
Guerre en Iran: pourquoi PERSONNE n'avait osé frapper aussi fort?
Audio Summary
AI Summary
Bonsoir à tous. L'actualité ne s'arrête jamais, et ce soir, nous avons l'honneur d'accueillir Siavosh Razi, un journaliste avec bientôt 40 ans d'expérience au service du public, fidèle au premier devoir de la charte de Dominique, qui est de fournir l'information au public, quels que soient les risques. Il a commencé sa carrière en 1988.
Nous allons aborder la situation en Iran, et je tiens à souligner l'excellente chaîne YouTube que Siavosh Razi vient de créer. Je vous encourage vivement à vous y abonner. C'est une source d'information francophone de première main, car Siavosh Razi est en Iran, et il est crucial d'avoir accès à ces informations directement locales, "direct producteur" comme on dit.
Cette nuit, la guerre en Iran a pris une tournure inattendue. Depuis plusieurs mois, on nous annonce une reprise des hostilités le vendredi, puis un apaisement le lundi pour calmer les marchés financiers. Cette contradiction permanente entre la promesse de paix imminente et la réalité de la guerre fatigue le public. On nous annonçait la fin de la guerre quelques jours plus tôt en Occident, et voici que des frappes historiques ont eu lieu.
Une information a circulé sur X selon laquelle l'Iran, via le corps des gardiens de la révolution, aurait déclaré la fin de l'ère du "tit for tat" (œil pour œil, dent pour dent). Cette politique, que j'avais expliquée dans mes shorts, consistait à riposter de manière équivalente à une attaque. Par exemple, si une usine était détruite, une autre usine serait détruite en retour, ni plus ni moins. Cette approche avait permis de maintenir une relative stabilité dans le conflit. Cependant, cette politique est désormais officiellement révolue.
Pour marquer cette rupture, l'Iran a fait quelque chose d'inédit dans toute l'histoire de la présence américaine dans le Golfe : frapper le quartier général de la 5e flotte au sein du SENCOM. Le SENCOM est le commandement le plus puissant des États-Unis, de loin, en charge du Moyen-Orient, une région stratégique pour les réserves pétrolières selon la doctrine Carter. C'est là que les États-Unis déploient le plus de moyens militaires. La 5e flotte, la mieux équipée du SENCOM, a été frappée sans problème à Bahreïn. L'humiliation et la gravité de l'acte étaient telles que le SENCOM a d'abord démenti. Cependant, grâce aux notes de la communauté sur Twitter, la frappe est désormais confirmée. C'est un événement historique.
Avant de donner la parole à Siavosh Razi, je tiens à préciser la ligne éditoriale de cette émission. Nous allons bien sûr vous donner les faits, discuter des dépêches et les analyser avec le recul de Siavosh Razi. Mais je souhaite aussi aborder le concept de "journalisme de paix" (peace journalism) de Johan Galtung. Bien que nous ne puissions pas arrêter la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran, nous pouvons faire un effort pour vous donner les bases d'une couverture du conflit qui vise à comprendre ses causes, la propagande, et la déshumanisation des adversaires des deux côtés. Il est crucial d'éviter toute déshumanisation. C'est le mythe de Sisyphe cette guerre en Iran ; on nous dit que la paix est proche, puis la pierre retombe. Albert Camus a dit : "Il faut imaginer Sisyphe heureux." C'est ce que nous allons essayer de faire dans nos émissions.
Siavosh Razi, vous qui couvrez le Golfe depuis 1988, quel est votre point de vue sur cette frappe contre la 5e flotte, un événement censé être réservé aux ennemis des États-Unis ?
Siavosh Razi explique qu'il y a eu, selon la version iranienne, une attaque contre une antenne de télécommunication sur l'île de Qeshm et une frappe contre un superpétrolier iranien vide. Les gardiens de la révolution avaient prévenu que si les Américains continuaient à frapper le territoire iranien, la riposte serait vaste, et non plus "œil pour œil". C'est ce qui s'est produit. Malgré les démentis américains, des vidéos de lancement de missiles et des images satellitaires de destructions sur la base de Bahreïn confirment les frappes. C'est la première fois que l'Iran riposte de cette manière en période de quasi-cessez-le-feu.
Plusieurs bases militaires américaines ont été frappées à Kit et à Bahreïn, ainsi que trois bases aux Émirats arabes unis et les parties militaires des aéroports de Dubaï et de Koweït City. Les médias iraniens parlent également d'une attaque contre une base américaine en Syrie et un navire marchand qualifié d'"américano-sioniste". Enfin, une frappe a visé une base d'un parti d'opposition, le Komala, allié des États-Unis et d'Israël, qui visait à occuper une partie du Kurdistan iranien. C'est une riposte minutieuse de Téhéran.
Cela signifie que l'Iran contrôle non seulement le détroit d'Ormuz, mais aussi le ciel du Golfe Persique, du détroit d'Ormuz et de la mer d'Oman. Les gardiens de la révolution ont d'ailleurs communiqué cet après-midi, affirmant que l'Iran résisterait "jusqu'au départ du dernier soldat américain de la région" et "jusqu'à la libération de Jérusalem et la disparition d'Israël". Le ton monte, et malgré l'ampleur de ces frappes, la réaction de Donald Trump, qui a exprimé le désir de rencontrer le nouveau guide suprême iranien, montre que l'Iran est en position de force.
La veille, un épisode au Liban a également illustré la position dominante de l'Iran. Lorsque l'Iran a menacé de se retirer des négociations et de frapper Israël si ce dernier attaquait la banlieue sud de Beyrouth, Donald Trump a personnellement appelé Benjamin Netanyahu pour le réprimander en termes très insultants, stoppant ainsi l'opération prévue. L'arme du contrôle du détroit d'Ormuz a fonctionné, renforçant la puissance iranienne dans la région.
Je tiens à souligner que les missiles Patriot, censés intercepter ce type de frappes, n'ont pas fonctionné. Ces systèmes, dont le programme de recherche et développement date de 1976, sont obsolètes face aux armes hypersoniques iraniennes, bien plus récentes.
Siavosh Razi confirme également une autre dépêche majeure, très peu couverte par les médias mainstream : Donald Trump a effectivement dit à Netanyahu au téléphone "You're fucking crazy". C'est une rhétorique inhabituelle et sans précédent, confirmée par Trump lui-même. Netanyahu est dans une situation de conflit d'intérêts personnel, car la prolongation de la guerre retarde ses procès où il risque la prison. Trump l'a rappelé une seconde fois, lui disant que sans lui, Netanyahu serait en prison. C'est une déclaration diplomatique hors normes, qui souligne la tension dans l'alliance américano-israélienne.
Siavosh Razi précise que Trump avait déjà tenté d'intervenir dans la justice israélienne, demandant à la Knesset et au président israélien d'abandonner les poursuites contre Netanyahu, ce qui avait été refusé. Il est intéressant de noter que, jusqu'à présent, Netanyahu parvenait à infléchir la position de Trump par téléphone. Mais cette fois, c'est l'inverse qui s'est produit. Certains analystes, y compris dans la diaspora monarchiste iranienne, suggèrent que Trump et le fils de l'ancien monarque seraient "otages de quelque chose ou de quelqu'un", expliquant cette soumission passée. Ces déclarations sont de plus en plus évoquées en Iran et dans la diaspora.
Je vais rappeler les principes du "peace journalism" de Johan Galtung : cartographier le conflit, diversifier les sources, poser des questions orientées vers les solutions, auditer le langage, structurer l'article en profondeur, sélectionner des visuels éthiques, évaluer les conséquences, discuter des angles numériques et éviter la désinformation. C'est ce que nous nous efforçons de faire en recevant des journalistes comme Meron Rapoport d'Israël et Siavosh Razi d'Iran.
La miniature de cette vidéo, par exemple, montre de véritables images de missiles Patriot ayant échoué à intercepter les frappes iraniennes, notamment sur le QG de la 5e flotte. Les Iraniens avaient déjà montré qu'ils pouvaient frapper cette base, mais jamais de manière aussi chirurgicale sur le QG même, le joyau de la couronne de la région. Les Patriot n'ont pas fonctionné. Les renseignements chinois, de leur côté, ont permis aux Iraniens de briser la furtivité du F-35, un coup énorme pour le complexe militaro-industriel américain.
Siavosh Razi revient sur la diabolisation systématique des pays "ennemis" dans les médias occidentaux, l'utilisation de termes comme "régime des mollahs" ou "régime des gardiens de la révolution" sans preuve de divisions internes, et la qualification de "propagande" pour les images iraniennes, contrairement aux images américaines ou israéliennes. Il cite l'exemple d'une chaîne américaine affirmant que l'Iran avait utilisé des missiles chinois pour abattre un F-15, laissant entendre que l'Iran n'était pas capable de fabriquer de telles armes, alors que les mêmes experts vantaient il y a quelques mois la qualité des missiles iraniens utilisés par le Hezbollah.
Pendant la guerre de 40 jours, les Américains et Israéliens affirmaient systématiquement que les missiles iraniens étaient interceptés. Aujourd'hui, grâce aux médias américains, on sait que 15 bases américaines sur 17 ont été totalement ou partiellement détruites, et que des radars très coûteux, comme le système SAD au Qatar, ont été frappés. Les Iraniens ont également abattu 120 drones et touché une quarantaine d'avions américains, y compris des F-35. Cela démontre la capacité balistique et de drones de l'Iran à tenir tête aux Américains sans que le SENCOM ne riposte.
Siavosh Razi explique que l'Iran a développé une technologie permettant de repérer et de frapper les F-35 grâce à l'analyse des feux de leurs moteurs. C'est pourquoi des F-35 ont été visés et touchés par des missiles iraniens, explosant à proximité. C'est une surprise, même en Iran, où certains doutaient de l'efficacité de leurs missiles.
Concernant la démission du président Pezeshkian, Siavosh Razi dément les rumeurs de divisions au sein du pouvoir, affirmant qu'il y a une centralisation du commandement et une chaîne de commandement solide. Il y a eu un flottement après la mort de l'ancien guide suprême et l'assassinat de Dalilani, une personnalité importante qui dialoguait avec Poutine. Mais le pouvoir a été repris en main. Le président Pezeshkian, bien qu'il ait dit être prêt à mourir pour le pays, n'est pas la personnalité la plus apte à gérer le pays en temps de guerre. Un expert iranien, Saïd Leilaz, estime que le gouvernement agit comme en temps de paix, alors que les forces militaires sont mobilisées.
À terme, après la guerre, il pourrait y avoir un changement de constitution, avec la suppression de la présidence de la République et son remplacement par un Premier ministre, pour permettre au guide suprême de mieux contrôler les affaires du pays et améliorer la situation économique, qui est critique pour la population.
Siavosh Razi confirme que ces mutations de la société et du pouvoir iranien ne vont pas dans le sens de Washington. Les États-Unis pensaient que le régime serait renversé en quelques jours, convaincus par Netanyahu après