
The Billy Joel Interview
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Billy Joel commence l'interview en jouant un extrait de la Sixième Symphonie de Beethoven, la "Pastorale", qu'il décrit comme sa symphonie préférée et une œuvre joyeuse, écrite alors que Beethoven était de bonne humeur. Il révèle qu'il joue à l'oreille, sans lire la musique, une méthode qu'il a adoptée par paresse et par défi dès son enfance. Le piano familial, un Lester Upright "cassé", était son terrain de jeu pour découvrir la musique classique, son premier amour.
Sa mère, une mère célibataire, l'obligeait à pratiquer une heure chaque jour après l'école, car les leçons coûtaient cher. Cette discipline, bien que parfois rébarbative, l'a marqué. Il évoque aussi sa tentative d'apprendre le deuxième concerto pour piano de Rachmaninov à l'oreille, réalisant que certaines parties nécessitent de lire les partitions.
Billy Joel intègre des influences classiques, R&B, blues et jazz dans sa musique. Il souligne l'importance des dissonances, qu'il considère comme un outil essentiel pour transmettre l'émotion. Il donne l'exemple de sa chanson "And So It Goes", où les dissonances ajoutent de la tension et de l'émotion à une mélodie autrement "ennuyeuse". Il cite l'Adagio pour cordes de Samuel Barber comme une œuvre majeure qui l'a inspiré à utiliser les suspensions pour créer un mouvement émotionnel intense.
Il décrit "Summer, Highland Falls" comme ayant une sonorité "copelandesque" ou "américaine", avec de grands intervalles et des quintes à la main gauche, créant une sensation de "dépression maniaque" par son mouvement ascendant et descendant. Il apprécie l'équilibre entre les notes longues et les lignes mélodiques mouvantes, ainsi que les variations de tempo et d'intensité dans la musique, qu'il préfère à la monotonie.
Concernant le processus d'écriture, Billy Joel met l'accent sur les sons des voyelles, qu'il appelle "mouvements de voyelles", une idée qu'il attribue à Keith Richards. Ces sons influencent le choix des mots et leur interaction avec les accords. Il raconte l'anecdote d'"Honesty", une chanson qu'il avait initialement rejetée. Le titre est venu d'une nécessité de trouver un mot avec un son de voyelle "e" après que son batteur, Liberty Devito, ait suggéré "sodomy" comme titre temporaire. La mélodie d'"Honesty" est caractérisée par des changements de tonalité et des sauts qui la rendent mémorable, inspirés par les accords.
"Allentown" est un exemple de chanson dont la mélodie a longtemps existé sans paroles définitives. Initialement intitulée "Levittown", elle manquait d'un sujet fort. En tournant dans la Lehigh Valley, Billy Joel a été frappé par la désindustrialisation et le chômage, ce qui lui a inspiré les paroles en une seule journée. Ce fut un tournant pour lui, passant de sujets personnels à des thèmes sociaux, notamment sur l'album "The Nylon Curtain", où il a commencé à "regarder vers l'extérieur".
Il explique comment sa musique a évolué pour s'adapter à des salles de plus en plus grandes. "Piano Man", une chanson intime, convenait aux petits clubs, mais pour les grandes arènes, il fallait des morceaux plus puissants. "Just the Way You Are", une ballade qu'il trouvait trop "mushy", est devenue un succès grâce à l'insistance de Linda Ronstadt. Paul McCartney a même exprimé le souhait de l'avoir écrite, ce qui a "époustouflé" Billy Joel. Il compare sa sensibilité mélodique à celle de McCartney, tandis que John Lennon aimait les paroles plus "macabres" et le son des mots plutôt que leur sens strict. Billy Joel a lui-même expérimenté cette approche avec "We Didn't Start the Fire", une chanson qu'il juge musicalement faible mais dont les paroles sont "amusantes à mâcher". Il a même écrit "Laura" en essayant d'imiter le style vocal et l'esprit de John Lennon, peu après la mort de ce dernier.
Il explique sa méthode de catalogage des idées musicales : enregistrer des démos sur un magnétophone et donner des titres temporaires. La voiture est un lieu propice à l'écriture des paroles, car la concentration sur la route permet de se plonger dans la musique. Il compose toujours la musique en premier, à l'exception de "We Didn't Start the Fire". Il a des cassettes de chansons inachevées, dont certaines écrites à la guitare, comme une chanson sur des soldats allemands attendant le Jour J, où il exprime une empathie inattendue.
L'album "Glass Houses" marque un virage vers le new wave et le punk, avec une approche plus orientée guitare, car il était fatigué du son du piano. Il recherchait des chansons plus "fortes, plus grandes, plus puissantes" pour remplir les grandes salles comme le Madison Square Garden. Il reconnaît le new wave comme du "power pop", un son énergique qu'il a apprécié explorer.
Il raconte l'enregistrement de "Turnstiles". Initialement, il a enregistré des maquettes avec les musiciens d'Elton John, une idée de son manager Jimmy Guercio. Le résultat ressemblait trop au groupe d'Elton John, et Billy Joel voulait un son plus "rude" avec son propre groupe de Long Island. Il a donc renvoyé Guercio, une décision risquée pour sa carrière. George Martin, son héros, a voulu le produire, mais sans son groupe, ce que Billy Joel a refusé, préférant l'énergie et la "chimie" de ses musiciens, même s'ils n'étaient pas les plus professionnels. Le producteur Phil Ramone a compris cette vision, recherchant les "bords bruts" et le son rock and roll du live, enregistrant souvent les voix en direct avec le piano, malgré les défis techniques. Phil Ramone, qu'il décrit comme un génie, a même "concocté" le solo de saxophone de "Just the Way You Are" en assemblant six prises de Phil Woods.
La sélection des morceaux pour les concerts était un processus d'essais et d'erreurs. Ils adaptaient la setlist en fonction de l'accueil du public et de la popularité des chansons à la radio. L'album "The Stranger" a marqué un tournant, les chansons étant de plus en plus acclamées en live. Il décrit les discussions post-concerts pour évaluer ce qui a fonctionné ou non.
Billy Joel joue souvent des rythmes de batterie au piano, comme dans l'intro d'"Angry Young Man", inspirée par le motif de batterie de "Wipeout". Le piano est pour lui un instrument à percussion. Pour les chœurs de "The Longest Time", il a dû enregistrer toutes les parties lui-même après l'échec d'un groupe vocal. Il décrit cette technique comme le "chant de méthode", adoptant différentes attitudes pour chaque voix. Sa voix a évolué d'un ténor vers un baryton, et il préfère le son plus "mûr" qu'elle a acquis avec l'âge. Sa performance vocale préférée est celle de "Allentown", simple et directe.
Il participe au mixage de ses albums, intervenant vers la fin pour affiner les détails. Il reconnaît que l'expérience améliore la production, mais aussi l'autocritique. Il a atteint un point où il ne peut plus écrire de nouvelles chansons sans se "détruire" en cherchant un niveau d'excellence toujours plus élevé. C'est pourquoi, après "River of Dreams", il a décidé d'arrêter de produire des albums pop-rock, estimant avoir fait 12 albums, comme les Beatles. Il ne voulait pas diluer son héritage en sortant des œuvres de moindre qualité. Il s'est ensuite tourné vers la composition de pièces classiques pour piano, jouées par un virtuose, car il ne pouvait pas les interpréter entièrement lui-même.
Enfin, il considère "Wichita Lineman" de Jimmy Webb comme une chanson parfaite, notamment pour sa progression d'accords.