
Bruno Solo : doutes, racines et soif de liberté
AI Summary
Voici un résumé détaillé de l’entretien de Bruno Solo dans l’émission *Domino*, basé exclusivement sur la transcription fournie.
**Un homme en cohérence avec ses racines**
Bruno Solo se présente comme un homme dont l’image publique est en adéquation avec ses aspirations d’enfant. À 62 ans, il affirme avoir toujours cherché à être un individu libre, non soumis à une autorité qu’il n’aurait pas choisie. S’il s’apprécie aujourd’hui, il refuse tout narcissisme, admettant avoir parfois envie de se « donner des gifles ». Avec le temps, il est devenu plus indulgent envers lui-même, apprenant à cohabiter avec ses failles. Pour lui, le doute est plus constructif que la certitude ; il préfère la joie d’apprendre à la satisfaction de savoir.
L’acteur se décrit comme un « ultra-sensible », un trait qu’il lie à un tempérament neurologique particulier qu’on ne diagnostiquait pas à son époque. Cette sensibilité extrême, qui peut le faire pleurer à la simple évocation d’un souvenir, nourrit son jeu d’acteur. Il souligne d’ailleurs que le registre dramatique lui permet de se reposer en utilisant ses angoisses réelles, tandis que la comédie exige une technique constante et une énergie artificielle, parfois épuisante.
**La quête du bonheur et la sacralisation du quotidien**
Pour Bruno Solo, le bonheur n’est pas un état permanent mais une quête de petits instants courts qui font le « sel d’une journée ». Il place la fantaisie au cœur de toutes ses relations, qu’elles soient amoureuses, amicales ou professionnelles. Son bonheur absolu réside dans sa famille : sa femme Véronique, qu’il considère comme son âme sœur, et leurs enfants.
Il prône la « routine sacralisée ». Loin de craindre l’ennui, il trouve un équilibre profond dans les rituels quotidiens partagés avec son épouse depuis 26 ans, comme prendre un verre de vin le soir ou regarder une série sans comptes à rendre à personne. Il distingue la passion, qui peut aveugler, de l’amour, qui rend clairvoyant et permet de garder la juste distance avec un bonheur qui pourrait submerger.
**Inquiétudes paternelles et héritage familial**
L’acteur exprime une vive inquiétude pour ses enfants de 21 et 26 ans. Il estime que sa génération était mieux outillée pour envisager l’avenir. Il déplore la disparition de la nuance dans les débats actuels et la difficulté d’être totalement épanoui dans un monde saturé d’informations négatives. Il est particulièrement ému en évoquant sa fille, Angèle, atteinte d’un « handicap invisible » qui complique son rapport aux autres et son épanouissement. Il souhaite lui transmettre une « étincelle » pour l’aider à prendre son envol.
Son tempérament est le fruit d’un héritage contrasté : il tient de sa mère une facilité d’adaptation et un goût pour la futilité nécessaire, et de son père une certaine gravité et une rigueur intellectuelle. Bien qu’athée et agnostique, il croit fermement à la trace laissée par les disparus. Il continue de faire vivre ses parents en lui, allant jusqu’à « discuter » avec sa mère lors de pèlerinages réguliers sur sa tombe dans les Landes. Il confie d’ailleurs une fascination pour la quiétude des cimetières, qu’il voit comme des lieux de mémoire essentiels.
**De la « misère noire » au rire salvateur**
Bruno Solo revient sur une période sombre de sa vie. À 24 ans, il a connu la « misère noire », vivant deux ans de dépression profonde avec des pensées suicidaires. Seul, sans argent et démuni, il a frôlé l’abîme avant d’être sauvé par le rire. C’est un ami qui, en le secouant et en le faisant rire aux éclats, a réveillé l’étincelle de vie en lui. Ce « rire salvateur » a marqué sa renaissance.
Aujourd'hui, s’il a dompté sa timidité — née d’un complexe d’autodidacte face aux acteurs sortis de grands conservatoires — il reste un homme vigilant. Il utilise l’humour comme une « arme de construction massive » pour masquer ses fragilités. Il admet être sujet à des colères noires face à l’injustice, notamment concernant les violences faites aux femmes ou l’impunité de certaines personnalités publiques.
**Rapport au temps et à la mort**
Le temps qui passe oppresse désormais l’acteur. Il craint moins la mort que le déclin physique et intellectuel. Sa hantise est de perdre la mémoire et de ne plus pouvoir monter sur scène, un métier qu’il aime passionnément. En cas de déchéance irréversible, il se dit favorable à l’euthanasie si la souffrance l’emporte sur la conscience. Il préfère l’idée de l’enterrement à celle de l’incinération, souhaitant que sa « carcasse » serve l’écosystème.
**Convictions politiques et artistiques**
Fervent défenseur de l’histoire, Bruno Solo a été marqué par son incarnation de Pierre Mendès France, un rôle qui a suscité une immense fierté chez son père. Professionnellement, il regrette que le cinéma actuel ne lui propose plus les rôles qu’il désire, bien qu’il s’épanouisse à la télévision et au théâtre. Il relate avec humour avoir obtenu un rôle par un « bluff » audacieux auprès de Lambert Wilson, prouvant que le hasard provoque souvent le destin.
Sur le plan politique, cet homme de gauche se dit déçu par les idéologues. S’il a pu soutenir des figures comme Jean-Luc Mélenchon par le passé, il s’en distancie aujourd’hui, dénonçant des méthodes qu’il juge autoritaires. Il exprime une peur égale de l’extrême droite et d’une certaine extrême gauche. Face à ce qu’il perçoit comme un dilemme démocratique, il prône la reconnaissance du vote blanc pour exprimer le trouble des électeurs. Malgré ses craintes pour la France, il refuse l’idée de quitter le pays, prônant la résistance sur le terrain des idées. Pour lui, la France doit redevenir le pays des Lumières qu’elle incarne dans l’imaginaire mondial.