
IA : la croissance ne suffit plus, Wall Street veut du cash
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Cette semaine a été marquée par des turbulences majeures sur les marchés financiers, notamment pour les géants de la technologie et de l'IA. Alphabet (Google) a connu sa pire séance boursière, perdant plus de 12%, avec 500 milliards de dollars de capitalisation partis en fumée. Amazon a également chuté de 5%, et Intel s'est effondré de 25%. Parallèlement, Christine Lagarde a annoncé son départ de la Banque Centrale Européenne (BCE) neuf mois avant la fin de son mandat, créant un coup de théâtre à Francfort.
Le marché ne valorise plus la croissance à tout prix, mais plutôt la capacité des entreprises à générer du cash. Le cash flow libre est devenu l'indicateur clé. Microsoft a affiché une croissance de 19% de son chiffre d'affaires et de près de 50% pour Azure, son service cloud. Son cash flow libre est positif, atteignant près de 19 milliards de dollars, ce qui lui a permis de gagner 5% après sa publication. Cependant, ce cash flow libre a reculé de 27% sur un an, en raison d'investissements qui ont doublé. Microsoft a également allongé la durée de vie comptable de ses data centers de 15 à 25 ans, ce qui amortit les dépenses plus lentement et gonfle artificiellement les bénéfices.
Alphabet, la maison mère de Google, a vu son chiffre d'affaires augmenter de 25% et son activité cloud doubler. L'entreprise a généré 42 milliards de dollars de cash sur le trimestre, mais a dépensé plus de 51 milliards en investissements, soit plus du double de l'année précédente. Cela a entraîné un cash flow libre négatif de 9 milliards de dollars, contre une attente de -2,7 milliards. C'est le deuxième trimestre consécutif avec un cash flow libre négatif, et les investissements devraient encore augmenter en 2027. La recherche Google, moteur principal de l'entreprise, a ralenti à +12%, en partie parce que son mode IA rapporte moins de publicité que la recherche classique, ce qui signifie que l'IA de Google grignote sa propre activité.
Amazon a également déçu, malgré une accélération de son cloud AWS à près de 40%. Le groupe n'a pas atteint ses objectifs de chiffre d'affaires et de bénéfices. Sur 12 mois, son cash flow libre est de -42 milliards de dollars, contre +15 milliards il y a un an, avec 220 milliards de dollars d'investissements cette année, et "sensiblement plus" l'année prochaine. Intel a clôturé la marche avec des prévisions décevantes et une annonce de consommation de cash cette année, entraînant une chute de 25%.
Au total, Amazon, Google, Microsoft et Meta ont dépensé plus de 200 milliards de dollars depuis le début de l'année, dont une grande partie au troisième trimestre. Le message du marché est clair : il ne s'intéresse plus à la vitesse de croissance, mais au coût de cette croissance et à sa rentabilité. Les entreprises qui génèrent du cash sont récompensées, celles qui en brûlent sont sanctionnées.
L'argent ne disparaît pas, il change de main. L'indice S&P 500, en version "équi pondérée" (où chaque valeur pèse le même poids), a gagné plus de 1% alors que les poids lourds de la tech chutaient. Les secteurs de la santé, de l'immobilier et de la consommation de base sont en hausse. Cela montre que la majorité des actions montent, mais que les performances des grandes capitalisations peuvent masquer des mouvements divergents.
Sur le plan technique, le Nasdaq est repassé sous sa zone de polarité des 29 400 points, indiquant une pression baissière. Le S&P 500 est revenu sur les 7 600 points, une zone clé à surveiller car une rupture en dessous transformerait une tendance neutre à court terme en tendance baissière. Le Dow Jones, composé de valeurs industrielles, se porte mieux.
Concernant les banques centrales, trois rendez-vous majeurs ont eu lieu : la Fed, la BCE et la Banque du Japon. La Fed a maintenu ses taux inchangés, mais le marché anticipe une nouvelle hausse en décembre. Deux membres du comité ont voté pour une hausse immédiate, une première depuis 1992 pour une gouverneure et une présidente régionale. Jerome Powell a donné peu d'indications pour l'avenir, annonçant moins de réunions de décision l'année prochaine, ce qui pourrait augmenter la volatilité des marchés. Les chiffres de la croissance américaine au troisième trimestre (3,4%) et de l'inflation PCE (3,6% sur un an) sont élevés, suggérant une économie forte mais une inflation persistante, ce qui conforte l'anticipation d'une hausse de taux en décembre.
La BCE a également maintenu ses taux inchangés à 2,5%, après deux hausses cette année. L'inflation en zone euro est à 3,8%, bien au-dessus de l'objectif de 2%. Christine Lagarde a confirmé que de nouvelles hausses de taux avaient été discutées, et 80% du marché anticipe une hausse en décembre.
La Banque du Japon a aussi laissé ses taux inchangés à 1,25%, mais estime pour la première fois que l'inflation de fond a atteint son objectif de 2%. Cela ouvre la porte à une hausse des taux dès décembre et elle a annoncé tripler le rythme de vente de ses ETF actions à partir de janvier, ce qui pourrait tendre le "carry trade" (emprunt dans une devise à faible taux pour investir dans une devise à taux plus élevé).
En résumé, aux États-Unis, en Europe et au Japon, l'argent ne devrait pas redevenir bon marché de sitôt. C'est pourquoi le marché est devenu si exigeant avec les dépenses des entreprises technologiques. L'argent coûte cher, et chaque milliard investi doit prouver sa rentabilité.
Le départ de Christine Lagarde de la BCE, le 7 février 2027, avant la fin de son mandat, intervient avant les élections présidentielles françaises d'avril 2027. Cela permet à Emmanuel Macron et Friedrich Merz de choisir son successeur avant le scrutin. Lagarde a exprimé son désir de retrouver sa liberté de parole sur les sujets politiques.
Côté dette française, Moody's a maintenu la note de la France, offrant un sursis temporaire. Le taux à 10 ans français s'est replié sous les 5%, mais l'écart de taux avec l'Allemagne reste significatif (160 points de base). L'économie française, cependant, cale. Le PIB du troisième trimestre a reculé de 0,1% (après 0% au deuxième trimestre), et la consommation des biens a baissé de 0,5% en septembre. L'inflation, elle, remonte à 3,4% sur un an en octobre. Ce cocktail d'économie qui recule et de prix qui accélèrent est le pire scénario pour les banques centrales, pouvant mener à la stagflation. Le budget 2027 est également sous pression, avec la suppression de la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises par les députés.
Malgré ce contexte, le CAC 40 se porte relativement bien, ayant performé à plus de 2,5% cette semaine, comme le DAX allemand. Cela s'explique par le fait que les grandes entreprises du CAC réalisent l'essentiel de leur chiffre d'affaires hors de France et que l'indice contient peu de valeurs technologiques américaines. L'argent se déplace de la tech vers des secteurs comme la santé, la banque et les valeurs. Sanofi, par exemple, a gagné 5% après avoir relevé ses objectifs 2026. Le CAC n'est pas complètement immunisé, mais il est moins exposé aux déboires de la tech.
L'or, qui avait été une valeur refuge, est repassé sous les 4 000 dollars l'once. L'or ne rapporte rien, et avec un taux réel américain (taux moins inflation) à 2,6% au-dessus de l'inflation, l'or perd de son attrait. De plus, même dans un contexte de tensions géopolitiques et de baisse de la tech, l'or ne joue plus son rôle de valeur refuge cette semaine. Le dollar est également plus faible, en baisse de 4% en octobre.
La semaine prochaine sera chargée avec les élections de mi-mandat aux États-Unis (midterms) le mardi 3 novembre, où les démocrates sont favoris pour reprendre la Chambre. La question iranienne et le pétrole resteront des sujets majeurs. Des publications de résultats importants sont attendues, notamment Apple et AMD. Enfin, le rapport sur l'emploi américain en octobre et la décision de la Banque Centrale d'Angleterre sont à surveiller. Les publications américaines reviendront à 14h30 en raison du changement d'heure.
En résumé, la tech doit prouver sa capacité à générer du cash, les banques centrales maintiennent la pression, la France ralentit mais le CAC encaisse des flux, et il y a des rotations sectorielles. Il est crucial de suivre ses niveaux, couper les pertes quand il le faut et préserver son capital pour de meilleures opportunités.
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