
Pierre RODRIGUEZ déconstruit nos croyances sur la magie et le vaudou
Audio Summary
AI Summary
La magie est avant tout une magie d'intention, et l'idée d'un pouvoir personnel est une illusion. L'inconscient, lui, est très réceptif aux symboles et aux métaphores, ce qui explique l'impact des pratiques chamaniques. Le seul contrôle que l'on possède vraiment dans la vie est notre capacité à s'abandonner au processus de l'existence.
Pierre Rodriguez, ethnothérapeute et praticien en sciences occultes, explique son approche. L'ethnothérapie est une pratique thérapeutique qui intègre la dimension spirituelle et symbolique de la personne, en tenant compte de ses croyances et de sa culture. Il ne s'agit pas d'ethnopsychiatrie, qui se concentre sur les minorités ethniques, mais d'une adaptation de l'accompagnement aux traditions et croyances personnelles de chaque individu. Pour Pierre, l'être humain est d'une complexité infinie, et les troubles répondent souvent à des symboliques profondes.
Pierre partage son parcours personnel, marqué dès son plus jeune âge par une déstabilisation face aux femmes, qu'il attribue à leur énergie puissante et leur "médecine" particulière. Il a compris cela bien plus tard, après diverses initiations. Il évoque l'idée que si les femmes avaient plus de pouvoir, le monde serait probablement moins "débile", rejoignant la pensée d'Alejandro Jodorowsky sur la nécessité d'un équilibre des deux pôles (masculin et féminin) au pouvoir.
Les épreuves de sa vie ont forgé l'homme qu'il est devenu. Le divorce de ses parents à 8 ans, les déménagements et une profonde solitude à l'adolescence, ainsi que son rapport aux femmes, ont marqué sa jeunesse. Il était solitaire et introverti, passant son temps à dessiner et explorer son monde intérieur. Son désir d'accompagner les autres n'est venu que bien plus tard, sans recherche consciente de "devenir" quelque chose. Il cite la "Bhagavad-Gita" : "Il faut faire les choses pour l'œuvre et non pour le fruit de l'œuvre." Il explique que si l'on agit uniquement pour le résultat, l'énergie est faussée. Il conseille aux thérapeutes en difficulté de se libérer de la pression financière pour se concentrer sur l'œuvre elle-même.
Le bouddhisme est entré dans sa vie peu avant un drame personnel, la disparition volontaire de sa sœur à ses 20 ans. Cet événement a été un effondrement et un déclencheur, le menant à une quête spirituelle intense. Alors qu'il ne croyait en rien, une expérience symbolique lors d'une marche l'a conduit à une "crise de foi". Une collègue lui a alors donné une Bible, et la lecture du Livre de Job l'a profondément bouleversé, lui donnant l'impression que tout était écrit pour lui. Il a alors commencé un cheminement, où un pasteur l'a aidé à interpréter les paraboles de sa vie, notamment celle du chemin qui se divise mais se rejoint toujours, symbolisant que peu importent les choix, on reste sur son chemin.
Pierre a ensuite voyagé en Afrique, au Togo, pour une expérience avec l'Iboga, une plante médicinale. Son intention était de se reconnecter à ses lignées ancestrales et de tenter de comprendre le sort de sa sœur. Il a passé six mois au Togo, se formant aux rudiments du Vaudou auprès des Bocons. Il précise que le Vaudou, qui signifie "esprit", est un culte des ancêtres et des esprits, un chamanisme primordial. Il explique le syncrétisme du Vaudou haïtien, né de la rencontre entre les croyances africaines, le catholicisme imposé par les esclavagistes et les traditions amérindiennes des Taïnos.
Il aborde la notion de magie, qu'il qualifie de "magie d'intention", qu'elle soit dite noire, rouge, blanche ou arc-en-ciel. L'illusion de pouvoir qu'elle procure n'est qu'une illusion, car l'homme n'a pas de pouvoir en soi. Le combat entre le bien et le mal se passe en nous, et chacun a une part d'ombre. Il rejette l'idée populaire selon laquelle "si on veut, on peut", surtout face à des problématiques psychiques intenses. Il insiste sur la nécessité de trouver des outils pour aller mieux, sans garantie de solutionner tous les problèmes.
Pierre évoque les cinq ennemis du processus d'évolution selon Castaneda : la peur, la clarté (qui peut mener à la suffisance), le pouvoir, la vieillesse (qui engendre la paresse) et la mort. Le pouvoir est une "grosse béquille" dans laquelle beaucoup tombent. Il cite un Lakota, Full Scroll, qui disait que la seule prétention d'un homme ou femme médecine est d'être un "parfait petit os creux" à travers lequel le grand mystère peut agir.
Son parcours l'a mené de gardien de la paix à ethnothérapeute, un cheminement qu'il qualifie de "fou". Il a combiné les deux professions pendant un temps, trouvant un équilibre entre le "perché" et le "terre à terre" de la vie. La police l'a ancré dans une réalité "ultra violente" et concrète, nécessaire pour son équilibre.
Il décrit son évolution personnelle : il est moins esclave de ses émotions, plus à l'écoute de son corps et de son mental, plus ouvert aux autres et plus confiant. Il est convaincu que le départ de sa sœur a été nécessaire pour qu'il devienne l'homme qu'il est aujourd'hui, et que toutes les personnes, même les pires, rencontrées dans sa vie ont été de grands enseignants.
Ses principaux enseignements ne viennent pas de la bouche de l'homme, mais des plantes elles-mêmes, en Amazonie, et du silence. Il souligne l'importance de l'expérience physique et de la pratique, car ces mondes sont au-delà de l'intellectualisation. Les mots ne suffisent pas à décrire ces expériences, il faut les vivre. La prise de conscience de son ignorance est l'un de ses plus grands apprentissages.
Concernant les épreuves de la vie, il reconnaît la difficulté de comprendre pourquoi certains vivent le pire. Il se demande si certaines personnes ne s'incarnent pas sur Terre comme "outils" pour l'épreuve d'un autre, ou si une partie du collectif n'est pas "sacrifiée" pour que l'humanité prenne conscience et agisse en conséquence.
Aujourd'hui, Pierre accompagne des personnes de tous horizons. Il est convaincu qu'un thérapeute doit avoir traversé ses propres "enfers" pour pouvoir aider les autres. Son accompagnement s'appuie sur les plantes (autorisées et non psychotropes), les soins énergétiques, la métagénéalogie et la psychomagie, dont Alejandro Jodorowsky est un initiateur majeur. Il a lui-même réalisé un acte de psychomagie pour se libérer de la souffrance liée à la perte de sa sœur, en traînant une pierre symbolisant ses 25 années de douleur, puis en l'enterrant et en plantant un arbre par-dessus. L'inconscient, dit-il, comprend les symboles et les métaphores, ce qui explique l'efficacité de ces pratiques.
Il évoque les "chirurgiens à mains nues" des Philippines, expliquant que l'effet est psychomagique : même si la personne sait que ce ne sont pas des lambeaux de chair réels qui sont retirés, l'inconscient comprend la métaphore de l'extraction du mal, et un changement interne s'opère.
Pour Pierre, le mental est une "cage mentale" dont on peut sortir, car ses barreaux sont nos pensées. Le mental devrait être un "employé" bien dirigé, capable de se taire quand on l'exige. Les pratiques méditatives de toutes les traditions visent à laisser passer les pensées sans s'y identifier.
Son accompagnement inclut la protection, le dégagement, le nettoyage et la revitalisation énergétique, ainsi que la purification de lieux et, plus rarement, l'exorcisme (qu'il appelle "extraction"). Pour détecter les entités, il travaille avec trois confrères, réalisant une étude énergétique basée sur des supports radiesthésiques et des états de conscience modifiée. Ils confrontent ensuite leurs résultats pour garantir l'empirisme. Pour "nettoyer" une entité incorporée, il utilise des processus énergétiques poussés, des plantes de purge comme le tabac (en décoction) ou des cérémonies où l'entité est "harcelée" par des chants sacrés, des parfums et la fumée de tabac pour la faire partir. La personne libérée entame ensuite un processus d'intégration qui peut durer plusieurs mois.
Pierre n'a pas eu l'occasion de travailler avec des scientifiques, mais il a rencontré de nombreux sceptiques dont les présupposés ont volé en éclats après avoir expérimenté ses processus. Il estime que la science offre un modèle de la réalité, mais pas la réalité elle-même, et qu'un scientifique humble reconnaîtra qu'il y a des choses qui lui échappent. Les occidentaux sont les plus difficiles à accompagner, car ils sont "blindés d'informations et de contre-informations", et ceux enfermés dans des doctrines religieuses très poussées sont hermétiques à toute autre vérité.
Pierre Rodriguez vit aujourd'hui en Normandie. Son accompagnement peut se faire à distance pour certaines problématiques, mais d'autres nécessitent une présence au centre ou des déplacements. Il souligne que son travail n'est pas une solution miracle et qu'il arrive que certaines choses ne puissent être réglées, nécessitant alors de passer le relais à d'autres praticiens.
Il conclut en parlant des symboles qui l'accompagnent : le portrait de Maria Donia Valéra, grande maestra Shipibo-Conibo, sur son t-shirt ; son bracelet orné de "kenés", des dessins labyrinthiques Shipibo représentant les chants sacrés et l'énergie positive des plantes maîtresses ; et son tatouage d'arbre et de lunes, symbolisant son travail d'ancrage avec les arbres. Il insiste sur la sagesse incommensurable des végétaux et leur rôle essentiel pour l'humanité. Il rappelle que la planète n'est pas en danger, mais l'humain, et que les plantes peuvent nous aider, à condition que leur utilisation soit encadrée spirituellement et légalement, surtout lors des états de conscience modifiée.