tant qu'elle n'était pas elle-même modèle. Sa mère, avec qui elle vivait, a mis plus de temps à accepter, ne comprenant pas qu'elle puisse travailler toute la journée sur son canapé. Elle a commencé à prendre son activité au sérieux en voyant les résultats financiers.
Les plus grandes difficultés de son métier sont la dépendance aux algorithmes des réseaux sociaux, qui changent constamment, rendant l'acquisition de trafic et de nouveaux abonnés de plus en plus difficile avec la concurrence croissante. L'autre défi majeur est la gestion de l'humain, notamment des créatrices, qu'elle juge "complexe".
Elle raconte une anecdote où une créatrice a rompu son contrat sous prétexte qu'Anastasia gagnait plus qu'elle, sans comprendre qu'en tant que manager de plusieurs modèles, ses revenus cumulés seraient naturellement plus élevés. Elle souligne aussi le côté "très noir" du milieu, avec des cas de chantage et de harcèlement de la part de managers, des aspects qu'elle ne côtoie pas directement mais dont elle entend parler.
Anastasia défend la moralité des plateformes privées, affirmant que les femmes avec qui elle collabore font leurs choix en toute liberté. Elle ne les force jamais à faire du contenu qu'elles ne veulent pas, respectant leur "libre arbitre à 100%". Pour elle, ces femmes aiment se montrer et collaborer, et c'est leur choix d'être sur ces plateformes. Elle ne travaille pas avec des modèles latinas, car elles sont souvent motivées par la nécessité financière, alors qu'elle recherche des motivations basées sur l'ambition de devenir numéro un, de faire des collaborations et d'être reconnue dans le milieu.
Elle estime que la "mainstreamisation" des modèles, déjà visible aux États-Unis avec des marques collaborant avec elles, est également imaginable en Europe, bien qu'avec un certain retard. Les mentalités évoluent, et le milieu est moins tabou qu'il y a deux ans.
La principale barrière à l'entrée pour une modèle est la quantité de contenu à produire dès le début : des dizaines de contenus par jour sur les réseaux sociaux, sans compter le travail préparatoire pour les plateformes. Le rythme et la quantité sont obligatoires pour "décoller". Elle explique le "chauffage de compte" (warmup), une phase de 7 jours où l'on poste progressivement pour simuler une activité naturelle et éviter d'être banni par l'algorithme.
Elle ne recommande pas aux modèles de déléguer la gestion de leur compte principal, car cela peut entraîner une perte de motivation et de consistance. Ses créatrices gèrent leur compte principal, tandis qu'elle s'occupe des comptes secondaires (repost, clips). Concernant le clipping, elle n'a pas trouvé de bons prestataires externes et envisage de former des personnes en interne.
Anastasia a commencé à appliquer ses compétences en gestion de trafic à son propre compte Instagram, qui a été "shadow ban" (restreint) sur son premier compte. En redémarrant de zéro avec le nouvel algorithme, elle a atteint près de 300 000 vues de profil en deux semaines, en postant trois reels par jour, un post tous les trois jours maximum, et des stories quotidiennes. Elle précise que poster directement via l'outil d'édition d'Instagram et utiliser les "reels d'essais" (trial reels) booste la visibilité.
Elle constate que les contenus "full valeur" ou éducatifs sont moins valorisés par les algorithmes des réseaux sociaux (TikTok, Instagram) que les contenus divertissants ou les trends. Elle déplore cette tendance, soulignant que sur YouTube, une "révolte" est en cours car l'algorithme privilégie le "drop" (l'accroche) en début de vidéo, au détriment de la qualité du contenu sur la durée.
Anastasia n'a jamais suivi de formation ou de coaching, mais a appris en allant chercher l'information auprès des bonnes personnes sur les réseaux. Elle recommande toutefois les coachings pour gagner du temps et éviter les erreurs.
Elle a toujours senti être "différente", ne comprenant pas les "incohérences" comme demander des congés ou l'idée de travailler pour quelqu'un. Son ambition finale n'est pas un objectif exact, mais une vie avec un mari, des propriétés, et une vision de la vie comme un "jeu vidéo" où tout est possible. Elle aimerait vivre aux États-Unis, bien qu'elle apprécie Dubaï pour l'instant. Elle cherche un homme fidèle, ambitieux et entreprenant, avec qui elle pourrait se "pousser au niveau argent". L'argent est pour elle une "obsession saine" et un jeu. Elle n'a pas de somme en tête, estimant qu'il n'y en aura "jamais assez".
L'intervieweur, fasciné par son énergie et son intelligence, lui suggère d'utiliser ses compétences pour un projet 100 fois plus ambitieux, comme créer une marque iconique dans le B2C, qui pourrait la mener à devenir milliardaire. Il lui conseille de ne pas se limiter aux "steps" (étapes) mais de viser directement la "step finale", citant l'exemple de femmes qui ont bâti des fortunes sans passer par des étapes intermédiaires. Il lui propose d'explorer des secteurs comme les produits de consommation (shampoing, savon, boissons) où la force de la volonté, de la communication et du contenu peut créer des marques à succès avec des revenus "infinis". Il mentionne l'exemple de la marque de protéines David, valorisée un milliard en deux ans, ou de la marque de boissons Brise, qui a fait 50 millions de ventes en deux ans via des lives TikTok. Anastasia reconnaît que son milieu actuel est "trop niché" et limité, mais elle hésite sur le type de business où elle excellerait. L'intervieweur l'encourage à retrouver l'énergie de ses débuts, où elle est partie de zéro, et à ne pas s'inventer des limites.