
Trump–Xi : les accélérationnistes ont gagné !
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La semaine dernière, la Silicon Valley, incluant des figures comme Elon Musk et Sam Altman, s'est réunie à la Maison Blanche pour un dîner d'État en l'honneur du président chinois Xi Jinping. Ce sommet, sur fond de débats intenses sur les dangers de l'intelligence artificielle (IA), a pris des allures de confrontation finale entre les partisans de la régulation et ceux qui refusent de freiner le développement de l'IA. La question centrale est de savoir si les "accélérationnistes" l'ont emporté ou si les "Doomers" ont réussi à instiller suffisamment de peur pour imposer des règles.
Le président Trump a donné le ton sur True Social, déclarant que la "super intelligence" serait un sujet de discussion majeur, mais qu'il souhaitait la laisser "exactement là où elle est", signalant un refus de changer d'avis sur la non-réglementation. Xi Jinping, de son côté, a affirmé que la Chine et les États-Unis, en tant que nations leaders de l'IA, ont la capacité et la responsabilité de garantir que son développement reste sous contrôle humain. Le compte rendu chinois du sommet a fait état de peu de progrès concrets, si ce n'est la promesse d'un dialogue sur les risques et les bénéfices de l'IA, évoquant même un "téléphone rouge" entre Pékin et Washington.
Parallèlement, un Conseil de sécurité de l'ONU, présidé par la France, s'est tenu le 22 septembre. Le président Trump a immédiatement rejeté tout "projet mondialiste de contrôle de l'intelligence artificielle". Des figures comme Sam Altman et Dario Amodei ont quant à eux plaidé en faveur d'une coopération internationale. Ces événements soulèvent plusieurs questions : ce sommet n'était-il qu'une opération de communication ? Pourquoi la Chine parle-t-elle de contrôler l'IA et pas les États-Unis ? Sam Altman et Dario Amodei ont-ils réussi leur pari de capture réglementaire ? Et sommes-nous face à une véritable guerre froide de l'IA entre les deux puissances ?
Jérémy Michel souligne que derrière la communication officielle de ces sommets, il y a des négociations en coulisses dont on ne saura rien. La seule information concrète révélée est l'envoi de deux pandas par la Chine aux États-Unis. Un élément plus révélateur est l'absence de Xi Jinping à l'Assemblée générale des Nations Unies, qui se tenait simultanément à New York. Cela suggère que les États-Unis et la Chine privilégient un cadre bilatéral pour discuter des questions importantes, reléguant le multilatéralisme à des discussions plus secondaires. Cela marque la fin du multilatéralisme au profit d'une discussion bilatérale entre les grandes puissances.
Fred Montagnon abonde dans ce sens, notant que le calendrier des événements – l'ONU, le sommet à Washington, et les dîners avec les leaders technologiques américains – est intéressant. Il est frappant de constater que les discussions se concentrent uniquement sur deux nations, la Chine et les États-Unis, comme si les cartes de la puissance en matière d'IA avaient déjà été redistribuées. Ces deux pays sont perçus comme les seules puissances de l'IA, occultant les efforts d'autres nations. Cette dynamique attire les talents et les capitaux vers ces deux pôles, ce qui est crucial étant donné la rapidité du développement de l'IA.
Jérémy Michel ajoute une statistique clé : la Chine produit 57% des talents en IA, tandis que les États-Unis en produisent un peu plus de 13%. Après migration, la part des talents actifs en IA est à peu près équivalente (environ 30%) entre les deux pays. Cela révèle une relation de codépendance et d'interdépendance entre la Chine et les États-Unis, similaire à celle concernant la dette américaine détenue par la Chine. Malgré la concurrence, il existe une interpénétration à tous les niveaux, y compris la recherche scientifique et la mobilité des talents. Par exemple, le fondateur du laboratoire chinois Zhipu AI, qui a créé le modèle GLM 5.2, a étudié et travaillé aux États-Unis avant de revenir en Chine. Un accord issu du sommet prévoit d'ailleurs que 100 000 étudiants américains pourront étudier en Chine, notamment en IA.
Il est paradoxal de voir le président américain rejeter toute réglementation multilatérale sur l'IA, affirmant que l'arsenal législatif existant et la responsabilité individuelle des dirigeants suffisent. En revanche, la Chine, un régime autoritaire, est celle qui parle de réglementation et de contrôle. Fred Montagnon se demande si la Chine ne cherche pas à ralentir le reste du monde pour prendre de l'avance. Il estime que les dirigeants qui comprennent réellement l'IA favorisent une créativité débridée pour éviter de devenir assujettis à d'autres nations.
Jérémy Michel précise que la réglementation chinoise se concentre sur l'utilisation de l'IA par sa propre population, notamment pour éviter que les citoyens n'utilisent l'IA pour échapper au contrôle du régime ou créer des deepfakes. L'IA, dans un régime techno-autoritaire comme la Chine, est plutôt un outil de renforcement du contrôle. La position chinoise n'est pas celle d'un ralentissement global comme certains acteurs occidentaux le souhaitent, mais plutôt une régulation interne pour maintenir la stabilité.
L'Europe, quant à elle, semble être dans une position délicate. Jean-Noël Barrot, ministre français, a prononcé un discours à l'ONU sur les "immenses possibilités" de l'IA, à condition que "le progrès de ces capacités doit s'accompagner d'un progrès équivalent dans notre aptitude à comprendre, évaluer et maîtriser les risques qu'elles font naître". Cependant, Fred Montagnon critique cette approche, la jugeant déconnectée de la réalité et trop axée sur la préservation plutôt que sur la création. Il estime que l'Europe manque d'acteurs majeurs dans l'IA et que sa stratégie de réguler ce qu'elle ne produit pas est "délirant".
Le dîner à la Maison Blanche, réunissant Trump et Xi Jinping avec des leaders technologiques comme Elon Musk, Jensen Huang (Nvidia), Lisa Su (AMD), Tim Cook (Apple), Mark Zuckerberg (Meta), Jeff Bezos (Amazon) et Sundar Pichai (Google), est révélateur. L'absence notable de Dario Amodei (Anthropic), figure des "Doomers" et partisan de la régulation, est interprétée comme un échec de l'opération de "peur" visant à imposer une autorité globale réglementaire. Bien qu'Amodei ait été invité à un tête-à-tête ultérieur avec Trump, son absence au dîner principal suggère une mise à l'écart, d'autant plus qu'Anthropic a été placée sur une liste noire des entreprises nuisibles aux intérêts américains par le Pentagone.
Jérémy Michel suggère que cette confrontation de Dario Amodei avec l'administration Trump pourrait être une stratégie calculée. En se positionnant comme un opposant au régime de Trump, Amodei pourrait se forger une image d'Elon Musk du camp démocrate, anticipant un éventuel retour au pouvoir des démocrates.
Quant à l'Europe, Fred Montagnon est sceptique quant à sa capacité à "revenir dans la course" en créant des "modèles frontières". Il estime que les moyens auraient dû être mis en œuvre bien plus tôt et que la course est déjà trop avancée. La "troisième voie" pour l'Europe pourrait être l'utilisation de l'IA pour transformer l'État et les industries existantes, plutôt que de chercher à concurrencer directement les géants actuels. Cependant, Carlos s'inquiète que cette approche soit trop axée sur la préservation du passé plutôt que sur la création de nouveaux acteurs, à l'instar de la Chine et des États-Unis.
Jérémy Michel propose une hypothèse "révolutionnaire" pour l'Europe : et si la meilleure stratégie était de s'inspirer d'Arthur Mensch (Mistral AI) ? C'est-à-dire, acheter des puces américaines, y intégrer des modèles chinois, et les commercialiser sous une marque européenne. Cette approche, bien que ne faisant pas "rêver", pourrait permettre à l'Europe de dépendre de plusieurs acteurs plutôt que d'un seul, à l'image du cloud où les infrastructures sont majoritairement américaines. En développant des infrastructures IA en Europe avec des modèles open-source, l'Europe pourrait conserver une partie de la valeur sur son territoire, contrairement au modèle du cloud. Cela reviendrait à jouer la "petite finale" des puissances moyennes, en multipliant les relations de dépendance pour maintenir une forme d'indépendance. Cette approche, bien que pragmatique et potentiellement tragique, pourrait être la solution la plus réaliste pour l'Europe.
En conclusion, la bataille pour le leadership et la régulation de l'IA se joue principalement entre la Chine et les États-Unis, qui privilégient les discussions bilatérales. Les États-Unis optent pour une approche non-réglementaire favorisant l'innovation, tandis que la Chine, tout en étant accélérationniste, met en place des régulations internes pour le contrôle social. L'Europe peine à trouver sa place, oscillant entre des discours multilatéraux peu concrets et une approche de préservation de ses industries existantes, se retrouvant potentiellement dans une position de dépendance multiple.