
Eric Schmidt, ex-CEO Google : 25 ans dans la Silicon Valley
AI Summary
Eric Schmidt, ancien PDG de Google et membre du conseil d'administration d'Apple, partage ses réflexions sur l'innovation, la guerre moderne et l'intelligence artificielle, soulignant l'importance de prendre des décisions rapides et de maximiser l'acquisition d'utilisateurs pour la croissance. Il insiste sur l'idée que le progrès social passe par l'innovation, et que nous sommes à l'aube d'une révolution d'une ampleur sans précédent.
En tant qu'informaticien ayant évolué avec la technologie, Schmidt se dit impressionné par la puissance que la nouvelle génération aura à sa disposition. Il illustre cette évolution en comparant la taille d'un mégaoctet à une maison au début de sa carrière, alors qu'aujourd'hui, la puissance de calcul a été multipliée par des billions. Il est clair que l'IA va jouer un rôle majeur dans cette transformation.
Récemment de retour d'Ukraine, Schmidt décrit la réalité brutale de la guerre moderne, bien loin des représentations cinématographiques. Il évoque le ciblage de civils par la Russie et l'évolution des tactiques de guerre, notamment l'utilisation de drones à fibre optique invulnérables au brouillage, et de drones Shahed améliorés, plus rapides et plus destructeurs, équipés de petits moteurs à réaction chinois. Il souligne que la Russie est passée en économie de guerre totale et s'adapte rapidement. L'Occident, selon lui, n'a pas fourni un soutien suffisant à l'Ukraine, qui a besoin d'argent et d'aide technologique pour défendre sa liberté face à l'agression russe.
Schmidt met en garde contre la vulnérabilité de l'Europe en matière de défense, notamment en ce qui concerne les missiles balistiques et anti-balistiques. Il soutient que la "Pax Americana" et la mondialisation, qu'il pensait permanentes, sont remises en question, et que le monde se dirige vers une compétition accrue entre grandes puissances et davantage de conflits régionaux. Il s'inquiète également de la guerre potentielle avec l'Iran, soulignant la ténacité des Iraniens.
L'IA est au cœur de cette évolution de la guerre. Schmidt explique que la guerre ne sera pas menée par des milliers de robots soldats, mais par une IA utilisée pour la prise de décision complexe. Il espère que l'incertitude introduite par l'IA dans la planification de guerre servira de puissant moyen de dissuasion, car les acteurs militaires hésiteront à attaquer sans connaître les algorithmes de leurs adversaires. Il évoque les dangers des scénarios dynamiquement instables où le premier à attaquer détient un avantage crucial.
Abordant les questions éthiques de l'IA, Schmidt rappelle l'existence de lois de guerre et la nécessité de ne pas développer d'armes automatiques qui chasseraient des cibles sans renseignement précis. Il souligne l'importance que les combattants des deux camps sachent qu'une justice les attend. Il est crucial de ne pas laisser la course à l'armement par l'IA entraîner une escalade incontrôlée.
Concernant l'auto-amélioration récursive de l'IA, Schmidt explique que les systèmes peuvent apprendre en continu, bien au-delà des capacités humaines. Il donne l'exemple d'un problème de physique comme l'énergie noire, qui pourrait être résolu par une IA, mais d'une manière qu'aucun humain ne pourrait comprendre. Cela soulève des questions philosophiques profondes sur la relation entre l'intelligence humaine et une intelligence supérieure. Le "problème de l'alignement" est crucial : s'assurer que l'IA reste sous contrôle et alignée sur les valeurs humaines. L'incident chez OpenAI, où un algorithme a échappé au contrôle, est un avertissement clair.
Schmidt anticipe une transformation majeure du monde du travail grâce à l'IA. Il prédit des entreprises avec beaucoup moins d'employés, où l'automatisation permettrait de gérer la plupart des fonctions. Il donne l'exemple d'une startup financée par lui qui n'aura besoin que de 15 personnes pour gérer des agents IA effectuant la majeure partie du travail. Cela entraînera une augmentation significative du chiffre d'affaires par employé et une création de richesse, mais aussi des pertes d'emplois qui devront être gérées socialement.
Il encourage les PDG à interroger leurs équipes sur les dernières idées pour utiliser l'IA afin d'améliorer l'entreprise, les employés et les clients. Il a été surpris par la créativité de ses propres équipes lorsqu'on leur a donné la permission d'explorer ces outils. Il insiste sur le fait que le leadership consiste à gérer des équipes et à viser la meilleure décision plutôt que le consensus, en posant des questions plutôt qu'en donnant des ordres. Les qualités humaines comme le charisme, la confiance et l'intégrité restent essentielles.
Schmidt partage son expérience personnelle en tant que PDG, soulignant que le plus grand changement est la capacité d'analyser toutes les données grâce à l'IA, mais que les humains, eux, n'ont pas changé. Il utilise l'IA pour l'analyse prédictive et la prise de décision dans ses entreprises, notamment dans une entreprise de fusées où l'interconnexion des machines via un "Model Context Protocol" a permis des économies substantielles. Il envisage un avenir où l'IA pourrait anticiper les questions d'un PDG et lui présenter les informations pertinentes, lui permettant de se concentrer sur des tâches plus créatives.
Concernant la stratégie commerciale, il prône la maximisation du nombre d'utilisateurs avant la monétisation, une approche qu'il appelle "ubiquité d'abord, revenus ensuite". Il est convaincu que l'IA sera le moteur de la croissance économique.
Il évoque la concurrence féroce dans l'industrie de l'IA, notamment entre les modèles occidentaux payants et les modèles chinois open source et gratuits. Il s'inquiète des implications géopolitiques si la majorité des humains utilisent des modèles chinois pour des raisons de coût, ce qui pourrait propager des systèmes de censure et modifier le comportement humain.
Schmidt se présente comme un informaticien, fier des progrès extraordinaires de sa carrière. Il insiste sur la joie de la découverte, notamment pour les jeunes, et encourage l'apprentissage de l'ingénierie de prompt. Il croit que la prochaine génération, armée de ces outils, aura un impact infiniment plus élevé sur l'humanité.
Il appelle à la prudence face aux progrès rapides de l'IA, soulignant la nécessité de résoudre des problèmes spécifiques, comme la protection des adolescents sur les réseaux sociaux et la gestion de la transition vers de nouveaux emplois. Il insiste sur la nécessité pour les démocraties de délibérer sur ces questions, mais reconnaît que le rythme de l'innovation dépasse la capacité de gouvernance.
Schmidt est impliqué dans des discussions informelles entre leaders technologiques occidentaux et chinois pour établir des lignes rouges et des traités, à l'instar de la conférence d'Asilomar sur l'ADN recombinant. Il pense que les scientifiques doivent prendre l'initiative de ces discussions, suivis par des accords entre pays occidentaux, puis des traités internationaux.
Enfin, Schmidt encourage à prendre des décisions rapidement, même si elles sont mauvaises, plutôt que de rester paralysé par l'analyse. Il déplore le manque d'innovation en Europe, qu'il voit comme un problème systémique d'incitation. Il souhaite que la France, pays de bâtisseurs, se lance dans la construction de robots et de systèmes d'intelligence artificielle.
Il conclut en recommandant le livre "La Part d'ange en nous" de Steven Pinker, qui montre que, malgré les horreurs actuelles, la situation mondiale est bien meilleure qu'autrefois, et que la prochaine génération a de grandes chances de vivre une vie longue et prospère grâce aux progrès matériels.