
Trump à Pékin : la guerre économique qui va détruire les emplois américains !
Audio Summary
AI Summary
Aujourd'hui, Silicon Carnet explore des sujets technologiques et géopolitiques majeurs, de la visite du président américain en Chine à l'audition d'Arthur Mench devant l'Assemblée nationale, en passant par l'IPO démesurée de SpaceX.
La visite d'un président américain en Chine, la première en neuf ans, s'est déroulée dans un contexte de tensions. La guerre en Ukraine impacte les chaînes d'approvisionnement, les tarifs commerciaux imposés par Trump restent en vigueur, et la Chine rattrape son retard en matière d'intelligence artificielle plus vite que prévu, surprenant les Américains. Le président américain s'est rendu à Pékin avec 17 patrons de la tech américaine, dans le but de stabiliser les relations. Une anecdote fascinante a marqué cette visite : le président a découvert le mardi matin que Jensen Huang, le PDG de Nvidia, ne faisait pas partie de la délégation. Jensen Huang joue un rôle crucial d'interface entre les États-Unis et la Chine, notamment sur la vente de puces. Le président a donc demandé à Air Force One de faire une escale en Alaska pour récupérer Jensen Huang et l'intégrer à la délégation. La question se pose de savoir si cet oubli était volontaire, compte tenu de la volonté d'une frange de l'administration de bloquer la vente de puces aux Chinois. Cependant, face à la pression médiatique, le président a rectifié le tir, comme en témoigne un tweet élogieux envers "le grand Jensen Huang".
Il y a également une dimension géopolitique, car Jensen Huang est Taïwanais et a exprimé son admiration pour Taïwan, une île à la pointe de la révolution technologique. Le sujet Taïwan-Chine est hautement sensible. Le président américain, agissant plus comme un PDG que comme un chef d'État, a souhaité faire du business, s'entourant de personnes partageant cette vision. Il a pu être réticent à inclure Nvidia dans les négociations pour ne pas irriter la Chine. Les chiffres montrent que la part des revenus de Nvidia provenant de la Chine est passée de 25% en 2024 à 9% prévu en 2026, preuve des restrictions sur les exportations de puces. Cependant, l'une des concessions faites par le président a été d'autoriser les sept plus grandes entreprises chinoises à acheter des puces Nvidia, ce qui semble contradictoire avec l'intention initiale d'empêcher Nvidia de faire du commerce avec la Chine.
Pendant que les États-Unis et la Chine poursuivent leur guerre économique et technologique, une différence stratégique notable se dessine concernant l'intelligence artificielle. Début mai, un tribunal de Hangzhou a rendu une décision inédite : une entreprise technologique ne peut pas licencier un employé pour le remplacer par l'IA. Cette jurisprudence chinoise contraste fortement avec les États-Unis, où les entreprises technologiques licencient massivement, invoquant des gains de productivité liés à l'IA, souvent de manière anticipée. La Chine anticipe légalement ce problème social et cherche à ralentir l'impact de l'IA sur l'emploi, contrairement aux États-Unis.
Cette approche chinoise, qui protège davantage la communauté, n'a pas surpris, car le Parti communiste chinois a toujours été sensible aux troubles sociaux. En France, un tel licenciement pour cause d'automatisation serait également irrecevable. La Chine cherche à inventer un modèle, peut-être un revenu universel ou un ralentissement de la croissance pour maintenir un faible taux de chômage. Ce contraste économique et social est frappant, avec l'Europe observant ces dynamiques.
Les sondages révèlent que 80% de la population chinoise est enthousiaste face à l'IA, contre environ 40% en Europe et aux États-Unis. Cette confiance chinoise pourrait s'expliquer par la conviction que l'État les protégera. Le Parti communiste chinois a toujours œuvré pour la stabilité sociale. La Chine pourrait ainsi définir un "capitalisme stable", investissant à long terme et protégeant les salariés, à l'opposé du capitalisme financiarisé et instable américain. La Chine est perçue comme un pays où l'État est omniprésent, mais où l'insécurité est faible.
En France, la perception est différente. Lors de l'audition d'Arthur Mench, PDG de Mistral AI, devant la commission d'enquête parlementaire, il est apparu que les gouvernants français manquent de compréhension des enjeux de l'IA. La question d'un parlementaire sur la définition d'un "token" illustre ce fossé. Cette ignorance contraste avec la planification à long terme de la Chine, qui intègre la technologie au niveau de l'État.
Aux États-Unis, le marché du travail est en pleine mutation. Malgré une croissance économique et un faible taux de chômage (4%), il est de plus en plus difficile de trouver un emploi, surtout pour les jeunes diplômés (22-27 ans) dont le taux de chômage atteint 5,6%. Les entreprises, notamment dans la tech, gèlent les embauches en anticipant l'impact de l'IA. Amazon a supprimé 16 000 postes, Oracle 30 000, Meta 8 000, et PayPal 4 800. Les entreprises semblent avoir trouvé un moyen de croître sans recruter, ce qui soulève des questions sur l'avenir de l'emploi.
Ce phénomène rappelle les années 80, lorsque les États-Unis ont laissé mourir leurs industries lourdes face à la concurrence, provoquant des ravages dans la "Rust Belt", mais se sont ensuite réinventés vers les services et la technologie. L'Europe, elle, avait subventionné ses industries, aboutissant à des "industries zombies" et un chômage plus élevé. Les États-Unis semblent prêts à accepter une transition violente, quitte à sacrifier des travailleurs, pour forcer le système éducatif à s'adapter. Cependant, la magnitude du problème de l'IA pourrait rendre cette approche ingérable. L'exemple d'une grande entreprise française formant son encadrement intermédiaire à l'IA, où les employés réalisent en 10 minutes ce qui prenait 3 jours, déprime les salariés qui se sentent inutiles.
Arthur Mench, PDG de Mistral AI, a présenté ses préoccupations devant la commission d'enquête parlementaire française. Sa société vise un milliard d'euros de revenus en 2026 et une valorisation de 12 milliards. La commission d'enquête, intitulée "sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique et les risques pour l'indépendance de la France", a été critiquée pour son titre et le manque de compréhension des parlementaires.
Arthur Mench a été jugé très critique envers l'Europe, pédagogue et quantitatif. Il a souligné que l'enjeu était économique, estimant un déficit d'un trilliard d'euros d'ici 5 ans si l'Europe ne sécurise pas ses infrastructures d'IA. Il a comparé l'IA à une ressource naturelle, expliquant qu'elle transforme l'énergie en intelligence (tokens). Vendre de l'électricité plutôt que la transformer en intelligence sur le sol européen, via des data centers, représente une perte économique colossale. Si l'Europe n'utilise pas son surplus d'énergie pour l'IA, les hyperscalers américains comme Microsoft, Amazon et Google viendront déployer leurs data centers, créant de l'activité locale mais renforçant la dépendance.
Mench a insisté sur trois enjeux majeurs pour un pays avec l'IA : la révolution des processus industriels (la propriété de l'IA est cruciale pour l'industrie), l'aspect militaire (l'IA est stratégique pour la puissance militaire), et l'impact économique massif. Il a estimé que si l'Europe utilisait l'IA pour 10% de sa masse salariale, cela représenterait un trilliard d'euros de déficit commercial si la technologie était importée. L'Europe s'inquiète de sa dépendance au cloud, mais Mench estime que la bataille est perdue. En revanche, l'IA offre une opportunité de créer une nouvelle industrie, à condition de privilégier les acteurs européens.
Mench a également critiqué la réglementation européenne, estimant qu'elle favorise les gros acteurs en imposant des contraintes trop lourdes pour les petites entreprises. Cette complexité réglementaire décourage les entrepreneurs de s'installer en Europe, les poussant vers les États-Unis. Il a également abordé la question de la commande publique, qui représente 50% du PIB européen, comme un levier colossal pour construire des champions technologiques, à l'image des États-Unis et de la Chine. Il a déploré que l'Europe ait peur d'utiliser cet atout.
Concernant l'avenir de Mistral, Arthur Mench a déclaré qu'un rachat serait un échec, visant plutôt une cotation en bourse. C'est une position courageuse, mais qui interroge les investisseurs, car le marché boursier européen offre moins de liquidités. Cependant, une IPO de Mistral pourrait générer de l'enthousiasme et servir de précédent pour d'autres entreprises européennes.
Cédric O, ancien secrétaire d'État au numérique, a également été auditionné. Il a rappelé que le principal problème n'est pas la régulation, mais le manque d'argent. L'Europe est incapable de mobiliser des montants équivalents à ceux levés par des entreprises comme OpenAI (180 milliards d'euros). L'épargne européenne est dirigée vers l'immobilier et les obligations d'État, finançant le système social plutôt que l'innovation. Sans des centaines de milliards investis dans ces entreprises, l'Europe ne pourra pas rivaliser. Ce pessimisme est partagé, car le modèle social européen, qui consomme l'essentiel de l'argent public, semble impossible à changer sans une catastrophe majeure.
La France, malgré ses talents, est confrontée à un environnement difficile pour les entrepreneurs. La complexité administrative et le manque de réactivité de l'État sont des freins majeurs. Les politiques sont jugés incompétents sur les sujets technologiques, et il n'y a pas de leadership politique fort pour aborder l'IA de manière structurée et responsable.
Enfin, l'émission a abordé l'introduction en bourse de SpaceX, qui s'apprête à réaliser la plus grande IPO de l'histoire, visant 75 milliards de dollars levés et une valorisation de 1750 milliards. La structure de gouvernance est inédite, avec Elon Musk détenant 83% du pouvoir de vote, le rendant indélogeable. Son plan de rémunération est également hors norme, avec 500 milliards de dollars liés à l'objectif de coloniser Mars avec un million de personnes. Elon Musk est vu comme un visionnaire capable de créer de nouveaux marchés, essentiels pour l'économie américaine. Son approche révolutionne l'IPO en donnant le pouvoir au fondateur, à condition qu'il soit visionnaire et intelligent. SpaceX repose sur Starlink, une constellation de satellites générant 11,4 milliards de revenus en 2025 avec une marge de 63%, et le monopole spatial, avec 80% des lancements mondiaux. L'objectif d'Elon Musk est de devenir le premier entrepreneur à peser un trillion de dollars, en allant vivre sur Mars.