
Anthropic vs OpenAI : la guerre des IPO n'aura pas lieu !
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L'émission "Silicon Carnet" aborde le report des introductions en bourse (IPO) d'Anthropic et d'OpenAI, initialement prévues comme les plus importantes de l'histoire, avec des valorisations approchant les 2000 milliards de dollars. Sam Altman, PDG d'OpenAI, a annoncé que l'entreprise n'entrerait pas en bourse cette année, jugeant le moment "inapproprié". Anthropic a également décalé son IPO d'octobre à novembre. La question centrale est de savoir si ces reports sont un acte de prudence ou un calcul financier.
L'émission retrace une série d'événements récents. Le 9 septembre, Jacob Coxon, chercheur chez Anthropic et ancien d'OpenAI, a démissionné en accusant les laboratoires de "jouer avec nos vies". Trois jours plus tard, Evan Bengio, chercheur en alignement chez OpenAI, a estimé le risque d'extinction de l'humanité à 10%, une donnée sans fondement scientifique. Dario Amodei, PDG d'Anthropic, a alors appelé l'industrie à ralentir, rejoint par Sam Altman, qui a annoncé qu'OpenAI n'entrerait pas en bourse en 2026, malgré un dépôt de dossier confidentiel en juin. Le 18 septembre, le Wall Street Journal a révélé qu'Anthropic décalait son IPO d'octobre à novembre, visant une valorisation de 2000 milliards de dollars et cherchant à lever 100 milliards de dollars, surpassant potentiellement le record de SpaceX (75 milliards levés pour une valorisation de 1,8 milliard).
Le Financial Times a dévoilé des projections internes d'OpenAI montrant 278 milliards de dollars de pertes d'ici 2030, ce qui rend une entrée en bourse peu opportune. Le 25 septembre, il a été révélé que les sept fondateurs d'Anthropic, détenant chacun environ 2% du capital, souhaitent conserver plus de 50% des droits de vote en cas d'IPO.
L'émission explore plusieurs raisons possibles pour ces reports :
1. **Prudence ou stratégie financière ?** Evan Kera s'interroge sur la nature calculée de ces déclarations publiques de chercheurs, notamment celles concernant les risques existentiels de l'IA. Il estime qu'il est inhabituel que de telles déclarations soient tolérées juste avant une IPO, suggérant qu'elles pourraient être délibérées.
2. **Modèle économique non prêt et protection contre le "shorting" :** Valrand Mouléberto estime que les entreprises ne sont pas toutes prêtes financièrement pour une entrée en bourse. Rester privé leur permet de ne pas être "shortées" par le public et de maintenir une pression sur les autres acteurs en affirmant que si elles échouent, toute l'industrie échouera, garantissant ainsi un financement continu.
3. **Destruction de valeur et déplacement des revenus :** Valrand suggère qu'à force de faire monter leur valorisation, ces entreprises ont involontairement "détruit de la valeur" pour elles-mêmes. Le revenu de l'IA se déplace des modèles vers les infrastructures, piégeant les "chercheurs d'or" (développeurs de modèles) au profit des "vendeurs de pioches" (fournisseurs d'infrastructures). Le dumping des modèles IA chinois, moins chers et presque aussi performants, a également un impact négatif sur leurs projections de revenus.
4. **Financement privé alternatif et bons chiffres trimestriels :** OpenAI, ayant déjà levé 122 milliards de dollars en mars et pouvant encore lever sur le marché privé, n'a pas forcément besoin de s'introduire en bourse avec toutes les contraintes de transparence que cela implique. Anthropic, de son côté, pourrait vouloir publier ses excellents chiffres du troisième trimestre avant l'IPO pour montrer sa bonne santé financière, contredisant l'idée d'une perte de vitesse face à OpenAI.
5. **Responsabilité légale et alignement :** Dario Amodei est conscient des risques légaux liés au développement de l'IA. Il ne veut pas être comparé à Philip Morris, qui connaissait les dangers de ses produits sans les communiquer. En communiquant sur les dangers, il se protège en cas de futurs procès. L'objectif initial d'OpenAI, fondé par Elon Musk, était d'anticiper les dangers de l'IA en la rendant open source pour éviter qu'elle ne tombe entre les mains d'entreprises privées sans souci du bien de l'humanité.
6. **Contrôle des fondateurs :** Les fondateurs d'Anthropic souhaitent conserver le contrôle de la société même sans majorité du capital. Cela est lié à la crainte que les actionnaires, motivés par le profit, ne compromettent la sécurité et l'alignement de l'IA, des priorités pour les fondateurs.
7. **Concurrence chinoise et coût du "compute" :** Le graphique montre que l'utilisation des tokens par les modèles ouverts (souvent chinois) est passée de 20% à 80% en six mois, tandis que les modèles frontières fermés sont passés de 80% à 20%. Cependant, en termes de revenus, les modèles chinois ne représentent que 14% des dépenses, car ils sont souvent gratuits ou beaucoup moins chers. Valrand suggère que la stratégie chinoise est le dumping pour nuire aux entreprises américaines. Carl pense que la bataille se joue sur le "compute" : les modèles chinois utilisent la capacité de calcul américaine, ce qui pourrait être une stratégie pour détourner cette ressource.
8. **Risque de bulle financière macroéconomique :** L'investissement dans les data centers pour l'IA pourrait atteindre 10 300 milliards de dollars entre 2025 et 2032, soit 3,6% du PIB par an, un investissement colossal. Si l'IA ne génère pas suffisamment de revenus, cela pourrait entraîner une bulle financière. Le régulateur et Wall Street pourraient être réticents à prendre ce risque.
9. **Concurrence avec la dette américaine :** Le financement de l'IA concurrence le financement de la dette américaine. Les obligations des entreprises d'IA offrent des rendements plus élevés que les bons du Trésor américain, détournant ainsi les capitaux. La dette américaine est un problème majeur, avec des taux d'intérêt élevés et une charge d'intérêts qui a dépassé le budget de l'armée. Les marchés financiers font davantage confiance aux projets d'IA qu'au gouvernement américain, ce qui rend les IPO risquées dans ce contexte tendu.
La question de la rentabilité future de ces entreprises est posée. Evan Kera pense qu'il y aura une "commoditisation de l'intelligence", rendant difficile de générer des revenus substantiels en vendant des tokens. Les entreprises devront trouver des modèles économiques différents, comme maîtriser l'infrastructure (chips, data centers) ou se verticaliser en créant des produits de l'IA (par exemple, ChatGPT Finance, ou des applications dans la santé ou les matériaux). Elon Musk, avec X.AI, vise à créer le plus grand data center et à vendre cette capacité de calcul.
En conclusion, Carl exprime son intention d'acheter des actions si OpenAI ou Anthropic entrent en bourse, car il pense qu'elles détiennent les clés de cette économie. Il envisage une stratégie à la Alphabet, où des entités ultra-rentables seraient créées autour des modèles frontières, même si ces derniers ne sont pas directement rentables. Valrand achèterait également, mais à la condition d'acquérir toute la chaîne de valeur du "compute" (TSMC, ASML, Nvidia, Google, SpaceX, etc.), car c'est là que se trouve la véritable valeur, et il est incertain que les développeurs de modèles survivent. Il parierait davantage sur Anthropic que sur OpenAI.